Discours de l’Ambassadeur Bernard Emié à l’ouverture du séminaire "Voyage d’études de l’INHESJ" [ar]

Intervention de M. Bernard EMIÉ
Ambassadeur,
Haut Représentant de la République Française en Algérie

Ouverture du séminaire
« Voyage d’études de l’INHESJ »


Alger, lundi 23 mai 2016,

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Directeur Général de la Sûreté Nationale
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, chers collègues
Messieurs les Directeurs généraux du ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales,
Monsieur le Préfet, directeur de l’INHESJ,
Mesdames et Messieurs les auditeurs,
Mesdames et Messieurs

C’est un grand honneur pour moi que de m’adresser à vous, après M. Noureddine BEDOUI, ministre de l’Intérieur, qui nous a fait l’amitié de venir en personne vous souhaiter la bienvenue en Algérie et ouvrir cette visite de travail de l’Institut National des Hautes études de sécurité et de justice.

Je saisis cette opportunité pour remercier chaleureusement les autorités algériennes, et vous remercier en particulier, Monsieur le Ministre, pour votre accueil, votre soutien et votre disponibilité. Je sais que l’organisation de cet évènement a fait l’objet d’un suivi minutieux par vos services – la DGSN en particulier - et que vous avez personnellement veillé à ce que le programme des auditeurs réponde à nos ambitions partagées. Et c’est une réussite ! Je dois dire que je suis impressionné par l’accueil qui est fait à nos auditeurs venus de France, et surtout par la richesse du programme qui les attend. Je sais que c’est le fruit d’une année de travail, et nous vous en sommes extrêmement reconnaissants.

Je suis impressionné mais je ne suis pas surpris ! Je connais votre engagement personnel déterminé, et celui des autorités algériennes, pour bâtir dans votre champ de compétences le partenariat d’exception voulu par nos deux Présidents. Et depuis la visite d’Etat du Président Hollande en décembre 2012, je dois dire que le chemin parcouru est saisissant. Le dernier comité intergouvernemental de haut niveau (C.I.H.N.) qu’ont co-présidé nos deux Premiers Ministres, le 10 avril dernier, a permis de faire le bilan d’une feuille de route très ambitieuse. Plus de trente accords ont été signés. Et je ne peux que saluer, Monsieur le Ministre, votre implication personnelle et celle de votre ministère dans ce partenariat bilatéral et la densité de vos échanges avec votre homologue Bernard Cazeneuve avec qui vous avez développé une relation de travail étroite, confiante et régulière.

Les domaines de la sécurité et de la justice, qui intéressent tout particulièrement nos auditeurs, ont en effet pris toute leur part dans cet incroyable essor bilatéral, avec plusieurs dizaines d’actions de coopération par an. C’est un des secteurs où notre partenariat est le plus spectaculaire, le plus concret et le plus opérationnel.

L’Institut national des Hautes études de Sécurité et de Justice y tient d’ailleurs toute sa place. Je remercie d’ailleurs le Préfet Schott pour l’importance qu’il accorde personnellement à l’Algérie dans son ouverture renforcée sur l’international. Monsieur le Préfet, vous avez signé en mai 2015 un memorandum d’accord de partenariat et d’échange avec le Directeur Général de la Sûreté Nationale, le Général-Major Hamel que je salue chaleureusement. Pas moins de neuf places d’auditeurs par an sont ainsi réservées à l’Algérie, et je me félicite que l’INHESJ ait choisi d’organiser son premier voyage d’étude réalisé hors d’Europe en Algérie. C’est un message fort de confiance et de respect que nous vous adressons ainsi.

Le programme de cette visite en Algérie reflète d’ailleurs parfaitement les enjeux des domaines de la sécurité et de la justice en Algérie, et les axes de notre coopération bilatérale, qui leur sont intimement liés. Le Ministre a en effet parfaitement exposé les dynamiques et les réformes à l’œuvre au sein de l’Etat algérienne, avec une stratégie de modernisation et de renforcement de la bonne gouvernance. C’est en réponse à ces besoins et ces demandes que notre relation bilatérale doit s’articuler et s’articule. Par ailleurs, l’efficacité de notre coopération – qui couvre tout l’éventail de la sécurité intérieure et concerne nos deux polices, nos deux gendarmeries et nos deux protections civiles - réside en ce qu’elle combine des éléments de coopération institutionnelle et technique avec une coopération opérationnelle, rendue plus efficace et confiante.

