Discours du Président de la République à Alger [ar]

ALGERIE – RESIDENCE DE FRANCE

Alger – Lundi 15 juin 2015

Monsieur l’ambassadeur,
Madame,

Je vous remercie pour l’accueil que vous avez réservé à des représentants de l’Algérie : ministres, hommes d’affaire, responsables culturels, acteurs de toutes sortes, qui peuvent ainsi contribuer à la relation entre la France et l’Algérie.

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Je salue le ministre des Affaires étrangères qui m’accompagne une fois encore, ici dans cette résidence qui est chargée d’histoire – vous l’avez rappelé – et qui, pour moi, évoque beaucoup de souvenirs. Nul n’ignore qu’elle a été la résidence du Général de GAULLE pendant cette période si décisive pour la libération de notre pays et qu’ensuite, elle fut, et elle est encore la résidence de l’ambassadeur de France en Algérie.

Moi-même j’ai eu à y venir plusieurs fois dans un moment de ma vie, puis ensuite comme responsable politique et, aujourd’hui, comme chef de l’Etat ; c’est la deuxième fois. Vous avez rappelé que la première c’était à l’occasion d’une visite particulièrement impressionnante, puisque c’était une visite d’Etat, et particulièrement fructueuse parce que nous avons établi avec le Président BOUTEFLIKA un partenariat qui aujourd’hui, peut être évalué comme ayant porté de nombreux fruits.

Nous avons d’ailleurs voulu, avec le Président BOUTEFLIKA aujourd’hui et le Premier ministre SELLAL et les membres de son gouvernement, à la fois faire le bilan de ce qu’avaient été ces deux ans et demi pour les relations entre la France et l’Algérie dans de nombreux domaines mais également porter de nouvelles ambitions. Nous avons constaté que, sur le plan politique, nous avons su à la fois regarder le passé – c’était l’objet de cette visite d’Etat – et, en même temps, faire les gestes qui étaient attendus. Aujourd’hui j’ai été particulièrement heureux de voir que ces questions des mémoires étaient bien sûr présentes à l’esprit mais qu’elles n’étaient plus des sujets sur lesquels nous avions à nous intéresser pendant trop de temps parce que l’essentiel avait été dit.

J’ai ainsi veillé à ce que le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants puisse venir ici en Algérie à l’occasion, hélas, du souvenir de la tragédie de Sétif et qu’il puisse poser une gerbe devant celui qui fut la première victime de ce drame. Je vais à l’instant saluer les anciens combattants qui sont ici ; anciens combattants qui ont porté l‘uniforme français et qui ont permis la libération de notre pays. Ces anciens combattants sont Algériens mais ils sont là aussi parce qu’ils ont été à un moment décisif de notre histoire des acteurs qui ont pu nous rendre notre liberté.

Vous avez voulu, Monsieur l’ambassadeur, évoquer la disparition d’un de vos collaborateurs, monsieur Philippe PAGES, qui avait été particulièrement précieux justement pour faire ce travail de mémoire, pour récompenser les anciens combattants valeureux et pour traiter de problèmes administratifs particulièrement compliqués. Je veux donc dire à sa famille à la fois notre solidarité mais également notre gratitude à l’égard du travail de ce haut fonctionnaire qui était un ami de l’Algérie et qui était un grand serviteur de la France.

Je reviens sur l’entretien que j’ai eu avec le Président BOUTEFLIKA. Il est rare d’avoir un échange aussi intense et je vous le dis tout aussi nettement que je l‘ai dit à ceux qui étaient avec moi dans cette rencontre et qui ont eu le même sentiment ; parce que nous avons pu aborder de manière forte, approfondie les sujets qui intéressent nos deux pays, c’est-à-dire les crises qui peuvent exister à nos frontières – frontière de l’Algérie avec le Mali, frontière j’allais dire que représente la Méditerranée pour nous avec ce qui se passe en Libye – et également les sujets qui, depuis trop longtemps, sont sur la table des négociations internationales et n‘aboutissent pas et je pense au Sahara occidental et au Proche-Orient.

