Le regard de… Hubert Colin de Verdière [ar]

Ancien ambassadeur de France en Algérie

« Sachons saisir notre chance »

Binatna 5 - Hiver 2014

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On a beaucoup débattu de la singularité de la relation franco-algérienne. Pendant longtemps, chacun préférait lire le passé à sa manière, en le considérant souvent comme « insurmontable ». Le temps aidant, ce débat a heureusement dépassé les échanges d’anathèmes ou le dialogue de sourds. Nous pouvons plus facilement, aujourd’hui, appréhender le passé commun dans toutes ses dimensions. Et nous le faisons ensemble de plus en plus souvent. Un peu de volontarisme ne nuit pas, si nous voulons creuser ce sillon.

Les relations humaines entre les deux pays nous y poussent chaque jour. En ce qui concerne la France, les familles d’origine algérienne mais aussi les jeunes générations d’origine « pied-noir », sont fondées à réclamer une discours objectif sur ce que fut la colonisation et sur les causes de l’exode des pieds-noirs. Nul ne peut échapper aux exercices de mémoire. Il y faut de la lucidité et un peu d’honnêteté, sans oublier la volonté de regarder ensemble vers l’avenir.

Les échanges économiques offrent l’occasion de progresser. Leur développement est souvent le fruit d’un travail de fourmi et de fortes relations humaines, avant que n’apparaissent les retombées concrètes. La capacité de nouer des rapports approfondis, dans tous les domaines, est la condition de progrès durables.

Les comparaisons faites avec d’autres partenaires de l’Algérie sont à manier avec prudence. Certains grands ouvrages d’équipement (autoroutes, secteur de la construction) ont été fortement investis par d’autres pays que la France. Et il est justifié que nous concentrions nos efforts sur des opérations à haute valeur ajoutée, avec une forte proportion de main d’œuvre locale et les actions de formation qui les accompagnent. Les algériens ne peuvent qu’en bénéficier et nous n’avons pas à nous en plaindre.

En parallèle, sachons aussi poursuivre et développer nos échanges culturels et éducatifs. Ces domaines de coopération sont anciens et le travail accompli est impressionnant. Les récentes rencontres bilatérales et la tenue en décembre de la première réunion du comité intergouvernemental de haut niveau ont fait apparaître de nouveaux objectifs, qui dessinent autant d’avancées à venir. Sachons saisir notre chance. L’enjeu politique et humain, autant qu’économique, le justifie.

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publié le 11/03/2014

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