Syrie - Déclaration du porte-parole

Q – On voit évoqué de plus en plus par certains officiels le scénario de Sarajevo, de la Bosnie, et on connaît très bien la nature de l’intervention qui a lieu en Bosnie. Est-ce que la France et les autres pays discutent d’un tel scénario à l’heure actuelle ?

R - Avant de discuter il faut avoir en tête la réalité de la situation en Syrie aujourd’hui. Elle est double. La poursuite des massacres. Nous partageons l’inquiétude de ceux qui dans la communauté internationale s’inquiètent de la préparation de nouveaux massacres. Je crois que cela a été exprimé par certains d’entre eux hier. Nous faisons part aujourd’hui aussi de cette préoccupation, de cette inquiétude, de cette crainte de voir, non seulement se poursuivre, mais s’accentuer les massacres. Nous en avons vu au cours des derniers jours. La situation se détériore, le pays plonge dans une spirale de violence. C’est la réalité de la Syrie aujourd’hui, c’est particulièrement préoccupant.

La deuxième chose qui nous préoccupe beaucoup, souvenez-vous de ce qu’avait dit Kofi Annan au Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière, il avait dit que la Syrie était sur le point de basculer dans le conflit civil et hélas nous avons la crainte que le pays se rapproche tragiquement de ce point de bascule. Dans ce cadre là, premièrement, nous continuons d’appuyer plus que jamais le plan de Kofi Annan. Deuxièmement, nous somme en contact avec l’opposition syrienne. Le dernier contact en date, c’est le ministre qui a eu un entretien hier au téléphone avec le nouveau président du CNS.

Troisième chose, l’idée qui a été mis sur la table par Kofi Annan la semaine dernière, celle de réunir un groupe de pays. Il a redit aujourd’hui que le plus vite sera le mieux, et nous somme aussi d’accord avec cet appel. Nous somme tout à fait favorable, je le souligne, à toute initiative de ce type qui irait dans ce sens c’est-à-dire d’intensifier la concertation au sein de la communauté internationale pour favoriser la mise en œuvre d’une transition politique et pour contribuer à l’arrêt le plus vite possible des massacres qui se commettent jour après jour en Syrie.

Quatrièmement, nous continuons à préparer la réunion de la conférence de Paris sur la Syrie le 6 juillet prochain. C’est une conférence dont nous attendons qu’elle apporte un appui aussi à Kofi Annan et en particulier à l’un des points importants du plan qu’il a présenté c’est-à-dire l’amorce d’un processus de transition politique en Syrie, et d’autre part de consolider, d’élargir, de renforcer l’approche la cohésion des efforts de la communauté internationale pour mettre un terme à ce qui se passent actuellement Syrie. Nous allons appuyer M. Kofi Annan en liaison avec nos partenaires, dans ce cadre là, pour l’appuyer dans ses initiatives, pour l’appuyer dans ses efforts de mise en œuvre du plan qu’il a proposé et pour l’appuyer également dans le cadre des efforts qu’il mène dans le cadre des Nations unies avec les observateurs qui sont sur le terrain dont je rappelle, qu’ils sont, et nous l’avons dénoncé déjà la semaine dernière et nous le redisons maintenant, qui sont souvent empêchés de mener à bien leurs missions, qui ont été menacés dans leur intégrité physique, dans leur sécurité. Il y a eu des incidents très graves, la semaine dernière, lorsqu’ils ont voulu se rendre sur un site où il y avait eu des massacres, à Al Koubair, et cela évidemment est absolument inacceptable. Nous sommes donc mobilisés plus que jamais, nous continuons à travailler, nous continuons à parler avec tout le monde, à nous concerter avec tout le monde. Notre directeur politique doit aller à Moscou, demain, précisément dans le cadre de ce qu’avait dit le président de la République la semaine dernière en recevant M. Poutine, dans le cadre de ce travail, de cette concertation, de ce dialogue que nous avons aussi sur la Syrie avec nos partenaires Russes.

Q - Concernant la réunion des amis de la Syrie à Paris le 6 juillet, est-ce que l’ensemble des pays qui ont participé à la précédente vont participer et vous ont promis de participer ou est-ce que certains comme on l’entend parfois, ne viendraient pas ? D’autre part hier, justement, le ministre a eu un entretien téléphonique avec Abdel Bassid Sayda à l’issue duquel vous avez publié un communiqué disant que dans un court délai il fallait que le CNS mène des efforts de réforme et de rassemblement. Si hélas ces efforts ne sont pas réalisés, comme on peut le penser, qu’est-ce que cela implique par rapport à la politique française vis-à-vis du CNS qui aujourd’hui est une organisation qui, on l’a vu dans "le Monde" l’autre jour avec l’interview de Basma Kodmani, qui a quasiment prononcé l’oraison funèbre du CNS ? Est-ce que pour vous cela implique un changement de position, ou on reste fidèle aux personnes qu’on a appuyées depuis le début ?

R - Sur le premier point, nous sommes le 12 juin, la conférence de Paris, c’est le 6 juillet, vous savez combien jusqu’au dernier moment, dans ce type de manifestations, on se posait la même question à Tunis, on se l’est reposée lors de la conférence à Istanbul, et je pense qu’on va continuer à le faire effectivement jusqu’au 6 juillet à Paris, à se poser la question sur la participation. Une chose est claire pour nous, nous souhaitons la présence du plus grand nombre de pays à cette conférence, et nous avons non seulement bon espoir, mais nous travaillons pour qu’il en soit ainsi compte tenu de ce qui se passe sur le terrain en Syrie, nous ne pouvons pas penser que ne le plus grand nombre de pays que nous sommes en train actuellement d’inviter, ne sera pas présent.

