Remise des insignes de Chevalier des Arts et Lettres à M. Hannachi [ar]

Intervention de S.E. Bernard Emié, Ambassadeur de France en Algérie

A l’occasion de la remise des insignes de Chevalier des Arts et Lettres à M. Yacine Saïd Hannachi

5 novembre 2014

Cher Yacine Saïd Hannachi,
Monsieur le Directeur,
Madame,
Chère Amina, Cher Kamil,
Madame la Ministre,
Monsieur l’Ambassadeur,
Messieurs les Directeurs,
Madame la Championne olympique,
Mesdames et Messieurs, très chers amis,

C’est un grand plaisir pour moi de vous recevoir tous à la Résidence des Oliviers et de vous recevoir, Cher Yacine Saïd Hannachi en particulier, entouré de votre famille et de vos amis, pour vous remettre les insignes de Chevalier des Arts et Lettres. Je voulais expliquer, notamment à vos enfants qui doivent se dire « Qu’est-ce qu’il fait là papa ? Pourquoi a-t-il une décoration ? Ça veut dire quoi tout ça ? » : Kamil, je voulais te parler un peu pour que tu comprennes pourquoi il y a tous ces gens autour de ton père aujourd’hui.

C’est un peu particulier, parce qu’en fait on lui remet une décoration française. Alors tu vas te dire « Il n’est pas français, pourquoi on lui remet une décoration ? ». On lui remet une décoration parce que la France veut lui rendre hommage. Les décorations sont effectivement des reconnaissances par la République française qui ont rendu des services particuliers, et les Arts et Lettres s’inscrivent dans cette logique, notamment dans le domaine culturel.

La culture, mon cher Yacine, c’est le plus important et donc cela veut dire que cette distinction est très significative. Je suis très ému parce que c’est la première décoration que je remets depuis ma prise de fonctions comme Ambassadeur de France en Algérie il y a quelques semaines, et je suis très heureux que cette première décoration soit les Arts et Lettres, et, en plus, pour la très grande personnalité culturelle que vous êtes. Je remercie mon prédécesseur et ami André Parant de vous avoir proposé cette décoration et de me donner le privilège de vous la remettre alors que nous venons de faire connaissance.

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Avant de vous remettre vos insignes, je voudrais résumer votre parcours brièvement par quatre entrées ou quatre messages.

La première est sans doute pour dire que vous êtes un passeur. Et je sais ce qui vous a amené à évoluer de vos premières études de médecine vétérinaire – quel chemin ! – et votre vocation, cette installation et cette vie de libraire puis d’éditeur. J’en retiens aussi que cette formation vous a amené à être d’abord professeur de sciences naturelles dans un lycée et c’est sans doute là une première étape de passeur, de pédagogue, et la suite de votre parcours vous amènera à l’être avec un public de plus en plus large. En effet, dès 1985, vous ouvrez une librairie à Constantine, qui deviendra par la suite Media Plus. En 1991, vous franchissez une nouvelle étape et vous devenez éditeur. Et, parallèlement, vous exercez aussi comme journaliste au quotidien Liberté, puissamment représenté ici, de 1992 à 2000, et je sais que vous effectuez aussi un passage au journal Horizons.

Alors transmettre, donner à lire, à réfléchir, à débattre : votre sillon s’est ainsi creusé depuis presque trente ans et fait de vous aujourd’hui un acteur incontournable de la vie culturelle algérienne et de la vie culturelle constantinoise en particulier. Cette ville, très célèbre en France et que je n’ai pas encore découverte - mais je viendrais vous voir assez rapidement -, la ville du rocher, riche de son histoire et de son patrimoine. Vous y êtes né, vous y avez grandi, étudié, fondé un foyer, une maison d’édition, vous vous y êtes définitivement ancré et je sais que la vie culturelle constantinoise a beaucoup bénéficié de votre engagement. Depuis leur création, votre librairie et votre maison d’édition ont reçu plus de deux cents auteurs pour des rencontres, des débats, des présentations d’ouvrages. Je pourrais en citer beaucoup mais je mentionnerais Rachid Boudjedra, Yasmina Khadra, Boualem Sansal, Benjamin Stora, Malika Mokeddem. Cette liste en elle-même est déjà très éloquente et c’est vrai qu’aujourd’hui, alors que l’un des grands auteurs algérien, je pense à notre ami Kamel Daoud, est sur la short list - comme on dit en bon français - du Prix Goncourt pour la première fois – et je salue l’éditrice qui est là – pour un ouvrage en français publié d’abord par une maison d’édition qui n’est pas française, je crois que c’est déjà quelque chose d’extraordinaire pour le rayonnement de la littérature algérienne en français dans le monde. Et quand je vois l’impact du Salon du livre que je viens de visiter - je pensais y passer une heure et j’y suis resté plus de quatre heures -, j’ai été très impressionné par ce bouillonnement, ce foisonnement, ce dynamisme que j’ai ressenti au Salon du livre et que je ressens dans une société algérienne avide de livres, de culture, de découvertes et d’ouverture. Et le fait que Kamel Daoud soit « goncourisable » est quelque chose que je trouve extrêmement significatif et très fort pour ce que représente votre pays et pour la manière dans votre pays est un acteur de la littérature en français dans le monde.

