Rencontre de concertation sur les changements climatiques [ar]

Discours de M. Bernard EMIÉ
Ambassadeur de France en Algérie

« Rencontre nationale de concertation et de consultation sur les changements climatiques »

Alger, mardi 28 juillet 2015,
Cercle national de l’Armée

JPEG - 1 Mo

Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale ;
Monsieur le Ministre des Ressources en Eau et de l’Environnement, Président du Comité national Climat ;
Monsieur le Ministre de l’Energie ;
Monsieur l’Ambassadeur, Co-président des Négociations de l’Accord de Paris et conseiller de Monsieur le Ministre des Affaires étrangères ;
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ;
Mesdames et messieurs les représentants de la société civile et des organisations patronales et professionnelles ;
Mesdames et messieurs.

Messieurs les ministres, je me dois tout d’abord de vous remercier de m’avoir invité à prendre la parole devant vous pour présenter devant la société civile algérienne les grands enjeux de la conférence sur le climat qui se déroulera à Paris à partir du 29 novembre, dans le cadre de la préparation de la contribution nationale algérienne - INDC.

I/ Ce rendez-vous que ce sont donnés l’ensemble des nations du monde à Paris à la fin de l’année est historique.

Le phénomène du dérèglement climatique ne cesse de s’amplifier. Nous savons que 2014 est l’année qui a été, par sa température, la plus élevée et que 2015, malheureusement, risque encore de battre le record.

Peu de voix contestent aujourd’hui l’évidence du dérèglement climatique, l’évidence de son lien direct à l’activité humaine. Les scientifiques de par le monde ont démontré que ce lien était incontestable, que nous assistions à une accélération du dérèglement climatique.

Il y a aujourd’hui une prise de conscience générale : lorsque la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre du monde, s’engage résolument pour dire « il faut vraiment agir », lorsque le président des États-Unis, lorsque beaucoup d’autres s’engagent vraiment, c’est un changement considérable qui fait que, désormais, les choses se présentent sous des auspices beaucoup plus favorables.

Cette prise de conscience doit désormais se traduire par des actions concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et enrayer le dérèglement climatique. Laurent Fabius l’a marqué : « Paris Climat 2015 ne devra pas être une réunion pour essayer mais une réunion pour décider. Il faut à la fois agir offensif, collectif et positif. » Ainsi, l’objectif est d’aboutir à Paris à un accord universel sur le climat.

Afin d’atteindre cette ambition, la France travaille, avec l’ensemble de ses partenaires, sur les quatre piliers de « l’Alliance de Paris ».

1/ Un accord universel et juridiquement contraignant, qui est d’ores et déjà en cours de négociations. M. Djoghlaf saura vous en exposer les détails mieux que moi, mais ce que je souhaite souligner c’est que la préparation de ce texte fait l’objet d’un souci constant d’appropriation par les Etats, par la consultation permanente de toutes les parties et la recherche du consensus.

2/ Deuxièmement, chaque pays doit proposer une contribution nationale, c’est-à-dire évaluer l’effort qu’il estime être en possibilité de réaliser. Dans cette contribution, le principe de responsabilité commune mais différenciée devra prévaloir : les pays industrialisés, qui ont une responsabilité historique, doivent prendre des engagements plus forts, mais il est important que les pays en développement participent à l’effort.

3/ Par ailleurs, cette conférence doit permettre de mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2020, qui seront récoltés au sein du Fonds vert pour le climat.

4/ Enfin, le dernier pilier, c’est vous. En effet, la conférence de Paris sera l’occasion d’adopter un « Agenda des solutions » pour sceller une alliance globale en intégrant les acteurs non étatiques, comme la société civile, ou encore les entreprises et les collectivités territoriales.

Comme vous le voyez, c’est un programme très ambitieux pour la planète. Mais nous n’avons plus le choix : nous devons agir pour sauver notre planète.

II/ En tant que nation hôte de la conférence, la France s’est efforcée de donner l’exemple en élaborant une contribution nationale ambitieuse.

La contribution nationale française s’inscrit dans celle de l’union européenne et de ses 28 Etats membres. Elle a été déposée le 6 mars dernier. L’Union européenne émet près de 10% des émissions annuelles de gaz à effet de serre dans le monde. La contribution de l’Union européenne repose sur les objectifs climat-énergie pour 2030 adoptés en Conseil européen en octobre dernier : l’Union européenne s’engage ainsi au niveau domestique à une réduction d’émissions d’au moins 40% d’ici à 2030 par rapport à 1990. L’objectif s’inscrit dans la logique d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% d’ici 2050.

