Tribune de l’Ambassadeur de France à TSA sur le climat [ar]

La France et l’Algérie mobilisées pour le succès de la conférence Paris Climat

Tribune de l’Ambassadeur de France en Algérie à TSA, publiée le lundi 1er juin 2015

Le 3 avril dernier, la France et l’Algérie ont regardé ensemble dans la même direction : la mer. Ce soir-là, le remarquable reportage de Thalassa, "Algérie, la mer retrouvée", diffusé sur France 3 avant de l’être dans les cinq antennes de l’Institut français d’Algérie, nous a invités à un voyage riche de surprises d’Ouest en Est, à la rencontre d’hommes et de femmes amoureux du littoral algérien. Il a été regardé en direct par plus de 2,6 millions de téléspectateurs et a connu un grand succès en Algérie. Ses images à couper le souffle étaient accompagnées d’un message sans ambiguïté : "La moustaqbal bila tabia ! Pas d’avenir sans nature !"

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Mais cet avenir est en grave danger ! Le niveau des mers monte, la chaleur augmente et les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient. Les évolutions climatiques engagées impliquent une hausse de 2 à 6°C de la température moyenne de la planète d’ici à 2100, avec pour effet l’élévation du niveau et l’acidification des océans, des pénuries d’eau pour trois milliards d’hommes, en particulier dans les pays les plus vulnérables, des risques croissants de conflits et l’extinction de 20 à 30% des espèces animales et végétales. Ces évolutions affecteront le développement de nos deux pays et entraîneront une désertification de l’Algérie. Nous devons réagir !

Dans le domaine de l’environnement comme dans d’autres secteurs, la France et l’Algérie travaillent main dans la main, afin de préserver le patrimoine commun qu’est pour nos deux pays la mer Méditerranée. Différents projets scientifiques, comme la campagne océanographique Somba 2014 organisée l’automne dernier avec des chercheurs et des étudiants des deux rives de la Méditerranée pour explorer ensemble, grâce au navire Téthys II, l’écosystème marin du bassin algérien, ou encore l’escale à Alger de la goélette d’exploration Tara sur la pollution plastique et la sensibilisation aux enjeux environnementaux, illustrent cette vision et cette action partagées.

Mais nous pouvons et nous devons faire encore plus. Nos deux pays partagent en effet la même préoccupation : préserver notre planète pour garantir un avenir aux générations futures.

Préserver notre planète : c’est en 2015 la mission principale que le Président de la République François Hollande et le ministre des Affaires étrangères et du Développement international Laurent Fabius ont confiée à la diplomatie française. Du 30 novembre au 11 décembre 2015, le monde aura les yeux tournés vers Paris à l’occasion de la conférence mondiale sur le climat « COP 21 » présidée par la France. Ce sera sans doute le plus grand événement diplomatique jamais réalisé sur notre sol, avec 196 parties, 40 000 participants et environ 3 000 journalistes.

Notre but ? Construire une "Alliance de Paris pour le climat" qui reposerait sur quatre piliers : d’abord, un accord universel, équitable et différencié, limitant le réchauffement climatique à deux degrés ; des engagements nationaux ambitieux ; un accompagnement financier, comprenant notamment la dotation du Fonds vert pour le Climat, gage d’équité pour tous les pays, quel que soit leur niveau de richesse ou de développement ; et enfin un « agenda des solutions » permettant de rassembler tous les acteurs – villes, régions, entreprises, société civile – qui, en plus des gouvernements, agissent concrètement sur le terrain. Cette Alliance marquerait, si nous y parvenons, l’entrée de notre planète dans un nouveau modèle de développement, porteur de transition écologique et de croissance verte.

Nos deux pays ont toutes les cartes en main pour jouer un rôle positif dans l’obtention d’un accord universel. La France, par le rôle de facilitateur qu’elle est appelée à jouer ; l’Algérie, par son engagement dans les négociations climatiques et son influence dans toute l’Afrique comme au sein de la Ligue arabe. Comme l’a souligné le Président de la République François Hollande le 9 mai dernier dans son « appel de Fort-de-France », qui a suivi celui de Manille le 26 février, « une unité de destin nous oblige à un esprit de responsabilité collective ».

L’Algérie a démontré en paroles et en actes son engagement dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Elle a contribué à l’adoption de la déclaration d’Oran le 23 février 2014 lors de la conférence africaine sur l’économie verte, qui appelle à ce que la COP 21 réponde aux attentes africaines en termes de financement et de transfert de technologies. Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République française pour la protection de la planète, avait participé à cette conférence. L’Algérie a de nouveau pris des positions fortes et ambitieuses lors de la COP20 organisée à Lima en décembre 2014.

Urgence, ambition et espoir : la France est mobilisée pour que « Paris Climat 2015 » soit un succès. Nous sommes probablement la première génération à mesurer l’importance de ce défi historique mais aussi la dernière à pouvoir agir. Comme l’a déclaré le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon : "Il n’y a pas de plan B, parce qu’il n’y a pas de Planète B".

Les résultats de la conférence de Paris concerneront la vie de nos concitoyens à commencer par celle de nos enfants des deux rives de la Méditerranée et, au-delà, de plus de sept milliards d’êtres humains. Dans ce domaine comme dans d’autres, la relation exceptionnelle entre la France et l’Algérie, le dialogue entre nos deux pays et notre engagement commun peuvent constituer le vecteur d’un message de portée universelle. L’avenir est entre nos mains !

* Bernard Emié est Ambassadeur, Haut représentant de la République française en Algérie

publié le 21/07/2015

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