Hommage aux victimes des attentats de Paris - Discours de l’Ambassadeur de France [ar]

Intervention de M. Bernard EMIÉ Ambassadeur,
Haut Représentant de la République Française en Algérie

Cérémonie en hommage aux victimes des attentats de Paris
du vendredi 13 novembre 2015

Mesdames et Messieurs les conseillers consulaires,
Mesdames et Messieurs les Chefs de service,
Monseigneur Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran,
Chers collègues,
Chers compatriotes,
Chers amis,

La France est aujourd’hui de nouveau en deuil. Notre pays a vécu vendredi 13 novembre au soir une nuit dramatique, d’horreur et de terreur. Le terrorisme a frappé notre capitale avec une violence sans précédent, quelques mois seulement après les attaques terroristes des 7, 8 et 9 janvier. Une série de sept attaques terroristes a frappé Paris et la Seine-Saint-Denis, au stade de France, au théâtre du Bataclan et aux terrasses de plusieurs bars et restaurants des 10ème et 11ème arrondissement de Paris, symboles du vivre ensemble et de la diversité culturelle et sociale de notre pays. Le bilan, très lourd, s’élève au moins à 129 victimes et 352 blessés, de très nombreuses nationalités. Des dizaines d’entre eux sont encore entre la vie et la mort. Je m’incline devant leur mémoire et la douleur de leurs proches. Je pense aussi aux familles endeuillées et meurtries et à ceux ici qui ont été affectés directement par ce drame.

Le Président de la République a décidé d’observer trois jours de deuil national, deuil qui a débuté hier. Il s’adressera cet après-midi aux Parlementaires réunis exceptionnellement en Congrès à Versailles. Aujourd’hui, dans toute la France à midi, une minute de silence sera observée à la mémoire des victimes. D’où cette cérémonie afin qu’un moment de recueillement permette à tous les agents de nos ambassades à l’étranger mais aussi aux communautés françaises, de s’associer à cet hommage.

Comme l’a souligné notre Président de la République, ces attentats constituent un acte de guerre, un acte de barbarie absolue. Nous devons nous préparer à mener un combat long et difficile contre le terrorisme.

Face à une telle situation, des mesures exceptionnelles ont été décidées par notre gouvernement au niveau national. L’état d’urgence a été décrété sur l’ensemble du territoire. Des contrôles systématiques aux points d’entrée routiers, ferroviaires, maritimes et aéroportuaires sur le territoire national ont été immédiatement instaurés, sans interruption toutefois du fonctionnement des aéroports et des liaisons aériennes.

Ici en Algérie, nous devons être vigilants mais sans rien céder à la peur ou à la panique, ce qui ferait le jeu des terroristes. Je vous demande à tous d’observer rigoureusement les recommandations de sécurité et de rester en état d’alerte et de grande vigilance. J’ai demandé aux autorités algériennes de renforcer partout en Algérie la sécurité de nos emprises, ce qui a été mis en place immédiatement et je les en remercie vivement.

Ces nouveaux attentats d’une violence extrême ne feront que renforcer notre détermination à combattre inexorablement le terrorisme. Face à la barbarie, à l’obscurantisme il n’y a qu’une réponse, la détermination mais aussi l’unité nationale qui s’est faite autour du Président de la République et du gouvernement. Détermination à porter haut et fort les valeurs de notre pays. Tolérance malgré les menaces. Rejet de toute dérive ou tentation d’amalgame. Unité de tous les Français qui, face à cette épreuve, savent et sauront se rassembler comme ils l’ont fait au mois de janvier autour des valeurs communes de notre République. Comme le président de la République l’a indiqué le 14 novembre, et je le cite : « la France parce qu’elle a été agressée lâchement, honteusement, violemment, la France sera impitoyable à l’égard des barbares de Daech, elle agira dans le cadre du droit avec tous les moyens qui conviennent et sur tous les terrains intérieurs comme extérieurs en concertation avec nos alliés qui eux-mêmes sont visés par cette menace terroriste. Dans cette période si douloureuse, si grave, si décisive pour notre pays j’en appelle à l’unité, au rassemblement et au sang-froid ».

La France, Mesdames et Messieurs, continuera de porter son idéal de paix et de justice partout dans le monde et restera fidèle à son message. Nous ne laisserons pas ces terroristes nous terroriser. Nous ne laisserons pas ces barbares modifier notre mode de vie, nos valeurs et nos croyances. La devise de la ville de Paris prend aujourd’hui tout son sens : « Fluctuat nec mergitur ». Le navire est frappé mais ne sombre pas. Paris restera Paris, la ville des Lumières, et la France restera la France, le pays de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. La France est blessée mais elle se relèvera toujours et rien ne pourra l’atteindre même si nous sommes aujourd’hui accablés par les images que nous avons vues, effondrés par ces drames humains et bouleversés par ces destins individuels brisés, ces vies arrachées, cette détresse des familles endeuillées.

