Remise des insignes d’Officier de la Légion d’Honneur à S.E l’Ambassadeur du Japon en Algérie [ar]

Remise des insignes d’Officier de la Légion d’Honneur
à S.E Masaya Fujiwara,
Ambassadeur du Japon en Algérie
Résidence « Les Oliviers »

Intervention de S.E. M. Bernard Emié,
Ambassadeur de France en Algérie

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Monsieur l’Ambassadeur, Cher Masaya Fujiwara, Chère Madame, Chère Tomoko,
Madame la ministre,
Monsieur le directeur général,
Messieurs les directeurs,
Madame l’Ambassadrice, Messieurs les Ambassadeurs
Messieurs les présidents de sociétés, directeurs généraux, directeurs de journaux,
Mesdames et Messieurs, très chers amis

Vous allez me dire : mais pourquoi l’ambassadeur de France décore à Alger l’ambassadeur du Japon de la Légion d’honneur ? Eh bien la réponse est simple. Compte tenu de ses états de service pour la relation franco-japonaise, le Gouvernement français et le Président de la République ont décidé de conférer les insignes d’officier de la Légion d’Honneur à Masaya Fujiwara. Comme il est parti de Paris vers Alger et le temps que les formalités soient faites pour sa décoration, le chef du Protocole du Ministère des Affaires étrangères m’a demandé de procéder à cette remise de décoration, ce que je fais avec un grand plaisir.

C’est un grand plaisir pour mon épouse Isabelle et pour moi de vous accueillir ce soir à la Résidence des Oliviers et de vous recevoir, Cher Masaya Fujiwara, entouré de votre épouse, de vos amis ici présents et de vos collaborateurs, pour vous remettre les insignes d’officier de la Légion d’Honneur.

Fondée le 29 Floréal an X du calendrier révolutionnaire, soit le 19 mai 1802 par le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, la Légion d’honneur est la plus haute et la plus prestigieuse décoration française. Elle récompense les « mérites éminents » rendus à la nation française. Il faut que vous compreniez que ce principe de la reconnaissance du mérite individuel est un symbole fort de l’esprit issu de la Révolution française car il substitue la reconnaissance du mérite personnel au privilège de la naissance qui était l’apanage de l’Ancien Régime royaliste.

Monsieur l’Ambassadeur, cher Masaya, par cette décoration, la France veut saluer votre carrière et vous remercier de ce que vous avez accompli pour les relations entre nos deux pays, notamment au cours de vos années à Paris comme Ministre-Conseiller de l’Ambassade du Japon, de 2013 à fin 2014. En effet, les personnalités étrangères sont décorées de la Légion d’Honneur si elles ont rendu des services à la France notamment dans le domaine culturel ou encouragé des causes qu’elle défend comme les Droits de l’Homme, la liberté de la presse, et je dis cela devant de grands journalistes, ou des causes humanitaires. Ces décorations viennent ainsi en appui à la politique étrangère de la France.

Avant de vous remettre vos insignes, permettez-moi de retracer, cher ambassadeur, brièvement votre brillant parcours.

Juriste de formation, entré au ministère des Affaires étrangères en 1980, vous fêtez vos trente-cinq ans au sein du prestigieux Gaimusho cette année. C’est dire toute l’expérience que vous avez acquise en poste dans des pays passionnants et stratégiques, comme l’Indonésie, le Canada et la Thaïlande, la France aussi- j’y reviendrai, mais aussi dans des fonctions de haute responsabilité à Tokyo, puisque vous étiez dès 1997 directeur de la non-prolifération, et que vous avez de 2008 à 2010 été conseiller au Secrétariat du Cabinet du gouvernement japonais.