Nous avons également parlé de l’Ukraine, parce que ce qui intéresse l’Europe intéresse l’Algérie – comme ce qui intéresse l’Afrique et le Maghreb intéresse la France – et nous avons eu une discussion particulièrement élevée et qui nous a permis aussi d’évoquer d’autres questions et, parmi les plus sensibles : c’est-à-dire aussi bien ce qui se passe en Amérique latine, à Cuba, pour la levée de l’embargo, que sur une question qui mobilise toute la diplomatie et en particulier le ministre des Affaires étrangères, la préparation de la Conférence sur le climat. Cette visite a donc été particulièrement chaleureuse et particulièrement intense grâce à l’entretien que nous avons eu avec le Président BOUTEFLIKA.

Avec le Premier ministre SELLAL – et des ministres ici sont présents – nous avons pu poursuivre le partenariat, évoquer quelques problèmes qui peuvent parfois nous retarder et puis nous placer dans une perspective la plus audacieuse possible pour les relations entre la France et l’Algérie. Nos deux pays ont forcément un devoir qui est de rendre une espérance, une espérance à beaucoup de jeunes – qui vivent ici en Algérie – qui veulent pleinement s’intégrer dans l’économie algérienne, trouver leur place et la France doit y contribuer avec une politique de formation qu’elle met au service de l’Algérie, avec des investissements qui doivent créer des emplois pour les jeunes Algériens et avec un courant d’échanges qui doit s’intensifier pour qu’il y ait encore plus d’activités économiques pour nos deux pays.

Nous avons aussi la volonté d’avoir une coopération éducative, universitaire, culturelle qui soit au meilleur niveau, là aussi parce que nos deux pays ont cette légitime ambition d’être des nations créatrices. Jack LANG qui est avec moi dans le cadre de cette visite a présenté un projet qu’il développera à l’Institut du Monde Arabe et qui mettra en lumière les créations contemporaines qui remontent à 10 000 ans, si j’ai bien compris, parce qu’avec Jack LANG, le contemporain peut se retrouver très loin dans notre histoire.

Nous avons aussi voulu qu’il y ait des liens, des échanges qui puissent être facilités. La fameuse question des visas – quand je suis venu il y a deux ans et demi c’était la question principale – et aujourd’hui, grâce à l’effort qui a été engagé par le ministre des Affaires étrangères, par les services, et j’évoque ici les personnels consulaires, les personnels qui travaillent avec les Algériens, pour que nous puissions fournir aux chefs d’entreprise, aux étudiants, aux chercheurs, à tous ceux qui veulent venir en France et qui ont un projet particulier, les moyens d’y venir, et l’inverse est également vrai.

Nous devons donc multiplier ces échanges. Quand je pense à ces Français, ils doivent être ici les représentants qui vivent en Algérie – quelquefois depuis longtemps – et qui ont une grande attente à l’égard de l’amitié entre la France et l’Algérie. Quand je pense à ces centaines de milliers de Français d’origine algérienne ou encore à ces Algériens qui ont gardé leur nationalité et qui vivent en France, je mesure ce qu’est l’espérance d’une relation forte entre nos deux pays. C’était aussi le sens de cette visite placée au meilleur niveau, au plus haut niveau, pour la coopération entre la France et l’Algérie.

Nous avons par l’histoire mais aussi par la réalité de la géographie, par ce que nous portons nous en Europe, l’Algérie pour le Maghreb et pour l’Afrique, des responsabilités particulières, ce qui fait que nous sommes des nations qui ont vocation à sortir de leurs frontières pour parler au monde, et la France et l’Algérie ont décidé sur les plus grands thèmes de la vie internationale d’être présentes ensemble et d’avoir ici en Algérie et aussi en France des coopérations qui peuvent nous donner des raisons de croire que l’avenir peut se construire entre nos deux pays de façon tellement différente du passé et en même temps en n’oubliant rien du passé. C’est la raison pour laquelle ici, je suis heureux de vous voir Algériens, Français, ensemble pour porter au plus haut niveau notre relation.

Vive la République, vive l’amitié entre la France et l’Algérie, vive l’Algérie et vive la France.

publié le 09/09/2015

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