Entretien exclusif à TSA de M. Jean-Pierre Raffarin

Vous venez d’effectuer une visite de deux jours en Algérie. Quel bilan faites‑vous de ce déplacement ?

Cette visite de travail de deux jours a été particulièrement dense : des entretiens de travail avec le Premier ministre, les ministres de l’Énergie et des Mines, des Finances, de la Santé, le gouverneur de la Banque Centrale et plusieurs séances en format restreint ou élargi avec mon interlocuteur désigné, M. Cherif Rahmani, le ministre de l’Industrie, des PME et de la Promotion de l’investissement. Le bilan que je peux faire est positif car chez tous mes interlocuteurs, j’ai retrouvé la même volonté d’accélérer, d’approfondir et d’élargir nos projets de coopération, à l’image de ce que le gouvernement algérien a décidé en matière de développement économique.

Cela fait maintenant deux ans que je me rends régulièrement en Algérie pour cette mission de bons offices économiques. Près d’une dizaine des dossiers traités ont pu aboutir et sur les quelques‑uns encore en discussion, je peux mesurer le chemin parcouru.

Avez‑vous obtenu des avancées concrètes sur les dossiers d’investissements français, notamment celui de l’implantation d’une usine Renault ?

Cette bonne disposition d’esprit mutuelle a permis effectivement de continuer à avancer de manière concrète et opérationnelle sur quelques grands projets, dont celui de Renault. Au‑delà de cet important projet industriel, il faut bien voir que l’approche retenue de part et d’autre est celle d’une approche filière, de l’amont à l’aval, d’une collaboration où, notamment en termes d’emplois, chacun doit être gagnant. Cette approche est valable pour l’automobile mais aussi pour d’autres branches comme les matériaux de construction, la pétrochimie, l’agriculture. Dans tous ces secteurs, nous sommes prêts à conjuguer production, formation, recherche, commercialisation, exportation… Je suis sûr que dans ce partenariat intégré, nos deux pays, nos entreprises, nos concitoyens seront gagnants.

Des contrats seront‑ils signés lors de la visite du président François Hollande, le 19 décembre prochain ?

À quelques jours de la visite du président de la République française, vous comprendrez que je ne puisse pas satisfaire toute votre curiosité à ce sujet. Mais, ce que je peux dire, c’est que tous mes interlocuteurs ont témoigné de leur volonté de donner un nouvel élan à une relation qui est déjà forte mais qui, dans le domaine économique qui est celui de la mission qui m’a été confiée par le président, doit se hisser au niveau des nouvelles opportunités qui s’offrent à nos deux pays aujourd’hui. Je suis donc confiant dans les résultats que l’on peut attendre à l’occasion de la visite présidentielle.

Les entreprises françaises ne profitent toujours pas des importants investissements publics algériens. Avez‑vous obtenu des avancées dans ce dossier ?

La France est le premier partenaire économique de l’Algérie, ce qui prouve combien nos liens sont étroits dans le commerce, l’investissement, le partenariat technologique… La démarche que je vous ai décrite ci-dessus – par filière et ayant à cœur l’intérêt partagé quant à l’emploi et la richesse créée – reflète notre détermination à contribuer au développement de l’Algérie en participant à la réalisation des grands équipements publics. D’ores et déjà, nous pouvons espérer que certains investissements fourniront prochainement l’occasion de concrétiser cet intérêt commun.

La France, premier fournisseur de l’Algérie, est depuis quelques mois talonnée par la Chine. Avez-vous une stratégie pour rester leader sur le marché algérien ?

C’est vrai que la Chine – mais pas seulement elle – est de plus en plus présente sur le marché algérien. Cela correspond bien sûr à la montée en puissance de la Chine dans le commerce mondial. Cette concurrence accrue doit amener nos entreprises à se positionner sur les créneaux les plus porteurs du marché algérien, notamment les produits et services industriels, les équipements, l’agro‑industrie… Cela peut se faire en en complétant les offres de nos entreprises par des prestations pour lesquelles les atouts français sont reconnus et qui nous distinguent souvent des autres : formation, partage d’une valeur ajoutée en expansion, exportation… C’est un partenariat économique rentable qu’il nous faut mettre en place.

De quoi se plaignent les entreprises françaises qui cherchent à investir en Algérie ?

Hors hydrocarbures, la France est le 1er investisseur en Algérie et les dossiers au règlement desquels j’ai pu contribuer ces deux dernières années démontrent bien que l’intérêt de la France vis‑à‑vis de l’Algérie ne faiblit pas. Chaque pays a ses complexités, la France comme l’Algérie ou la Chine. Nous devons respecter les lois de chacun. Quand des difficultés se présentent, ce qui compte, c’est de bien comprendre les positions de part de d’autre, de s’efforcer de résoudre ces difficultés en dégageant des solutions qui, bien sûr, respectent l’esprit et la lettre de la loi mais permettent de parvenir à un accord qui corresponde aux intérêts des deux parties.

C’est là le sens de la mission qui m’a été confiée et que mon interlocuteur désigné, le ministre Cherif Rahmani, a su mettre en œuvre avec efficacité au cours des réunions de travail de ces deux jours, en rassemblant responsables algériens et français et en faisant que, lui comme moi, puissions dégager des pistes de solution au plus grand bénéfice des deux parties.

Beaucoup d’entreprises françaises, à l’image de Peugeot, connaissent des difficultés. La France est elle prête à voir l’Algérie entrer dans le capital de certaines de ces entreprises ?

La France accepte bien volontiers que des intérêts algériens entrent au capital de ses entreprises, grandes ou petites. Cela relève de la décision des autorités algériennes et des entreprises concernées. C’est un sujet qui a été abordé au cours de récents contacts franco‑algériens. On peut, en effet, imaginer des croisements de prises d’intérêts bénéfiques aux deux pays car, outre les besoins en capitaux, ils pourraient faciliter les partenariats dans les domaines de la production, de la formation, du transfert de savoir‑faire, de la commercialisation et de l’exportation. C’est encore un sujet de réflexion mais il n’y a pas, de notre côté, d’objection à ce que de telles réflexions soient approfondies, bien au contraire.

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publié le 03/04/2014

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