Le regard de... Jean-Pierre Filiu [ar]

Professeur des universités à Sciences-Po (Paris)
Auteur de « Le Nouveau Moyen-Orient » (Fayard, 2013)

« Préparer l’après au Nord-Mali »

Binatna 1 - Hiver 2013

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Le 19 décembre dernier, François Hollande a souligné à Alger sa « convergence avec le Président Bouteflika » sur le dossier malien, car « l’Algérie joue un rôle très important à la fois pour lutter contre le terrorisme, mais aussi pour favoriser la négociation politique, inséparable, donc, de ce que nous avons à faire sur le plan sécuritaire ». Le chef de l’Etat français a alors souligné l’impératif de « faire tout pour qu’une négociation puisse permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, mais uniquement avec les mouvements ou les forces qui se séparent du terrorisme, voire luttent directement contre le terrorisme ».

Deux semaines plus tard, Ansar Eddine se retire du processus de négociations mené sous l’égide de l’Algérie et du Burkina Faso. Ce retrait brutal n’est qu’un prélude à l’offensive lancée peu après vers le sud du Mali. On connaît la suite : l’opération Serval déclenchée à la demande pressante des autorités maliennes, le consensus international autour de la « légitime défense » de Bamako face à cette agression, et le déploiement progressif de troupes africaines en renfort. Les rivalités entre chefs jihadistes algériens entraînent une nouvelle escalade terroriste, qui frappe le territoire algérien avec la prise d’otages collective d’In Amenas.

Dans le fracas de cette actualité sanglante, il importe plus que jamais de ne pas perdre le sens de la « convergence » franco-algérienne. Il n’y aura pas de solution militaire au nord du Mali, mais l’établissement d’un nouveau rapport de forces qui, en neutralisant les groupes jihadistes, permettra le retour à des négociations, cette fois sérieuses, sur l’avenir de la région. Ce serait faire le jeu d’AQMI et de ses complices que d’amalgamer l’ensemble d’une population à ces bandes qui lui ont imposé son impitoyable terreur durant de trop longs mois.

Le Nord-Mali ne doit pas être le théâtre d’une « reconquête », qui ne pourrait qu’encourager représailles et règlements de compte, alimentant ainsi un nouveau cycle de violence. C’est bel et bien d’une solution politique, prenant en compte la diversité des populations locales et de leurs aspirations, que cette région tellement déshéritée a besoin pour retrouver enfin la paix. L’Algérie a un rôle éminent à jouer dans la préparation et l’accompagnement de cette sortie de crise. Et il n’est pas trop tôt pour que Paris et Alger traduisent en actes cette nouvelle dimension de leur « convergence ».

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publié le 14/12/2014

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