La transversalité constitue une autre caractéristique de notre coopération. Cette approche, particulièrement souhaitée par vous-même et par le général Hamel, nous permet de comparer nos potentiels sur des thématiques aussi génériques que fondamentales telles la gestion de crise ou la sécurité routière, important chantier bilatéral, qui vous a conduit, monsieur le Ministre, à signer une lettre d’intention avec votre homologue, monsieur Bernard Cazeneuve lors du CIHN du 10 avril.

Dans le domaine de la justice, la France soutient activement les efforts de modernisation en cours dans votre pays, notamment à travers deux projets européens qu’elle pilote : le programme Justice III et le jumelage sur les autorités pénitentiaires. Mais nos deux pays coopèrent également de manière très opérationnelle dans le domaine judiciaire. Le nouveau texte signé par nos ministres de la Justice le 10 avril dernier en présence des Premiers ministres, et les négociations en cours pour rénover nos conventions en la matière devrait permettre de fluidifier encore davantage nos échanges.

Nous avons également développé récemment, sous l’impulsion de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, chargé en France des Cultes, et de M. Mohamed Aissa, ministre des Affaires religieuses, des échanges extrêmement utiles en matière religieuse, notamment pour former au mieux les imams algériens qui viennent en France mais aussi pour contrer les discours radicaux. Il faut dire que l’expérience algérienne en matière de déradicalisation est fondatrice, et nous avons tout intérêt à apprendre d’elle. Nos relations, dans ce domaine sont désormais régies par une lettre d’intention signée par MM Cazeneuve et Aissa en décembre 2014. Mais je sais que le ministre Aissa vous exposera tout cela bien plus en détail cet après-midi.

En matière de gouvernance, nous avons aussi développé une coopération efficace, dont les axes ont été définis en avril dernier par un comité de pilotage coprésidé par les Secrétaires généraux des deux ministères de l’Intérieur et dont les conclusions sont aussi très ambitieuses.

Monsieur le Ministre, vous ouvrirez après-demain, avec Monsieur Jean-Michel Baylet, ministre de l’Aménagement du Territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, les troisièmes rencontres des maires et des collectivités locales, qui seront l’occasion d’approfondir notre coopération décentralisée. C’est en effet un pan essentiel de notre relation bilatérale, car elle permet des projets de terrain, de proximité, au bénéfice de nos populations.

Nous avons ensemble ainsi reçu ces derniers mois, M. Gérard Collomb, maire de Lyon, M. Alain Juppé, maire de Bordeaux, Mme Anne Hidalgo, maire de Paris et j’espère cet automne M. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille. C’est dire l’intensité de nos échanges dans ce domaine.
Ces visites donnent lieu à des projets concrets dans le domaine de l’urbanisme, des transports mais elles contribuent aussi au renforcement de la gouvernance locale qui est l’une de vos priorités.

Vous le voyez, notre cahier des charges dans les domaines qui vous intéressent en particulier est dense, mais il n’est que le reflet des enjeux : une relation bilatérale essentielle, des menaces communes accrues, comme le terrorisme ou la criminalité, et des liens humains très denses. Nous n’avons d’autres choix que de coopérer ! Et nos pays ont besoin l’un de l’autre.

Je souhaitais vous remercier tous de votre contribution à ce partenariat d’exception que nous bâtissons chaque jour, pierre après pierre, avec l’Algérie. Il faut dire que la relation qui nous lie à ce pays est à nulle autre pareille : nous avons une histoire en commun, mais également une culture, y compris administrative et institutionnelle ainsi qu’une langue en partage aussi, ce butin de guerre pour reprendre l’expression du grand Kateb Yacine.

Et ce sera peut-être là l’une des réussites les plus importantes de cette visite de travail : vous permettre d’échanger, de développer votre connaissance mutuelle, et de tisser un réseau de contact qui vous sera utile à l’avenir. Car la force de la relation entre la France et l’Algérie, c’est peut-être sa dimension profondément humaine, que vous incarnez, et qui trouve une résonnance particulière dans les questions de sécurité et de justice.

Je vous souhaite une excellente visite en Algérie, à Alger et Oran et beaucoup de réussite dans vos échanges.

publié le 24/05/2016

haut de la page