Cette contribution européenne sera déclinée en France en actions qui s’articulent autour de quatre grands objectifs :

  • donner la priorité aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique ;
  • améliorer l’accès à l’énergie dans les zones rurales et périurbaines ;
  • sécuriser et renforcer les systèmes énergétiques ;
  • renforcer les politiques énergétiques et les capacités des acteurs.

III/ Notre conviction est que l’Algérie constitue un partenaire clef dans cet effort et qu’elle apportera une contribution décisive, tant au plan national que par son influence diplomatique.

Messieurs les ministres, Monsieur le Co-président des Négociations de l’Accord de Paris, nous en avons discuté ensemble et je ne doute pas de la qualité de la contribution nationale algérienne que vous êtes en train d’élaborer. Je me réjouis de constater que sa préparation laisse une large place à la concertation et à la consultation de tous les acteurs.

En effet, le réchauffement climatique est l’affaire de tous, car son impact ignorera les frontières et les responsabilités. Le Ministre Laurent Fabius estime qu’il constitue la plus grande cause de notre génération. En effet, nous ne gagnerons pas la bataille du développement et de l’élimination de la pauvreté sans remporter celle contre dérèglement climatique.

Pour répondre à ce défi, nous avons besoin de la mobilisation de tous. C’était ainsi l’enjeu du sommet des Consciences pour le climat qui a réuni les 20 et 21 juillet dernier des personnalités intellectuelles, politiques, religieuses, locales, venues de partout dans le monde.

J’espère que les travaux engagés aujourd’hui aboutiront à une contribution nationale ambitieuse, à la hauteur de l’importance jouée par l’Algérie, avant la fin de l’été.

IV/ Nous savons pouvoir compter sur la mobilisation des autorités algériennes pour faire de la conférence de Paris un succès et obtenir un accord ambitieux.

Je tiens à remercier votre Président de la République, Son Exc. M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, ainsi que votre Premier Ministre, Son Exc. M. Abdelmalek SELLAL pour leur engagement et leur soutien dans ces négociations. La France est sensible à cet engagement qui a vu votre participation, monsieur le ministre des Affaires étrangères, à la réunion informelle des ministres réunie à Paris le 21 juillet dernier.

Le rôle historique de l’Algérie est d’ailleurs incarné par M. Djoghlaf, co-président énergique et engagé des négociations de l’accord de Paris. J’ai pu constater moi-même ses grandes qualités, et sa résolution à obtenir un résultat historique en décembre prochain.

V/ Pour atteindre nos objectifs, nous avons une série d’échéances importantes devant nous :

M. Djoghlaf et son collègue américain ont présenté le 24 juillet dernier un nouveau texte, base des négociations avant la conférence de Paris.

  • 31 août au 4 septembre, Bonn : Session formelle de négociation.
  • 7 et 8 septembre, Paris : quatrième réunion de consultation informelle sur les questions de financement, au niveau des négociateurs puis des ministres.
  • Fin septembre, une série de rencontre est à prévoir en marge de l’Assemblée générale des Nations.
  • Début octobre, Lima : réunion informelle des ministres des finances en marge des assemblées du FMI et de la Banque national.
  • Octobre : la coprésidence présentera un nouveau projet de texte.
  • Fin octobre, Bonn : Session formelle de négociations.
  • Début Novembre, éventuellement, pré-COP à Paris/

Comme vous le voyez, nous avons encore une longue route avant d’aboutir, mais je suis tout à fait convaincu que nous aboutirons. Car je connais le talent de M. Djoghlaf, chef d’orchestre de ces négociations difficiles. Car il y a aujourd’hui dans le monde une prise de conscience sans précédent et une véritable volonté politique sur un sujet autrefois parfois jugé aride et technique. Car nous avons mis en place une méthode nouvelle et adaptée, avec pour mots d’ordre transparence, ambition et pragmatisme, et prenant en compte la nécessité d’inclure toutes les parties dans la discussion. Et car nous n’avons pas le choix.

Le monde entier nous regarde et nous pouvons aujourd’hui être plein d’espérance, les points de vue n’ont jamais été aussi proches, dans tous les pays, l’esprit dans lequel se déroulent ces négociations est très positif, un accord visant des objectifs ambitieux est à notre portée.

Je vous remercie.

publié le 07/09/2015

haut de la page