Réponses du porte-parole à des questions sur la Syrie [ar]


12 avril 2013

Syrie

Q - Après l’annonce officielle du front Al-Nosra de son adhésion au réseau d’Al-Qaïda, il n’y a pas eu une réaction de l’opposition syrienne, à part une phrase laconique sur la page Facebook de Moaz Al-Khatib. Votre réaction sur ce silence et quel sera son impact sur votre relation avec l’opposition syrienne ? La France va-t-elle inscrire ce mouvement d’Al-Nosra sur la liste des organisations terroristes ?

R – Tout d’abord sur les réactions, il y a non seulement eu à ma connaissance, une réaction de Moaz Al-Khatib, le président de la coalition nationale syrienne, mais il y a eu également des réactions des comités locaux de coordination. Tous se sont, sans aucune ambigüité, démarqués publiquement des propos de Al-Nosra et de certains représentants d’Al-Qaïda. Tous ont dénoncé une forme d’ingérence et rappelé leur attachement aux principes démocratiques, à l’Etat de droit et au respect des minorités.

C’est important car cela confirme ce qui pour nous est essentiel : le programme de la coalition, les objectifs qu’elle poursuit, la philosophie dont elle s’inspire. C’est au fondement du soutien que nous apportons à la Coalition nationale syrienne. Je répète ici que tout l’enjeu est que cette coalition constitue une alternative crédible au régime en place. Et cette crédibilité repose notamment sur les principes dont elle se réclame et les valeurs qu’elle souhaite voir appliquées dans la Syrie de l’après Bashar al-Assad.

Sur la question de l’inscription, je voudrais tout d’abord redire ce que j’avais dit mardi : plus les violences continuent et plus la guerre s’intensifie en Syrie, plus grand est le risque d’une radicalisation. C’est l’un des objectifs manifestes de Bashar al-Assad que d’apparaitre comme le dernier rempart contre ces organisations djihadistes, dont al-Nosra. C’est bien évidemment un piège dans lequel il ne faut pas tomber.

J’avais dit mardi dernier que nous devions réfléchir à cette idée d’inscrire al-Nosra sur les listes terroristes. C’est, en effet, une mesure que nous étudions et cela en concertation avec nos principaux partenaires, dans le cadre du Conseil de sécurité des Nations unies. C’est une discussion aussi que nous avons avec nos partenaires européens et avec nos interlocuteurs de la Coalition nationale syrienne.

Q – En a-t-on parlé au G8 ?

R – La crise syrienne est un des sujets qui a été évoqué au G8 ou en marge du G8, puisqu’il y a des réunions qui se sont tenues, avec des représentants de la Coalition mais, pour la question de l’inscription elle-même, ce n’est pas dans ce cadre qu’une telle décision pourrait être prise. Le G8 n’est pas l’instance compétente pour en décider. L’instance compétente pour en décider est à New York et c’est le Conseil de sécurité.

Q – Donc dans ces discussions chacun a une opinion. Quelle est celle de la France ?

R – Compte-tenu de ce qui s’est passé, des récentes déclarations qui ont été faites par Al-Qaida et Al-Nosra, compte-tenu des risques qui sont ceux résultant de la dégradation de la situation sur place, nous estimons maintenant que c’est quelque chose qu’il faut envisager, qu’il faut discuter, dans le format que je vous ai indiqué.

(…)

Q – Mais aux Nations unies, quel est la commission, le comité, la structure que décide de cela ? Ce n’est pas le Conseil de sécurité ?

R – Ce dont on parle aujourd’hui, c’est la possibilité d’une inscription sur la liste dite du « comité 1267 », du nom de la résolution qui l’a créé et qui concerne al-Qaïda. Ce comité est formé des quinze membres du Conseil de sécurité.

Je vais reprendre depuis le début pour résumer et pour qu’il n’y ait pas de malentendus.

Nous savons que plus les violences se poursuivent sur place en Syrie et plus il y a un risque de radicalisation, c’est-à-dire de montée en puissance de certains groupes radicaux, aux nombres desquels al-Nosra.

Il y a eu des déclarations récentes affiliant al-Nosra à al-Qaïda. Nous observons que la Coalition nationale syrienne s’est démarquée publiquement de ces déclarations faites par al-Nosra à al-Qaïda et a rappelé au contraire son attachement aux valeurs et aux principes démocratiques.

A la lumière de ces développements, nous étudions aujourd’hui les mesures que nous pourrions prendre visant al-Nosra dans le cadre plus général de la lutte contre le terrorisme. Une des options envisagées est d’agir dans le cadre des Nations unies et au titre de la procédure dite du « comité 1267 », qui tient son nom de la résolution 1267 et qui concerne al-Qaïda, et d’ajouter al-Nosra sur une liste d’entités sanctionnées.

Q – Donc vous accédez à la demande du régime syrien ? Le ministère des Affaires étrangères syrien a envoyé une lettre officielle à Ban Ki-moon, réclamant l’inscription d’al-Nosra sur la liste des organisations terroriste et réclamant également des sanctions à son égard, hier.

R – La demande syrienne d’inscription à laquelle vous faites référence n’a pas été, à ma connaissance, formellement déposée. Les Etats membres du comité n’ont donc pas encore eu à se prononcer officiellement sur cette demande. Mais il y a une chose de sûre, c’est que le moment venu, quand le dépôt officiel aura été fait, la France refusera toute manœuvre du régime qui consisterait, par le biais de cette demande, à assimiler l’ensemble de l’opposition syrienne à des terroristes.

Q – Concernant l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, des preuves ont été transmises au Conseil de sécurité par des diplomates. Quelles suites donne-t-on à ces preuves ?

R – Je ne sais pas à quoi font référence ces diplomates occidentaux mentionnés dans la dépêche. A ma connaissance, il n’y a pas eu de transmission d’informations récentes.

En revanche, l’ensemble des membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont estimé qu’il y avait un faisceau d’indices et d’informations suffisant pour demander au secrétaire général des Nations unies d’ouvrir une enquête sur un éventuel recours à des armes chimiques en Syrie, qu’il s’agisse d’ailleurs d’armes utilisées par le régime contre l’opposition – une accusation portée par certains membres de l’opposition, ou inversement, d’armes utilisées par l’opposition contre le régime – accusations portées par le régime. Le secrétaire général des Nations unies a confié cette enquête à l’OIAC, une équipe a été réunie et est chargée d’aller sur place enquêter en Syrie pour que des preuves soient rassemblées, étayant ces informations et ces indices ou les infirmant. Il ne vous aura pas échappé que le régime syrien n’a pas accepté le déploiement de cette mission dont le secrétaire général des Nations unies avait dit, à juste titre, qu’elle devait se déployer sans retard, sans condition et sans restriction. Elle devait pouvoir enquêter en tout lieu du territoire syrien dès lors qu’elle le jugerait nécessaire.

Ce refus est bien évidemment inacceptable. Il est étrange pour commencer, s’agissant d’une mission que le régime syrien lui-même avait demandée. Le refus est par ailleurs inacceptable en ce sens qu’il porte sur un sujet de préoccupation majeur pour la communauté internationale et pour les Syriens au premier chef. Si ce refus devait être répété, il s’agirait d’une nouvelle preuve, si c’était nécessaire, de la duplicité de ce régime.

(…)

publié le 17/03/2014

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