Lancement des journées de la francophonie [ar]

Institut français d’Alger, le lundi 16 mars 2015, 18H30

Ouverture des journées de la francophonie

Intervention de S.E. M. Bernard Emié,
Ambassadeur de France en Algérie

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités algériennes,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs des pays membres de l’OIF,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis de la Francophonie,

Je suis très heureux de vous voir aussi nombreux pour l’ouverture de cette Semaine de la Francophonie à l’Institut français d’Alger. Une semaine au programme très dense associant de nombreuses Ambassades ici représentées dont celles du Canada et de Suisse notamment.

Quel plus bel exemple de la vitalité de la francophonie en Algérie que le réalisateur Merzak Allouache, dont nous allons regarder ce soir le beau film Le Repenti ? Cet enfant d’Alger a étudié à l’IDHEC, la plus prestigieuse des écoles de cinéma françaises. Il a acquis une renommée internationale dès son premier film, le savoureux Omar Gatlato, et a fait rire quatre millions de Français au moins dès le film Chouchou, une comédie haute en couleurs, tournée à Paris. Et, preuve de la richesse de sa palette de cinéaste, vous allez découvrir ou redécouvrir ce soir une œuvre plus grave mais d’autant plus déchirante, Le Repenti, tout en silences et gestes esquissés. Ce long-métrage du cinéaste fut récompensé lors du festival de Cannes de 2012 et lors des trophées francophones de 2014, avec le prix du second rôle féminin décerné à Adila Bendimerad, dont je salue la présence ce soir et qui va nous dire un mot tout à l’heure.

Cette projection est l’occasion de promouvoir cette belle initiative que sont les Trophées francophones du cinéma, portée par une association canadienne, association qui met en valeur chaque année 10 œuvres et artistes remarquables issus de la production cinématographique des pays de la francophonie.

En partenariat avec d’autres ambassades, des manifestations auront lieu dans nos instituts, non seulement à Alger, mais aussi à Oran et Tlemcen. C’est une très bonne entrée en matière pour cette semaine de la Francophonie que clôturera en beauté la Journée de la Francophonie samedi prochain, ici-même. A cette occasion, un hommage sera rendu à cette grande intellectuelle algérienne, fondatrice de la littérature féminine algérienne d’expression française, historienne, cinéaste, Académicienne française : vous avez reconnu Assia Djebar.

Quelques semaines après sa disparition, nous voulions saluer l’héritage monumental qui nous a été légué par cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son œuvre, entre l’Algérie et la France, entre le berbère, l’arabe et le français.

Fêter la francophonie, c’est célébrer une manière de vivre ensemble, de concevoir le monde en partageant aussi des valeurs communes. Et c’est particulièrement vrai ici en Algérie, le pays où nous avons la chance de servir. L’Algérie est un grand pays francophone, le troisième du monde. Plus de 11 millions d’Algériens ont aujourd’hui le français en partage. C’est une langue qui connaît un succès croissant en Algérie.

C’est d’abord une réalité quotidienne pour les deux millions d’élèves du primaire et les quatre millions d’élèves du secondaire. Elle n’est pas seulement le vecteur privilégié de la transmission des connaissances à l’université, qui possèdent toutes un département de français et qui forment dans cette langue les futurs médecins, scientifiques, administrateurs. Mais elle a une vitalité aussi extraordinaire à travers la presse francophone dont les tirages n’ont rien à envier aux quotidiens français. Et par ailleurs nous avons aussi une activité très forte par l’intermédiaire de nos cinq instituts français, qui accueillent près de 15 000 apprenants de français. Alors je dis à mes collègues des pays membres de l’OIF : nous devons effectivement répondre toujours davantage à cet intérêt exprimé par nos amis algériens pour la langue française.

Cette langue est une réalité, je l’ai dit, quotidienne, aux côtés de l’arabe et avec l’arabe, naturellement, car la promotion de la Francophonie, c’est la promotion aussi du multilinguisme. Mais enfin, l’Algérie est un membre majeur de l’Agence universitaire de la Francophonie avec 57 établissements membres.

Vous me permettrez de citer le Président de la République, M. Bouteflika, qui lors du sommet de la Francophonie à Beyrouth en 2002 avait exprimé l’ouverture de l’Algérie à la Francophonie en disant, et je cite le Président de la République algérienne : « […] c’est sans appréhension aucune que nous nous associons aujourd’hui aux travaux de ce sommet, car nous avons conscience que l’usage de la langue française permet à nos jeunes d’élargir leur horizon, et de participer à l’évolution du monde moderne. »

Nous avons la chance de former une communauté exceptionnelle avec 57 états membres, observateurs ou associés de cette Organisation Internationale de la Francophonie et beaucoup de pays représentés, ici ce soir, en sont membres. C’est une communauté dont on ne mesure parfois pas suffisamment la force et l’attractivité, une communauté qui résout aussi les crises et qui fait en sorte que les valeurs que nous portons puissent être défendues dans l’espace francophone et au-delà. Et enfin, une Organisation qui fait de la diversité culturelle, qui fait de la pluralité linguistique une œuvre au service du monde entier.

Défendre le français, c’est se battre pour la liberté. Et le grand Président Senghor disait aussi de cette langue française que « c’était la langue de la lutte, de l’émancipation », qu’elle avait tantôt la « douceur des alizés », tantôt la « fulgurance de la foudre ».

Puisque nous sommes ici en Algérie, je souhaite aussi mentionner Albert Camus qui disait qu’il n’avait qu’une seule patrie, la langue française. Et puis de son côté, le grand écrivain Kateb Yacine parlait du Français comme d’un « butin de guerre ». Pour nous tous, ici, la langue française, c’est un bien commun, c’est la matière avec laquelle nous composons nos souvenirs, nous retrouvons nos émotions, nous évoquons nos rencontres. Et ce soir, je suis très heureux d’être ici pour fêter la Francophonie, pour fêter aussi le cinéma et puis pour souligner cet attachement si fort à la langue française qui habite tant de cœurs en Algérie.

Car ce qui compte, c’est que tant de cinéastes, tant d’écrivains, tant de savants expriment en français, avec une vitalité toujours renouvelée, ce qu’il y a de plus grand et de plus beau dans l’art, dans la sagesse et dans la pensée algériennes.
Je vous souhaite à toutes et à tous, Mesdames et Messieurs, une excellente projection.

Vive la francophonie !

Je vous remercie beaucoup de votre attention.

publié le 19/03/2015

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