Tribune de l’ambassadeur de France sur le Mali (Liberté / El-Khabar) [ar]

TRIBUNE DE L’AMBASSADEUR ANDRE PARANT PUBLIEE PAR LE JOURNAL LIBERTE :

Poursuivre nos efforts conjoints en vue de la résolution de la crise malienne

Tout au long de l’année 2012, le Nord du Mali a été placé sous la coupe de groupes terroristes. Des régions entières, des villes comme Gao, Tombouctou, Kidal, Tessalit, Ménaka et bien d’autres, ont été soumises à leur joug et à celui des narcotrafiquants. Des monuments islamiques multiséculaires ont été démolis, des manuscrits ont été brûlés, des châtiments d’un autre temps ont été infligés aux populations maliennes dans l’arbitraire total.

Pendant de longs mois, la France, soutenue par ses alliés, a œuvré de concert avec l’Algérie et les autres pays de la région pour trouver une solution qui permette de stabiliser cette région clé du Sahel. La concertation entre nos deux pays sur cette question a été permanente, les échanges nombreux et à tous les niveaux. À aucun moment nos objectifs n’ont divergé : lutte contre les groupes terroristes, intégrité territoriale du Mali, approche combinant les dimensions politique, sécuritaire, humanitaire et de développement.

Progressivement, un consensus international s’est dégagé pour mettre en place une solution permettant d’endiguer le danger terroriste et de restaurer l’intégrité du Mali. À trois reprises, le Conseil de Sécurité a voté à l’unanimité des résolutions destinées à jeter les bases d’une solution globale à la crise malienne.

C’est alors que, défiant la communauté internationale, les groupes terroristes - ceux-là mêmes qui ont imposé par le passé un si lourd tribut à l’Algérie et qui viennent de l’agresser de nouveau à In Amenas -, ont cru pouvoir prendre la communauté internationale de vitesse en lançant, le 9 janvier dernier, une offensive sur Bamako.

Dans ce contexte, la France a été sollicitée dans l’urgence par les autorités légitimes du Mali afin de stopper leur progression. Considérant qu’il était de sa responsabilité d’intervenir pour empêcher l’effondrement de ce pays ami et l’installation d’un Etat terroriste au cœur même du Sahel, elle a, le 11 janvier dernier, lancé l’opération Serval. Celle-ci a aussitôt reçu le soutien quasi-unanime de la communauté internationale. Comme en attestent d’innombrables témoignages et l’accueil reçu par le Président François Hollande à Tombouctou et à Bamako le 2 février, elle a aussi été accueillie avec soulagement par toutes les composantes de la population malienne, pour lesquelles elle signifiait la fin d’une occupation brutale.

Aujourd’hui, les forces maliennes et françaises progressent sur le terrain. Elles ont réussi à débarrasser les principales villes du Nord-Mali des groupes terroristes qui les opprimaient. Mais beaucoup reste à faire pour permettre au Mali de reprendre possession de l’intégralité de son territoire, y restaurer des institutions démocratiques et stables, y permettre à tous les citoyens de vivre en paix et en sécurité et y créer les conditions d’un développement harmonieux de toutes les régions du pays

Les forces françaises n’ont pas vocation à rester durablement au Mali. Elles y ont été appelées par les autorités maliennes et c’est à la demande de celles-ci qu’elles y resteront jusqu’à l’accomplissement des missions qui leur sont assignées. Dans le même temps, les forces africaines commencent à se déployer dans le cadre de la MISMA, conformément à la résolution 2085 du Conseil de Sécurité. L’Union Européenne s’apprête également à déployer une importante mission de formation au profit de l’armée malienne. La conférence des donateurs réunie à Addis-Abeba le 29 janvier a permis de concrétiser le soutien financier de la communauté internationale à ces efforts.

Parallèlement, les autorités maliennes ont adopté une feuille de route politique. Dans ce cadre, le dialogue avec les communautés du Nord-Mali est nécessaire et il devra se faire au plus vite, de la façon la plus inclusive possible, sur les bases fixées par la résolution 2085 du Conseil de Sécurité, à savoir la sauvegarde de l’intégrité territoriale du Mali et le refus de la violence armée.

Certains témoignages font état de crimes ou d’exactions commis depuis le 11 janvier à l’encontre des populations civiles du Nord-Mali. La position de la France sur ce sujet est d’une clarté absolue : rien ne saurait justifier de tels actes. Car, comme le Président François Hollande l’a dit le 2 février à Bamako, les criminels et les terroristes doivent être jugés « dans le respect des droits de l’homme, ceux-là mêmes qui ont été bafoués par les terroristes » ; « on ne répare pas une injustice par une autre injustice ».

Nos forces présentes au Mali ont instruction de relever tout élément de preuve qui viendrait documenter des cas d’atteintes aux droits de l’homme. Nous avons d’ailleurs souhaité que soient introduites, dans la résolution 2085 du Conseil de Sécurité, des dispositions concernant les droits de l’homme, le droit des conflits armés et la lutte contre l’impunité et que les observateurs prévus par cette résolution soient déployés au plus vite. La mission européenne de formation comportera elle aussi un volet important sur le respect des droits de l’homme. Enfin, la Cour pénale internationale doit être saisie de toutes les exactions commises au Mali depuis janvier 2012, quels qu’en aient été les auteurs.

L’adoption à l’unanimité le 29 janvier par le Parlement malien de la feuille de route pour la transition, qui prévoit la tenue d’élections et l’ouverture de négociations avec le Nord, ouvre une nouvelle phase dans la stabilisation du Mali. Cette avancée, qui répond à la demande formulée par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa résolution 2085, constitue une étape décisive du processus politique, qui passe par la tenue rapide des élections annoncées et par des discussions entre, d’une part les autorités maliennes et, de l’autre, les représentants légitimes des populations du Nord et les groupes armés non terroristes qui reconnaissent l’intégrité du Mali.

La France continuera d’œuvrer dans le cadre des Nations Unies, avec tous ses partenaires et en concertation étroite avec les autorités algériennes, pour que ce processus puisse être mené à son terme. L’enjeu n’est rien moins que le retour de la paix et de la sécurité au Mali, dans l’intérêt de tous les pays de la région.

publié le 07/02/2013

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