Entretien avec Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense [ar]

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Al Watan – Questions à Jean-Yves Le Drian

Monsieur le ministre, vous allez effectuer une visite officielle en Algérie ce 20 mai. Une première d’un officiel français depuis la réélection du président Bouteflika pour un 4e mandat. Quel est le but précis de votre déplacement ? Est-il lié aux évolutions de la situation sécuritaire dans la région ?

Je suis particulièrement reconnaissant aux autorités algériennes de m’accueillir pour cette visite officielle. La France y voit un signe important : l’Algérie et la France ont des défis communs à relever pour leur sécurité et pour la stabilité de l’Afrique du nord et de l’ouest.

A la demande des pays africains, la France joue un rôle actif dans la lutte contre les groupes armés terroristes qui menacent autant la sécurité de la région que celle de mon pays et de l’Europe. Il en va aussi de l’intégrité territoriale et politique des Etats concernés par ces risques et, au final, du développement des peuples.

L’opération Serval, déclenchée il y a seize mois, a permis de déstructurer ces groupes et de frapper le cœur de leur base terroriste. La mobilisation immédiate des Africains a permis d’enregistrer des résultats significatifs, mais beaucoup reste à faire pour endiguer cette menace au Sahel.

Au cours de cette journée, je rencontrerai les plus hautes autorités algériennes : le Président de la République, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et le vice-ministre de la Défense nationale. Je place ces rencontres sous le signe de la confiance mutuelle et de l’énergie commune que nos deux pays doivent déployer dans les domaines de la défense et de la sécurité.

La coopération militaire entre l’Algérie et la France ne date pas d’aujourd’hui. Quel bilan faites-vous de cette coopération depuis votre installation à la tête de ce département ministériel ?

Notre coopération dans le cadre des opérations de lutte contre le terrorisme au nord du Mali est déterminante pour la stabilisation de cette région : l’Algérie et la France ont un ennemi commun. C’est le premier message de remerciement que j’adresserai aujourd’hui à mes hôtes.
L’Algérie et la France coopèrent déjà activement dans le domaine de la défense. L’accord signé par nos deux pays en 2008 et entré en vigueur le 1er février 2013 offre un cadre favorable à nos échanges en matière de défense. Ils se déclinent selon quatre axes (militaire, armement, stratégie et santé). Je citerai notamment la coopération portant sur l’action de l’Etat en mer et le domaine naval avec notre exercice commun emblématique « Raïs Hamidou ».

Des projets existent, et notre communauté d’intérêts de sécurité rend nécessaire un approfondissement de notre relation bilatérale notamment en matière de formation et de sécurité intérieure.

Quels sont les questions et les dossiers que vous allez aborder avec les autorités algériennes ?

La France s’apprête à réorganiser son dispositif militaire au Sahel pour mieux lutter contre les groupes terroristes. Nous le faisons en étroite relation avec les Etats de la région qui prennent pleinement leur sécurité en main. Je note que cette évolution touche l’ensemble du continent africain, comme l’a montré le Sommet de l’Elysée organisé à Paris en décembre dernier pour la paix et la sécurité en Afrique. Les menaces sont en effet nombreuses, de la Libye au Nigéria pour prendre deux récents exemples.
La question malienne figurera également au menu de nos entretiens. Chacun sait que la réconciliation des composantes maliennes permettra l’unité du pays, et que l’unité favorisera la paix et le développement. Nous devons pour cela soutenir les initiatives que prendra le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta.

Vous avez mené une opération militaire au Mali. La situation demeure tendue au nord du pays une année et demie après le lancement de cette opération. Pourquoi ?

Le Mali a recouvré son intégrité territoriale et politique. Les groupes armés terroristes, qui menaçaient de faire tomber cet Etat sahélien de 15 millions d’habitants, ont été frappés par l’action concertée des Africains, des forces armées maliennes et de la France.
Pour autant, les événements derniers de Kidal démontrent la fragilité de cet équilibre précaire obtenu dans le Nord.

Le Chef de l’Etat français a marqué sa volonté que toute la vérité soit faite sur ces meurtres et sur les violences inacceptables commises en marge de la visite du Premier ministre malien à Kidal.

Aujourd’hui, beaucoup reste à accomplir pour permettre aux différentes composantes de ce pays divers de s’entendre, et d’œuvrer conjointement au service du développement du Mali.

Nous savons que les initiatives du gouvernement malien seront déterminantes pour réaliser ces progrès sécuritaires et politiques.
Nous savons aussi que le Mali doit pouvoir compter sur le soutien des pays de la région, au premier rang desquels figure l’Algérie.

Quels sont les pays sur lesquels vous appuyez, en plus de l’armée régulière malienne pour tenter de pacifier cette région ?

La mobilisation rapide et énergique des armées africaines s’est avérée essentielle. Aujourd’hui, les Nations Unies sont à l’œuvre au travers de la MINUSMA. Les efforts militaires déployés par les pays de la région permettent de maintenir une pression permanente sur les groupes terroristes. La sécurité de l’Afrique par les Africains est en marche ; c’est une évolution majeure que soutient la France.

Comment coordonnez-vous la gestion de ce dossier avec l’Algérie ?

Nous dialoguons déjà beaucoup, mais la visite que je fais aujourd’hui dans votre capitale doit permettre d’aller plus loin au service de la sécurité collective. Je suis convaincu que l’Algérie et la France ont beaucoup à faire ensemble dans ce domaine en Méditerranée, au Sahara et au Sahel.

publié le 20/05/2014

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