Ce combat commun contre la barbarie n’est possible qu’en préservant et renforçant notre unité et notre solidarité. Nous traversons une période terrible, alors que certains souhaitent entraîner notre pays, et le monde, vers la violence, la haine, la division confessionnelle et le chaos. Nous devons répondre à leurs provocations par toujours plus de tolérance, de pluralisme, d’ouverture à l’autre mais aussi de vivre ensemble et de joie de vivre.

C’est tout le sens de ce moment de recueillement car il est en effet important que nous restions solidaires et soudés pour faire face, ensemble, à la barbarie.

Ce rassemblement ne concerne pas que le peuple français. En effet, comme l’a dit le Président de la République, « ce que nous défendons c’est notre patrie, mais c’est bien plus que cela. Ce sont les valeurs d’humanité ». Et je pense aussi aux victimes des attentats de Charm-El-Cheikh, de Beyrouth, d’Ankara. Les attentats de Paris n’ont pas seulement touché notre pays, mais ont constitué un « crime contre l’humanité », comme l’a souligné le Président Abdelaziz Bouteflika dans son très beau message de condoléances au président de la République François Hollande.

Pour mener ce combat contre le terrorisme, nous aurons donc besoin de l’aide de nos alliés et de nos amis. Comme en janvier dernier, le monde a spontanément témoigné sa solidarité. Partout, des manifestations populaires sont venues nous soutenir dans cette terrible épreuve. Partout, le monde s’est senti agressé, violé par ces attaques barbares contre notre pays, symbole de tant de valeurs partagées.

Je veux exprimer ici ma reconnaissance aux autorités algériennes et saluer en particulier les mots si justes et si forts du Président Abdelaziz Bouteflika qui, dans son message au président de la République, a souligné la nécessité d’une réaction mais a également, je le cite, indiqué que « ce fléau transfrontalier appelle une réaction solidaire de toute la communauté internationale, une réaction qui se doit également d’être lucide pour éviter une fracture civilisationnelle à travers le monde et à l’intérieur des pays ce qui est l’un des buts recherchés par les commanditaires du terrorisme ».

Oui, nous devons dans notre réponse nationale et collective nous inspirer de ce message de sagesse.

Oui, nous n’oublions pas combien nos amis algériens ont souffert eux-mêmes dans leur chair du terrorisme et les terribles images de ce Paris meurtri du 13 novembre leur ont rappelé tant de moments de souffrances, de douleurs, de massacres, de barbarie et d’horreurs qu’ils ont vécus pendant la décennie noire.

Oui, nous n’oublions pas non plus le très lourd tribut qu’ont payé aussi nos collègues de l’Ambassade au cours de cette décennie noire, tribut dont cette stèle rappelle le sacrifice.

Oui, ensemble, l’Algérie et la France avec d’autres doivent être côte à côte pour lutter de toutes leurs forces contre le terrorisme avec une détermination sans faille mais aussi en étant vigilant pour éviter toute forme d’amalgame ou de tentation de verser dans le rejet de l’autre, dans l’islamophobie.

Dans un contexte international de menace terroriste toujours élevé et alors que la France reste engagée sur les théâtres du Mali, du Sahel avec la force Barkhane mais également par les frappes aériennes au sein de la coalition contre Daech en Irak comme en Syrie, nous devons résister collectivement.

Résister pour nos valeurs et notre République ;
Résister pour affirmer haut et fort ce que nous sommes ;
Résister en mémoire de ceux qui sont tombés, simplement parce qu’ils étaient Français ou étrangers à Paris, dans des lieux de vie, de convivialité, de partage.

Aujourd’hui, contrairement à notre cérémonie du mois de janvier 2015 pour les attentats de Paris, je ne suis pas en mesure d’égrener les noms des victimes, tellement elles sont nombreuses, tellement elles ne sont toujours pas toutes identifiées, tellement la situation n’est pas complètement éclaircie. Mais aujourd’hui, tous ensemble, en nous unissant, en nous serrant les coudes, en ayant à l’esprit les valeurs que porte notre République et en étant fiers d’être Français, méditons le terrible sacrifice de toutes les victimes des attentats de Paris.

J’invite maintenant chacune et chacun à respecter une minute de silence et de recueillement à la mémoire de toutes les victimes.

publié le 17/11/2015

haut de la page