Discours du Président du Sénat Gérard Larcher à la Résidence de France [ar]

Discours de Gérard Larcher, Président du Sénat
Réception à La Résidence « Les Oliviers »
Mercredi 9 septembre 2015


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Monsieur le Président du Conseil de la Nation,
Tout d’abord merci de m’avoir convié. Je suis venu avec un certain décalage, ainsi le veut le destin démocratique. Mais je suis là, pour ma première visite que je fais en dehors de l’Europe depuis mon élection, il y a 11 mois, mais j’y reviendrai.
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur l’Ambassadeur qui représentez si magnifiquement la France, ici à Alger, et dont je dois dire que j’ai pu en d’autres lieux et dans des circonstances bien moins heureuses que ce soir, apprécier l’engagement pour la France, la dimension qui est la vôtre, votre force, votre conviction et je voulais vous rendre un hommage particulier.
Mes chers collègues Vice-Présidents du Conseils de la Nation,
Mes chers collègues Vice-Présidents de l’Assemblée populaire nationale,
Mes chers collègues parlementaires,
Mesdames et Messieurs qui représentez aussi nos compatriotes, Conseillers consulaires,

Je voudrais moi aussi saluer l’Evêque d’Alger, l’Archevêque émérite d’Alger, Monseigneur Teissier, qui est une référence d’engagement et courage à un moment ou d’autres replis de facilité peuvent se faire et je voudrais lui rendre un hommage particulier.

Mesdames et Messieurs les Présidents d’associations,
Chers amis algériens,
Chers anciens combattants, à qui je remettrai dans quelques instants, au nom du Président de la République Français, la Croix de Chevalier de la légion d’honneur,
Chers compatriotes,
Chers amis,

C’est avec joie et émotion, que je m’adresse à vous, devant ce lieu magique de la plus belle baie que j’aie découverte. Ce lieu magique qui évoque, au travers de la Méditerranée, ce lien unique, ce lien exceptionnel entre l’Algérie et la France.
Je suis ce soir en Algérie à vos côtés. Et au fond, les relations entre l’Algérie et la France ne sont comparables à nulle autre. Parce que c’est vrai, Monsieur l’Ambassadeur vous l’avez rappelé, pour le gaulliste que je suis de la nouvelle génération, je prends la parole dans cette résidence des Oliviers, où le général de Gaulle a choisi de s’établir avec sa famille, et où une part de la légitimité de la France s’est reconstruite. Elle s’est reconstruite dans la diversité, avec des femmes et des hommes, dont ceux qui sont à mes côtés, dans la lutte contre le nazisme, pour les droits de l’Homme et pour la liberté.

Je suis entouré ce soir de personnalités de toute sensibilité, qui sont des fins connaisseurs de l’Algérie. Je ne vous présente pas Jean-Pierre Chevènement, qui m’a ouvert des clés de la compréhension vers l’Algérie. J’ai compris que c’était la combinaison qui me permettait d’accéder à un trésor. Je voudrais, les autres ministres ne m’en voudront pas, saluer le ministre Messahel, qui m’a ouvert d’autres portes, au moment où 2013, nous faisions avec Jean-Pierre Chevènement, cette réflexion sur le Sahel. Sur ce dossier, qui aujourd’hui est un dossier d’actualité, dans lequel l’Algérie a tant à apporter, mais auquel il nous reste tant à faire ensemble. Nous l’avons encore échangé avec le chef de l’Etat, il y a quelques heures.

Je suis entouré de Jacques Mézard, Sénateur du Cantal, comme moi, il est de la terre, mais aussi président du groupe politique du Rassemblement démocratique et social européen, membre du groupe interparlementaire France-Algérie. Et Jean-Pierre Vial, sénateur de la Savoie, lui appartient au groupe des Républicains, secrétaire du groupe interparlementaire d’amitié France-Algérie et aussi à un moment difficile, il est depuis toujours le président du groupe avec la Syrie. Vous voyez qu’il est dans une actualité particulière. Et puis, il y a Leïla Aichi, Sénatrice de Paris. Elle incarne dans notre commission de la Défense, des Forces armées et des Affaires étrangères comme vice-présidente, mais aussi vice-présidente du groupe d’amitié France-Algérie, une sensibilité, la sensibilité écologique avec une ouverture particulière que je voudrais moi aussi saluer ce soir.

