Entretien de Mme Nicole Bricq avec le quotidien Echourouq [ar]

La France fut le premier partenaire commercial de l’Algérie avant de se retrouver à la 4ème position après la Chine, les Etats-Unis et l’Allemagne. Avez-vous, dans le cadre de votre visite, des propositions qui vous permettraient de reconquérir votre position dans les relations commerciales avec l’Algérie ?

En effet, la France est le 4ème partenaire commercial, mais occupe la place de 1er fournisseur. Certes cette position est fragile et elle a d’ailleurs subi une érosion régulière au fil des ans. Mais elle s’explique par l’émergence de nouveaux grands acteurs économiques et par l’ouverture de l’Algérie à de nouveaux partenaires. Ce que je souhaite proposer aux autorités algériennes, c’est un partenariat plus dense, plus pérenne et plus équilibré qui passe aussi par l’investissement comme en témoigne d’ailleurs déjà l’importance de la présence française en Algérie.

Ne jugez-vous pas que l’évolution du « dialogue économique » entre l’Algérie et la France nécessite une décision politique des deux parties ?

La volonté du président de la République François Hollande est d’approfondir les liens qui unissent nos deux pays. C’est une donnée essentielle. Le dialogue politique nécessite d’avoir un prolongement dans le dialogue économique. Les entrepreneurs français et les entrepreneurs algériens, qui se connaissent bien et se respectent, attendent beaucoup de cette nouvelle dynamique.

Envisagez-vous d’investir dans le secteur de l’habitat et de l’immobilier, ces derniers constituant l’une des préoccupations et des priorités de larges composantes du peuple algérien ?

La France compte de nombreuses entreprises dans le domaine du bâtiment et des BTP, dont certaines sont leaders au niveau mondial. Elles prendront toute leur part aux projets algériens en la matière, en apportant notamment leur savoir-faire pour des constructions respectant mieux l’environnement. Je souhaite d’ailleurs faire de la « ville durable » l’une des filières prioritaires de mon action.

De nombreuses déclarations ont été faites, parfois contradictoires, au sujet de l’usine Renault mais le dossier est toujours en suspens. Pourquoi ce gel et ce blocage ?

Les discussions en cours sont confidentielles, mais je crois pouvoir dire que, depuis quelque temps, elles progressent bien. Selon les informations dont je dispose, des avancées décisives sont envisageables dans les prochaines semaines. Le gouvernement français soutient cet investissement qui est aussi profitable à l’industrie algérienne que française.

Venez-vous en Algérie porteuse de nouveaux projets français d’investissement ?

Je viens surtout en Algérie pour me mettre à l’écoute des besoins du gouvernement algérien, de ses projets et de ses attentes. Selon les dernières statistiques françaises dont je dispose, le stock d’investissements français en Algérie s’élève à près de 2 Mds € et le rythme ne se dément pas. Outre celui de Renault, plusieurs grands projets d’investissement d’entreprises françaises sont en cours de discussion, je pense notamment à Lafarge et à Total. Au-delà de ces grands noms, il y a de nombreux projets d’investissement conduits par des entreprises de taille intermédiaire ou des PME, à l’image de celles qui m’accompagnent en Algérie.

Quelles sont les garanties et les avantages qu’on propose aux entreprises françaises désirant mener des activités en Algérie ?

Le développement des échanges commerciaux entre la France et l’Algérie est une priorité. A cet effet, nous apportons à nos entreprises des garanties qui sont accordées au regard de la qualité des projets, de l’intérêt pour les économies algériennes et françaises et des emplois associés.

Quelle est votre évaluation de l’activité des entreprises françaises en Algérie ? Etes-vous satisfaite de leur performance ?

Je pense que la présence française est particulièrement diversifiée : elle couvre de nombreux secteurs, que ce soit dans le secteur agro-alimentaire, l’industrie ou les services. Mais nous pouvons faire plus et mieux. Ce sera l’objet de mes échanges avec les autorités algériennes. Je suis également ici pour porter un message à nos PME en leur disant que l’Algérie est une terre pleine de potentialités. Des partenariats peuvent s’y bâtir, des projections vers d’autres marchés internationaux se mettre en place.

