Entretien du président Hollande avec El Hayat (extraits) [ar]


1. On entend beaucoup dire que pour certains le maintien de Bachar al-Assad au pouvoir en Syrie serait une meilleure option qu’une Syrie gouvernée par des extrémistes islamistes, ces propos sont-ils à votre avis réalistes ?

Réponse :Il n ’y a pas de solution politique avec le maintien de Bachar al-Assad. Son obstination à poursuivre la répression par tous les moyens ne fait que prolonger et amplifier la crise en Syrie. Bachar al-Assad ne combat pas les extrémistes. Il les utilise pour faire pression sur l’opposition modérée. Les premières victimes en sont les Syriens eux-mêmes.

Dans ce contexte, la France apporte une aide humanitaire directe au peuple syrien et répond aux besoins des pays voisins de la Syrie qui accueillent aujourd’hui près de deux millions de réfugiés. Je pense à la Jordanie et au Liban. Elle continue aussi de travailler à la recherche d’une issue politique en coordination avec les forces de l’opposition modérée qu’elle soutient.

Pour la France, la conférence de Genève II doit permettre de poser les bases d’une véritable transition e. Je souhaite que la communauté internationale se rassemble sur cet objectif simple, faute de quoi le risque est de laisser le chaos s’étendre encore en Syrie et dans la région.

2. La France s’est toujours engagée pour le Liban. Allez-vous essayer de jouer un rôle de facilitateur auprès des pays de la région pour la formation d’un gouvernement et auprès des chrétiens libanais pour ne pas laisser le pays sans président ?

Réponse : Je tiens tout d’abord à condamner de la manière la plus ferme l’attentat qui a coûté la vie à Mohammed Chatah, homme de dialogue et de paix. Il faut que cesse cette montée des violences qui met en danger l’unité du Liban.
La France est attachée à la souveraineté du Liban. Elle œuvre sans relâche afin d’aider ce pays à surmonter les difficultés politiques et sécuritaires auxquelles il fait face dans le contexte de la crise syrienne.
La France ne s’ingère pas dans les affaires intérieures du Liban mais invite tous les partis à faire preuve de responsabilité et à rechercher ensemble le consensus nécessaire pour débloquer la situation actuelle.
La France appelle aussi au respect des échéances constitutionnelles, en particulier celle de l’élection présidentielle prévue en mai 2014. Le Liban a besoin de rester uni face aux périls qui l’entourent. C’est le message que je passe à l’ensemble des responsables. Ma visite à Riyad sera aussi l’occasion d’évoquer cette question avec le roi Abdallah.
Je suis en contact avec le président Sleimane dont je soutiens les démarches pour rassembler les Libanais et les amener vers le dialogue et l’entente. La France continuera aussi de mobiliser ses partenaires dans le cadre du groupe international de soutien au Liban, afin notamment de mieux prendre en charge les réfugiés syriens sur le territoire libanais.

3. Le procès au Tribunal International pour l’assassinat de Rafic Hariri commencera le 16 janvier en Hollande, ce tribunal qui est à l’origine une décision française va commencer sans la présence des suspects libanais demandés par la justice internationale, quel est votre commentaire ?

Réponse : La France soutient depuis sa création l’action du Tribunal Spécial pour le Liban, au service de la justice et pour lutter contre l’impunité. J’appelle toutes les parties à respecter scrupuleusement son mandat tel que défini par la résolution 1757 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Je me félicite donc de la tenue d’une première audience le 16 janvier prochain. Et je salue la décision prise par les autorités libanaises de procéder très prochainement au versement de la contribution libanaise au TSL pour 2013.

4.Voyez-vous un changement sérieux en Iran avec le président Rohani que vous avez rencontré à New York ?

Réponse : Le président Rohani a exprimé sa volonté d’engager le dialogue et d’améliorer les relations de l’Iran avec la communauté internationale. C’est pour cette raison que je l’ai rencontré à New York le 24 septembre. Nous avons eu une conversation ouverte et franche. Je lui ai dit aussi que les mots ne suffisent pas et que l’Iran doit passer aux actes en donnant les preuves qu’il renonce à se doter de l’arme atomique. Des négociations sont en cours entre le groupe E3+3 et l’Iran. Un accord intérimaire a été trouvé. Il suspend le développement du programme nucléaire iranien pendant six mois. Ce délai doit être utilisé pour trouver un accord complet doté de toutes les garanties nécessaires.
De même l’Iran doit jouer un rôle constructif dans la recherche d’une solution à la crise syrienne et accepter les termes du communiqué de Genève sur la transition politique en Syrie.

5. Pensez-vous que la feuille de route égyptienne serait une garantie de stabilité pour l’Egypte ?

Réponse : Oui, la stabilité de l’Egypte nécessite la mise en œuvre rapide de la feuille de route pour rétablir un pouvoir civil. Le référendum constitutionnel des 14 et 15 janvier prochains en sera une étape importante. Mais, au-delà, il sera déterminant que les libertés et les droits fondamentaux soient assurés et que l’ensemble des courants politiques rejetant la violence puisse participer au processus de transition. La France compte sur l’Egypte, qui a un rôle central à jouer dans la région et avec qui elle a des relations d’amitié de longue date. Elle se tient à ses côtés dans cette période cruciale de son histoire. /.

(Randa TAKIEDDINE)

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publié le 19/03/2014

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