Il y a trop longtemps, mes chers amis, qu’un président du sénat n’était venu en Algérie. Je l’avais promis à l’Ambassadeur de France, mais je l’avais aussi promis à l’Ambassadeur d’Algérie à l’époque. Et puis me voici.

Je voudrais, Monsieur le Président du Conseil de la Nation, vous dire combien nous apprécions votre accueil, vous dire aussi, que nous avons signé ensemble, un accord de coopération parlementaire, qui n’est pas un accord de plus : il n’en existait point. Mais nous allons construire ce forum interparlementaire, car nous pensons que les relations d’Etat à Etat, les relations, et j’en profite pour saluer, les présidents engagés dans la vie économique, les hommes d’affaires qui sont ici présents. Il y a bien sûr la vie économique, la vie sociale, la vie culturelle et cette année avec le rendez-vous du Salon du livre d’Alger, dont l’invité d’honneur sera la France, il y a une dimension très forte dans notre relation. Mais nous avons aussi besoin, car ça permet parfois de traverser certaines difficultés, nous avons besoin de relations parlementaires fortes. Voilà pourquoi nous pensons qu’après la décision qui a été celle de l’Assemblée nationale en France et de l’Assemblée populaire nationale en Algérie, il était important que nos deux chambres hautes puissent ainsi nouer des relations et je sais que ce sera des relations particulièrement vivantes. Oui, Monsieur le Président, merci de m’avoir convié. Merci aussi de nous avoir préparé un programme d’exception qui nous permet d’être à la rencontre de toute l’Algérie. Vous le voyez bien, dans la diversité politique, il n’y aurait pas une part de la France. C’est toute la France. C’est le général De Gaule qui disait : la France ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, c’est tout à la fois. Et bien, ce soir, c’est tout à la fois que nous sommes là en Algérie pour la qualité des relations entre nos deux pays.

Vous savez, les dangers qui nous menacent sont autant de défis qui doivent nous rapprocher. Nos deux pays l’ont compris. Bien entendu, je ne peux pas ce soir, même dans ce lieu qui, quand on le regarde, a la douceur de la paix ce soir. Je ne peux pas ne pas penser au terrorisme. Je voudrais remercier la mobilisation exemplaire de l’Algérie pour lutter contre ce fléau. Je voudrais remercier les Algériens et vous tous pour la solidarité dont vous avez fait montre au mois de janvier et au-delà au moment où notre pays découvrait, ou redécouvrait les affres du terrorisme. Je voudrais aussi dire aux autorités algériennes combien nous avons été touchés par les victimes de l’attaque terroriste dans la région de Aïn Defla qui a touché ceux qui ont la responsabilité de la sécurité. Le terrorisme n’a ni nationalité, ni religion, ni frontière. Il frappe des musulmans, des chrétiens, des juifs, des non-croyants. Il a pris pour cible indistinctement des Français, des Algériens et d’autres encore. Et je voudrais réitérer la profonde reconnaissance de la France pour les efforts déployés par nos amis algériens après le lâche assassinat, c’était en septembre 2014, de notre compatriote Hervé Gourdel. C’est parce que les terroristes savent que nos deux pays sont des ennemis irréductibles qu’ils les attaquent. Les symboles ont leur importance. Les militaires français engagés dans le Sahel, conformément à la volonté de la communauté internationale, savent aussi qu’ils ont pu compter sur la coopération de l’Algérie. Oui, je mesure le chemin parcouru. Cette coopération dans le domaine sécuritaire, qui peut encore être renforcée, est un facteur essentiel dans la victoire que nous voulons remporter.

