Spectacle 13h et des poussières… [ar]

Mariage de la science et de la danse

Une conférence dansée sur l’origine de l’Univers mettant en scène l’astrophysicien Roland Bacon et deux danseurs de la compagnie Hallet Eghayan s’est tenue cette semaine à l’Institut français d’Alger.

Un moment de détente et d’évasion mais de connaissance aussi.

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Vulgariser l’astrophysique par différents moyens et supports artistiques, la vidéo, le texte simplifié et accessible et... la danse ? Cet art qui s’articule d’abord autour de l’expression scénique pour faire naître des émotions, est ici utilisé en amont comme contrepoids à la rigidité que peut naître parfois du « cours » donné par ce célèbre chercheur qui, après des années d’étude, vient d’inventer et de créer une superbe machine puissante capable de détecter et voir les galaxies, un appareil installé en chili.

Ce spectacle est né en fait, en 2009, lors de l’année de l’astronomie en France. Il est à la fois ludique, pertinent et émouvant. Si par moment il pêche par des lenteurs et flottements dus à la complexité du texte lié à la « cosmologie » débité de façon pédagogique, sa lourdeur est atténuée par ces moments de grâce et même d’humeur qui ponctuent la représentation. Celle-ci gagne ainsi en légèreté par ce souffle artistique que l’on a imprégné à cette conférence sur l’origine de l’univers. Elle est ainsi colorée, mirobolante et poétique.

Cette conférence dansée interpelle le public sur la question des origines du monde. Avec une approche scientifique de la question, l’astrophysicien propose au spectateur une échelle du temps où un milliard d’années devient une heure. L’histoire de l’Univers devient ainsi l’affaire d’une demi-journée : 13 heures et des poussières...elle est déclinée en trois actes : Le Commencement ou « Danse de la première seconde », la Domination de la Matière à savoir « De la première seconde à aujourd’hui » et enfin le final portant sur « le Destin de l’Univers ».

Les premiers 300.000 ans de l’Univers synthétisés en tout juste une seconde sont évoqués par la danse de la séparation. Les deux danseuses liées par des morceaux de tissus enroulés l’un dans l’autre commencent à se dissocier pour former des entités distinctes. L’astrophysicien donne différentes clés pour comprendre comment l’Univers évolue depuis un état d’énergie et de particules exotiques vers un état où la matière domine. Il s’attarde sur le phénomène de la recombinaison lorsque la lumière s’échappe et se sépare de la matière.

Cet instant particulier où l’univers devient soudainement observable est mis en valeur par la danse. La période de 300.000 ans jusqu’à aujourd’hui, soit 13,7 milliards d’années ou encore 13 heures et des poussières, est marquée par la domination de la matière sur le rayonnement. Le prodigieux spectacle de la formation des galaxies et des grandes structures de l’Univers prend corps dans la danse des grandes structures.

Le scientifique aborde les grands moments de cette période qui voit l’Univers évoluer depuis un état dense et uniforme vers la forme complexe que nous connaissons aujourd’hui : l’apparition des premières étoiles et des galaxies. Le spectateur découvre alors le cycle de vie des étoiles qui permet la fabrication des éléments chimiques, depuis le plus simple atome d’hydrogène jusqu’aux atomes et molécules complexes, constituant la matière qui nous entoure.

L’astrophysicien nous interpelle enfin sur la réalité du modèle du Big Bang, montre comment il s’est construit et comment il a été vérifié par l’observation. Il évoque aussi les grandes et mystérieuses questions de l’astrophysique moderne comme la matière et l’énergie noire.

Aux tout derniers instants du deuxième acte, à 13 heures et des poussières, la vie apparaît sur Terre. Beaucoup d’éléments explicatifs que le synopsis même du spectacle apporte avec acuité et renvoie ainsi à la profondeur de la représentation vécue comme un voyage au fin fond de l’espace par les spectateurs. Epoque de la biodiversité oblige, la dernière partie du spectacle, vidéo à l’appui, évoque le futur de la planète.

La grâce de la danse et l’argument tangible de la science évoquent à l’unisson les scénarios possibles : expansion infinie, ralentissement de l’expansion, phase de contraction menant à une nouvelle explosion ou même des scénarios plus spéculatifs comme la dislocation de la matière.

La danse vient conclure ce voyage au coeur de la création de l’Univers. Les corps sont souvent moulés dans des tissus de couleurs foncé ou de blanc bariolées de traits brillants comme ces étoiles qui scintillent au firmament. Ils tournoient, s’entrechoquent, se tirent, se heurtent mais se séparent et si toute la raison d’être de l’univers était dans ce choc qui fait naître la vie ?

Par O. Hind

publié le 23/04/2014

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