Ce talent et ce professionnalisme, vous l’avez largement mis au service de l’amitié entre la France et le Japon. Nos amis étrangers le savent : la relation entre la France et le Japon est particulière depuis l’époque d’Edo lorsqu’un Samouraï et ambassadeur japonais dans sa route vers Rome fait escale en 1615 dans le port de Saint-Tropez ! Depuis la réouverture du Japon à la fin du XVIIIème siècle, nos relations sont montées en puissance. Nous établissons des relations diplomatiques en 1858 (Napoléon III) et nos rapports sont désormais marqués par des échanges politiques et culturels très denses, un partenariat économique solide et stratégique, et une amitié sincère. En tant que conseiller du Président de la Cinquième République le plus passionné par le Japon, je pense à Jacques Chirac, j’ai été témoin d’une période très faste dans l’histoire de nos relations bilatérales. Fasciné par votre pays et sa très grande civilisation, féru de l’histoire du Japon qu’il connaissait presque aussi bien que les plus hautes autorités de votre pays, s’y étant rendu dans sa vie près de cinquante fois dont, à de très nombreuses reprises à titre privé, le président Chirac portait un amour véritable au Japon et a voulu encore développer nos relations dans tous les domaines. Je me souviens de son attachement au partenariat économique, à une meilleure connaissance réciproque de nos deux cultures, depuis vos spectacles de danse Kabuki ou de théâtre Nô dont il était un spécialiste jusqu’à vos compétitions sportives. Pour lui les résultats du dernier tournoi de Sumo étaient beaucoup plus importants que ceux du championnat de France de football mais ne me citez pas parce que je dis est politiquement incorrect !

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Vous avez été un acteur de cette relation franco-japonaise, vous qui avez choisi d’étudier de 1980 à 1983 à l’Université et à l’Institut d’Etudes politiques de Grenoble, où vous étiez aussi Madame, cette région de France où l’on apprend si bien le français. Vous qui avez su acquérir une excellente connaissance de notre pays et aussi, une parfaite maîtrise de notre langue. Vous qui avez servi à Paris de 1994 à 1997, et nous nous sommes croisés, car j’étais conseiller du Président de la République, vous étiez aux côtés de votre ambassadeur qui nous rendait visite à l’Elysée, et qui avez préparé la visite de la majesté l’Empereur et l’Impératrice du Japon à l’invitation du président Mitterrand en octobre 1994.

Mais c’est surtout en 2013, lorsque vous êtes nommé Ministre-conseiller auprès de l’Ambassade du Japon en France, que vous aurez l’occasion de mettre toutes vos compétences au service de notre relation et de nos deux pays. Et votre séjour en France aura été marqué par des échéances majeures et en premier lieu la visite d’Etat du Président de la République François Hollande au Japon en juin 2013. C’était la première visite d’Etat d’un président français depuis 1996, celle de Jacques Chirac que j’avais moi-même préparée quand j’étais à l’Elysée. Le Président Hollande était accompagné d’une nombreuse délégation, comprenant plusieurs ministres, et tous les sujets ont été balayés au cours de cette rencontre. Je sais que nos services ont préparé cet exercice majeur en parfaite entente avec vous, et mon ami l’Ambassadeur Laurent Stefanini, chef du Protocole à Paris, vous en a été reconnaissant et m’a dit toute l’estime qu’il vous en portait.

Le ballet bilatéral ne s’est pas arrêté en si bon chemin et vous avez aussi contribué à l’instauration, en janvier 2014, d’un dialogue « 2+2 » entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de nos deux pays. Vous avez ensuite participé au succès de la visite du Premier ministre Shinzó Abe en France, en mai 2014, qui aura permis de renforcer le partenariat d’exception franco-japonais, notamment dans les domaines de la sécurité et de la défense, de la coopération industrielle dans les secteurs innovants, de la coopération nucléaire et de la coopération universitaire.

Et je dois dire que ce rythme infernal des visites n’est d’ailleurs pas sans rappeler pour moi l’intensité des visites franco-algériennes, et je mesure tout à fait l’importance du travail que vous avez accompli au service de nos deux pays. Pour cela, la France vous est reconnaissante.

Et c’est tout un symbole que cette remise de décoration ait lieu aujourd’hui ici, à Alger que vous avez rejoint depuis le 20 octobre 2014 pour exercer pour la première fois les fonctions d’Ambassadeur. Vous êtes déjà très actif, fidèle à votre réputation d’homme de terrain et de contacts et vous portez haut l’image de votre grand pays, notamment dans la presse algérienne et je constate que vous rendez régulièrement visite aux principaux journaux de ce pays.