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La réponse est bien sûr sécuritaire, mais pas exclusivement sécuritaire. Je voudrais à cet égard souligner les convergences de vues qui prévalent entre nos deux pays et nous les avons réexaminées depuis deux jours, en particulier au Mali, en Tunisie ou en Libye. Nous travaillons aujourd’hui en pleine confiance sur ces sujets. La diplomatie algérienne et l’exécutif algérien travaillent de manière décisive pour permettre d’aboutir. Elle a fait ce travail exceptionnel, un travail qui nécessite encore beaucoup de confortation pour l’Accord de paix au Mali. Il faut désormais que l’ensemble des parties respectent le processus, que nous jouions notre rôle et que nous n’oubliions pas qu’à côté de la sécurité, il y a le développement. Moi qui suis engagé comme d’autres dans Energie pour l’Afrique, nous savons bien que la réponse du codéveloppement est aussi une réponse tout à fait essentielle. Avec l’Algérie nous partageons la même amitié avec la Tunisie qui affronte courageusement le terrorisme et un environnement régional en crise. Le renforcement de l’aide à la Tunisie constitue une priorité. La France peut faire davantage, je vous le dis. Sur ce sujet, elle sait pouvoir compter sur l’Algérie qui elle, s’est engagée et s’engage. En Libye également. Aujourd’hui, c’est heureux, nos deux pays conjuguent leurs efforts dans le cadre de la médiation menée par les Nations Unies parce qu’il faut qu’il y ait un gouvernement d’unité nationale et il n’y a pas d’alternative à la stabilisation et à la préservation de l’intégrité de ce pays. Toutes les parties qui dénoncent le terrorisme doivent rejoindre la table de négociation. On a parlé d’agenda unique. On a parlé de se retrouver ensemble.

J’en viens bien sûr à la question des migrants en Méditerranée. L’Algérie et la France doivent encore approfondir leur dialogue sur ce sujet. Il faut lutter contre les trafiquants qui considèrent les migrants comme des marchandises. Comment bloquer les trafics de personnes en provenance notamment de la Libye. Comment mieux juguler les flux en provenance de certains pays d’Afrique subsaharienne en proie à des difficultés économiques et à l’instabilité politique. Alors que l’Algérie devient à son tour une terre de destination de migrants. Mais en même temps, nous devons, nous, Français, ne pas oublier quand il s’agit du droit d’asile que la convention de Genève, ça ne se négocie pas. C’est un des principes que nous retenons dans nos valeurs.

Alors, Mesdames et Messieurs, la France comme l’Algérie traverse des contextes économiques difficiles. Mais elles ont la capacité ensemble de mieux affronter ces difficultés. En partageant leur savoir-faire, en donnant la priorité aux accords entre entreprises, en bâtissant un cercle productif commun, moderne, qui engendre une dynamique de coproduction et d’investissement. En confortant un partenariat ambitieux et de long terme. Je souhaite saluer le rôle joué par Jean-Pierre Raffarin, qui aujourd’hui est président au Sénat de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, et qui fut le représentant spécial pour les relations avec l’Algérie. Sa mission était de consolider le partenariat économique et industriel au cœur de nos relations. Je sais que Jean-Louis Bianco poursuivra sa tâche. Quand on rencontre les chefs d’entreprise comme je l’ai fait hier matin, on est assez frappé par le fait qu’il y a une volonté de s’engager, de gagner. Et je vous le disais Monsieur le président, je le disais au Premier ministre hier soir, il faut qu’on trouve cette dynamique du partenariat, cette dynamique qui doit soulever les difficultés quand elles existent encore pour nous permettre d’avancer.