Qu’est-ce qui incite les Français à opter pour « l’économie des services » au lieu de « l’économie de production » en Algérie ? Dans le sens où la partie française continuerait à préférer exporter vers les Algériens des produits de consommation seulement ?

Les entreprises françaises participent pleinement à la production industrielle algérienne. Elles contribuent au développement économique du pays, avec 35 000 emplois directs, près de 100 000 indirects. Il est néanmoins vrai que nous devons faire en sorte que nos grandes filières de biens d’équipement soient plus présentes encore.

Estimez-vous que votre mission, sous le nouveau Président François Hollande, aplanira les obstacles économiques et commerciaux qui ont subsisté sous le mandat Sarkozy ?

Le Président de la République a la volonté d’établir avec l’Algérie des liens plus profonds. C’est dans ce contexte que se situe ma visite à Alger. Je travaillerai, pour ce qui concerne mon Ministère, à améliorer les échanges économiques et commerciaux entre nos deux pays et à établir dans la durée ce climat de confiance et d’amitié dont nous avons besoin les uns et les autres.

En cas de lancement de nouveaux projets économiques français en Algérie, est-ce que vous emploierez la main-d’œuvre locale, ou est-ce que vous préférez la main d’œuvre importée de France ou d’ailleurs ?

Il y a des logiques économiques et des logiques de coopération qui sont à l’œuvre. C’est ce que j’appelle la co-localisation ?. Les entreprises françaises installées en Algérie ont de plus en plus recours aux cadres et employés algériens. Nombre d’entre elles développent d’ailleurs des programmes de formation et se félicitent des résultats obtenus. On réussit toujours mieux en s’intégrant et en s’appuyant sur les compétences locales. Au delà, je souhaite que nous puissions coopérer avec l’Algérie sur le thème de la formation professionnelle car cela doit être une dimension importante du partenariat économique que je souhaite promouvoir entre nos deux pays.

Quel accueil faites-vous aux investisseurs et aux hommes d’affaires algériens qui souhaitent investir en France ?

Le meilleur accueil. Avec 26 milliards d’euros de flux d’investissement directs étrangers en 2010, la France est l’une des premières destinations au monde pour les investissements internationaux. Nous disposons, dans le cadre du droit européen, de tous les outils nécessaires de promotion et d’accompagnement de l’investissement sur notre territoire avec la plus grande détermination en matière d’ouverture économique et d’innovation. Les investisseurs algériens sont donc naturellement les bienvenus, leur présence contribue à ce fameux « équilibre » que je souhaite promouvoir entre nos deux pays.

Quelles sont vos priorités en Algérie ? Avez-vous une stratégie réelle et efficace pour lutter contre la contrefaçon et les produits chinois qui attirent de nombreux Algériens par leur bas prix ?

L’une de mes préoccupations essentielles est en effet la lutte contre la contrefaçon. Il ne s’agit pas seulement d’un problème économique mais, souvent, d’une question sociale et sanitaire. Imaginez les conséquences d’un médicament contrefait, d’un jouet qui ne respecte pas les règles élémentaires de protection des enfants. C’est donc un domaine dans le lequel nous partageons avec les autorités algériennes, les mêmes inquiétudes. J’appelle de mes vœux un approfondissement de notre coopération qu’elle soit institutionnelle, entre nos instances nationales ou dans le cadre européen, ou qu’elle soit opérationnelle, comme c’est le cas déjà entre nos grandes administrations douanières et fiscales

Y a-t-il de nouveaux services bancaires au niveau des banques françaises en Algérie suite à la décision du gouvernement algérien d’annuler les crédits de consommation en vertu de la loi de finances ?

Les banques françaises installées en Algérie développent des produits bancaires innovants au service de leurs clients algériens, ménages comme entreprises. Au delà du crédit a la consommation, actuellement interdit - mais dont je comprends qu’il est envisagé de le rétablir pour les produits fabriqués en Algérie - les banques françaises ont développé des services dans le domaine du crédit immobilier à taux bonifié, proposent des services de monétique à valeur ajoutée, ou encore, de leasing, et des crédits d’investissement spécifiques pour les PME algériennes.

publié le 19/03/2014

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