Je ne doute pas que votre francophonie explique pour partie cette nomination et peut-être s’inscrit-elle aussi dans l’excellence des relations entre la France et l’Algérie. La relation politique, humaine, culturelle, économique et sociale qui lie la France et l’Algérie est unique, fondée sur l’histoire, la géographie et sur des échanges de population permanents. Et je suis certain que votre parfaite connaissance de la France sera un atout pour vous, ici en Algérie. J’ai constaté moi-même que nos partenaires algériens connaissent en général beaucoup mieux la vie politique française que moi. C’est dire combien vous qui vous avez observé les Français en France, vous pourrez ici sans doute en faire votre miel.

Mais surtout, votre talent vous permettra de renforcer les relations entre le Japon et l’Algérie. Les liens entre Alger et Tokyo se sont construits au lendemain de l’indépendance. Dès 1958, le FLN avait ouvert un bureau à Tokyo. Votre pays a ensuite entretenu des relations diplomatiques avec l’Algérie depuis l’indépendance, et les contacts entre les responsables de vos deux pays n’ont jamais cessé, comme l’attestent la visite dans votre pays du Président Bouteflika en 2008, et la visite de votre ministre des Affaires étrangères en Algérie récemment.

En parallèle de ces relations politiques, des liens humains denses se sont tissés au fil des ans, entre votre pays et l’Algérie. La communauté japonaise en Algérie atteignait au début des années 1980 plus de 3000 ressortissants, et il existait même à cette époque une école japonaise à Alger. Depuis, la communauté japonaise s’est certes réduite, mais les entreprises japonaises continuent d’être particulièrement actives et je peux vous dire que les entreprises françaises sont vigilantes, parce que nous savons que vous êtes excellents et donc c’est une saine émulation qui s’organise, je parle sous le contrôle du président Rebrab, au bénéfice des milieux d’affaires et du citoyen algériens.

Plus récemment, en janvier 2013, la communauté japonaise en Algérie a été lourdement touchée, lors de l’attaque terroriste d’In Amenas, où 10 des 40 victimes étaient japonaises. Votre ambassade avait pu compter, dans ces moments douloureux, sur l’étroite coopération avec l’ambassade de France, en signe de la très grande proximité entre nos deux pays. Cet évènement tragique a été également l’occasion pour votre pays d’approfondir sa coopération avec l’Algérie, et de l’étendre à d’autres domaines notamment à travers des consultations sécuritaires, à l’image de notre propre dialogue stratégique et sécuritaire avec l’Algérie, car ce pays reste pour nous un partenaire majeur et essentiel au Maghreb et au Sahel et nous conduisons un combat commun pour la stabilité et la paix dans ces deux pays et pour la lutte contre le terrorisme dans la région.

Je suis d’ailleurs convaincu que votre présence est le gage d’un renforcement des liens d’amitié entre nos trois pays qui pourraient dans certains cas réfléchir à des coopérations triangulaires en Afrique, au Maghreb et au Sahel.

Mais si votre carrière a été aussi brillante et variée, c’est aussi parce que votre famille a été autour de vous dans cette longue et belle aventure. Je pense aussi ce soir à vos deux enfants qui sont restés à Tokyo, mais qui sont avec vous par la pensée. J’ai coutume de dire que nous devons beaucoup à nos conjoints dans notre réussite. En notre nom je remercie votre femme, et je remercie la mienne, et toutes les épouses de diplomates qui nous accompagnent dans ces vies complexes que nous leur imposons. Ce soir, chère Tomoko, cette prestigieuse distinction française est aussi la vôtre.

Pour l’ensemble de ces raisons, pour rendre hommage à votre mission si réussie en France, le Président de la République française, Grand Maître de l’Ordre, a décidé de vous nommer Officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

Masaya Fujiwara, au nom du Président de la République française et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Officier de la Légion d’Honneur.

publié le 25/03/2015

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