Les éditions Média Plus comptent aujourd’hui à leur catalogue une centaine de titres recouvrant la littérature, les sciences humaines… dans tous les domaines vous êtes présent et c’est quelque chose de très remarquable. C’est une autre facette de votre parcours, votre engagement pour la francophonie, qui doit être salué et se retrouve dans vos choix de libraire, dans vos choix d’éditeur, dans les valeurs que vos titres véhiculent et que vos débats ont animé. Cet engagement vous a conduit aussi à effectuer un travail remarquable de réédition et de diffusion des pères de la littérature algérienne de langue française comme Malek Haddad. Car cette langue que nous avons en partage, et cette langue qui est la vôtre aussi, cette langue qui unit profondément nos peuples et plus de 220 millions de locuteurs dans le monde, 700 millions en 2050, vous lui rendez constamment hommage, vous la défendez sans complexes, avec courage, avec persévérance et je dirais avec passion. Vous la vivez aussi dans le partage et ce n’est pas un hasard si parmi les très nombreuses distinctions que vous avez déjà reçues, il y en a deux que j’aimerais souligner : Le Centre national du livre vous a labellisé libraire francophone de référence et le quotidien arabophone El Nasr vous a élu en 2006 comme éditeur et libraire de l’année. C’est une convergence qui est à souligner et qui rend hommage à votre ouverture d’esprit mais aussi à l’exigence de vos choix.

Et c’est ce qui m’amène au dernier volet que je voulais retenir, celui des liens forts tissés au fil de ces années entre votre action déterminée de libraire et d’éditeur et notre coopération bilatérale. Vous êtes beaucoup plus qu’un « interlocuteur bien connu de cette Ambassade » comme disent les diplomates. Vous en êtes devenu, je dirais presque, un compagnon de route. Une de ces personnalités dont on est heureux de recevoir un projet à soutenir voire d’en inventer ensemble de nouveaux. Et je suis très fier que l’Ambassade sous la direction de mes prédécesseurs ait pu soutenir vos actions à de nombreuses reprises, dont plusieurs projets d’édition ainsi que des formations montées avec l’Institut supérieur de la librairie et l’opérateur Asfored, dont la dernière si je comprends bien a eu lieu en août 2013. Et puis je citerais aussi la présentation aujourd’hui même au Salon international du livre d’Alger du recueil des œuvres lauréates du premier Prix de la nouvelle fantastique lancé par l’Institut français d’Algérie en partenariat avec vous et avec la BNP. Alors, quelle joie et quelle fierté de faire connaître ensemble et dans ce partenariat autant de talents !

C’est dire, cher Yacine Saïd Hannachi, que votre parcours n’est pas le fruit du hasard et qu’il n’a pu se construire que par la force, la constance de votre passion et de vos engagements. Et en disant cela, Madame, je pense à vous aussi. Car je pense que si nous sommes forts et si nous réussissons dans nos vies et dans nos carrières, c’est souvent à nos conjoints aussi que nous le devons. Et donc, Madame, ce soir, cette décoration qu’il reçoit c’est aussi la vôtre. C’est aussi celle de cette belle famille que vous constituez.

Alors, pour toutes ces raisons, je suis très fier au nom de Fleur Pellerin, Ministre de la Culture et de la Communication, et au nom du gouvernement français, de vous remettre ces insignes de Chevalier des Arts et Lettres. Et j’en suis fier car par cette distinction ce sont la francophonie, la création littéraire, ce que symbolise la création littéraire en termes de liberté, en termes d’invention, en termes de génie, en termes d’ouverture sur le monde… c’est aussi la promotion du patrimoine et c’est la diversité culturelle qui sont aussi honorés.

Yacine Saïd Hannachi, au nom du Ministre de la Culture et de la Communication, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre des Arts et de Lettres.

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publié le 09/11/2014

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