Oui, la France, premier employeur et premier investisseur en Algérie si on fait abstraction du secteur des hydrocarbures, cela traduit la variété des liens. L’Algérie où de nombreuses entreprises, où l’automobile, chère à l’élu des Yvelines que je suis, parce que Poissy ou Flins ça nous parle ! Donc Renault ou Peugeot ça nous parle. Mais aussi d’autres secteurs importants, que ce soit dans le domaine de la santé, ou que ce soit dans le domaine de l’électricité et bien d’autres. Demain, je visiterai une entreprise industrielle du groupe Benamor qui, avec une entreprise française, a réussi un partenariat. Je pense aussi au BTP avec Lafarge. Les projets nouveaux sont nombreux, les partenariats en cours. C’est le sens aussi des échanges très constructifs que j’ai pu avoir. Et je fais pleine confiance en les autorités algériennes pour déterminer la voie la meilleure, dans une logique de raison, nous l’avons entendu chez le Premier ministre, dans une logique de partenariat. Les intérêts des entreprises françaises se confondent avec les intérêts des entreprises algériennes.

Il n’y a pas d’autre Etats avec lequel les liens entre nos deux peuples soient plus intenses. Je pense en premier lieu à nos compatriotes qui ont conservé à travers le temps, les générations, un attachement fort à l’Algérie, même s’ils l’ont quittée. Je pense à ceux qui parmi vous ont choisi de rester en Algérie, parfois au prix de sacrifices, y compris pendant les années noires que vous avez partagées avec nos amis algériens. Je pense aussi à ceux qui ont rejoint plus récemment l’Algérie parce que leurs activités les ont conduits sur ces rives. Nos deux pays ont une histoire commune, marquée par les événements, notamment graves qui ont aussi eu lieu en 1945. De cette histoire commune a émergé cette situation singulière où le passé se rappelle sans cesse au présent et où le désir d’avenir le dispute à la conscience aigüe du passé. Oui, comme Aragon écrivait sans ponctuation : avenir souvenir nuance si légère au feu de ce qui fut brûle ce qui sera. Et bien, je crois qu’avec Aragon, nous pouvons nous dire les uns les autres que cet avenir, nous voulons le bâtir ensemble, ce que nous faisons.

Permettez-moi chers amis algériens de m’adresser plus particulièrement un instant à mes compatriotes. Mes chers compatriotes, vous incarnez dans la diversité de votre communauté tout à la fois la mémoire et le devenir de la relation exceptionnelle entre nos deux pays. Je tiens à vous assurer du plein soutien des autorités françaises mais aussi de leur gratitude pour la contribution que vous apportez au rayonnement de notre pays. Je tiens à souligner votre vitalité citoyenne qui se manifeste lors des consultations électorales. Cette vitalité inspire au quotidien les conseillers consulaires que j’ai rencontrés ce matin, qui assume jour après jour un travail de terrain auprès de votre communauté, j’allais dire notre communauté parce que je m’en sens membre. Notamment pour aider les plus démunis. Mais il y a aussi tout cet avenir et les questions d’éducation que nous avons abordées ce matin. L’expatriation, pour certains, va de soi, parfois ne va pas de soi. Et j’ai d’ailleurs choisi cette année de fêter le 14 juillet ailleurs en Europe. Je suis conscient du problème relativement récent de nos compatriotes et notamment ceux qui avaient fait le choix de rester en Algérie après l’indépendance pour la reconnaissance de leurs droits de propriété immobilière. Je peux vous assurer qu’aussi bien le président de la République que chacun d’entre nous autour de l’ambassadeur, nous mettons tout en œuvre pour que ce droit soit respecté. C’est aussi un signe et un symbole. Et je souhaite aussi mentionner des situations souvent difficiles pour des enfants de couples mixtes. Nous y sommes aussi extrêmement attentifs.

Mes chers amis, beaucoup a été fait entre l’Algérie et la France. Monsieur l’Ambassadeur, c’est un moment assez important où les relations dans leur diversité se renforcent, se multiplient. Alors, je voudrais saluer ce nouvel élan des relations entre l’Algérie et la France. Oui, on ne m’en voudra pas de dire ce soir : vive le Conseil de la Nation ! Mais surtout, vive l’Algérie, vive la France !

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publié le 11/10/2015

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