Sur le Conseil national syrien, la première chose, c’est que nous n’acceptons jamais la fatalité de l’échec. Jamais. Il faut toujours rester mobilisé. Et il faut l’être encore plus aujourd’hui, lorsque l’on sait tout ce qui se passe sur le terrain en Syrie. Donc nous ne nous résignons pas. Au contraire, le Conseil national syrien vient d’ouvrir une nouvelle étape, en désignant un nouveau président. Notre ministre des Affaires étrangères s’est très rapidement entretenu avec lui au téléphone, et nous réitérons cette nécessité absolument indispensable compte tenu de la situation sur le terrain, d’une unité de l’opposition syrienne. Nous l’avons dit très souvent et nous allons continuer à le dire, il est important que l’opposition syrienne soit réunie, c’est-à-dire lorsque l’on parle de l’opposition syrienne, c’est l’opposition de l’intérieur, c’est l’opposition de l’extérieur, se sont toutes les sensibilités politiques qui traversent cette opposition. Ce sont les messages que nous faisons passer, parce que nous continuons à voir tous les opposants, partout, tout le temps. Il est important que cette opposition fasse véritablement un travail d’unification autour d’une plate-forme sur laquelle se retrouveraient toutes les sensibilités, toutes les composantes, de manière à préparer et à appuyer le processus de transition. Donc on est dans ce travail comme nous le sommes depuis le début, nous ne nous résignons pas et nous en appelons aussi au sens des responsabilités des uns et des autres. Notre posture, c’est de les encourager, de continuer à travailler en faveur d’un changement du cours des choses tragiques en Syrie et de les appeler à l’unité. Hier, M. Laurent Fabius a indiqué au nouveau président du CNS qu’il serait invité à la conférence de Paris le 6 juillet.

Q - Quelle serait la différence du groupe de contact que Kofi Annan propose avec le groupe des amis ? Est-ce que c’est vraiment la peine d’avoir deux groupes différents ? Et deuxièmement, est ce que vous avez eu des indications sur la participation de l’Iran au sein de ce groupe ?

R - Notre position est claire, en ce qui nous concerne, il n’y a rien de nouveau sur ce point précis concernant l’Iran. Sur le fait de savoir si c’est bien, si c’est utile ou pas utile d’avoir cette réunion, nous sommes dans un processus de discussions avec les uns et les autres, je crois qu’aujourd’hui ce sont des questions qui sont un peu prématurées. Mais ce qui est important, c’est cette idée qui a été posée sur la table par Kofi Annan, nous la soutenons, nous l’appuyons Là, le but de ce groupe, appelons le groupe de contacts ou autre, c’est d’avoir certain nombre de pays qui se réunissent pour faire avancer les choses, et en particulier autour du plan de Kofi Annan pour trouver le moyen d’enclencher la mise en œuvre de la transition.

Q – On parle beaucoup du glissement de la Syrie vers la guerre civile. Quelle analyse faites-vous aujourd’hui et comment cela va-t-il se traduire dans la position politique de la France ?

Nous ne sommes plus dans un conflit entre un pouvoir répressif et un peuple en révolte, ou en révolution.

R – C’est une préoccupation que nous avons tous avec tous nos partenaires et c’est précisément pour cela que nous appuyons le plan de Kofi Annan, tous ensemble, que ce soit le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale des Nations unies. C’est pour cela que nous avons ces réunions, ces discussions avec nos partenaires pour soutenir ce plan qui, à nos yeux représente la seule issue aujourd’hui pour justement tenter de trouver une solution afin que cette crise ne débouche pas sur un risque pour la stabilité régionale.

La réunion de Paris du 6 juillet va dans ce sens.

Q – Ce plan n’est-il pas caduque ?

R – Ce plan, c’est celui que nous avons aujourd’hui sur la table. Nous continuons de le soutenir avec l’ensemble de nos principaux partenaires.

Q – On dit que la France refuse l’intervention militaire. Cette option n’est donc pas vraiment sur la table et pourtant, des pays qui participent à la conférence des Amis de la Syrie sont aujourd’hui les premiers fournisseurs d’armes. On le sait et d’ailleurs, le ministre l’a dit dans sa première interview au journal "Le Monde".

Des pays qui nourrissent la guerre civile et qui sont en même temps à la table avec les pays amis de la Syrie, cela ne démontre-t-il pas un manque de logique ?

R – Notre position est claire sur tous ces sujets.

Sur l’intervention armée, il faut une résolution du Conseil de sécurité sous chapitre VII. Sur la fourniture d’armes, notre position est également claire, nous n’envisageons pas de fournir des armes à l’opposition syrienne. Nous avons dit que nous étions préoccupés par le fait que des pays fournissent des armes au régime syrien.

Q – Certains officiels de la Ligue arabe qui ont gardé l’anonymat disent qu’il faut mettre un délai final à ce plan car il n’est pas mis en œuvre. C’est un système de réciprocité. Êtes-vous pour ce délai final ?

R – Ce plan est celui de l’envoyé spécial conjoint de la Ligue arabe et des Nations unies. Nous soutenons M. Kofi Annan et c’est avec lui que nous discutons de la mise en œuvre de ce plan, de la façon dont il doit être mis en œuvre dans chacune de ces composantes. Je vous rappelle qu’il y a six points et c’est avec lui que nous en discutons.

C’est Kofi Annan qui nous dit comment son plan peut être mis en œuvre. Il appelle, pour faciliter la mise en œuvre, à des réunions et nous l’écoutons, nous le soutenons.

publié le 17/03/2014

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