« Se comprendre mieux d’une rive à l’autre » [ar]

Benjamin Stora, historien, président du musée de l’histoire de l’immigration

"Se comprendre mieux d’une rive à l’autre"


JPEG

Quels sont vos liens personnels avec l’Algérie ?

L’Algérie, j’y suis né. J’ai passé mon enfance à Constantine, sur le rocher, en face des gorges du Rhummel. Une enfance à la fois marquée par l’intimité joyeuse familiale et en même temps difficile, marquée par la guerre d’indépendance. Il y a aussi mon travail universitaire sur l’histoire de ce pays à partir des années 70. J’ai notamment établi, seul, un dictionnaire des acteurs du nationalisme algérien qui comportait 600 biographies. Le travail académique permet d’aller vers d’autres sociétés, d’autres univers, de circuler à travers l’immensité algérienne, du Sahara aux grandes métropoles en passant par la Kabylie et les Aurès.

Comment évaluez-vous aujourd’hui les relations entre les deux pays ?

C’est une relation qui n’est pas simple, parce que 132 ans de présence coloniale française ne peuvent pas s’effacer des esprits très rapidement. Il faut du temps, des efforts à la fois politiques et culturels. C’est ce qui a été entrepris : faire en sorte de se comprendre mieux d’une rive à l’autre de la Méditerranée, pour essayer d’abaisser les peurs, mais aussi les fantasmes et les préjugés qui peuvent exister. C’est ce travail qui a commencé depuis quelques années.

Lors de la visite présidentielle, vous avez rencontré le ministre de la culture Azzedine Mihoubi. Quels projets, quelles perspectives avez-vous évoquées ?

Nous avons discuté de trois grands projets. Le salon du livre à Alger où M. Mihoubi a manifesté l’intention d’inviter un certain nombre d’auteurs, de romanciers français.

Constantine, capitale de la culture du monde arabe : comment faire vivre, organiser toute une série de manifestations. Et bien sûr, puisque je préside le musée de l’histoire de l’immigration, a été évoquée la possibilité d’une participation de ce musée au festival du film sur l’immigration qui aura lieu à Annaba en 2016. J’ai aussi rencontré la ministre de l’Education nationale, Mme Benghebrit, et nous avons discuté des programmes scolaires d’histoire. Ce qui compte, pour l’avenir de la relation, c’est de réaliser des projets.

publié le 20/07/2015

haut de la page