Conférence de Paris pour la sécurité et la paix en Irak [ar]

« Monsieur le Président Cheikh Fouad MASSOUM, votre présence ici à nos côtés traduit le sens de l’initiative que nous avons nous-mêmes lancée. Nous voulions que se tienne ici à Paris, avec vous, une Conférence pour la sécurité et la paix en Irak et contre le terrorisme.

Je remercie tous les pays qui sont ici présents, près d’une trentaine. Je salue également l’Union européenne, la Ligue arabe, le représentant spécial des Nations Unies parce que c’est la communauté internationale qui est aujourd’hui présente à Paris pour l’Irak.

Cette Conférence a un seul objectif : apporter aux nouvelles autorités irakiennes le soutien politique qui leur est nécessaire, pour lutter contre une menace majeure qui s’appelle Daech et qui fait peser sur l’Irak, sur la région du Moyen-Orient et sur le monde un risque majeur.

Le lâche assassinat de David HAINES en est une illustration effrayante, s’il en était besoin. Ce groupe terroriste a non seulement décapité des journalistes, des humanitaires mais a perpétré des massacres, des exactions contre la population civile. Ce mouvement terroriste s’en est pris aux plus faibles, aux plus fragiles, aux femmes, aux enfants. Ce mouvement terroriste s’en est pris également aux minorités religieuses qu’il a pourchassées pour éliminer un certain nombre de communautés. Ce mouvement terroriste s’est déployé sur tout un territoire, en Irak, en Syrie. Ce mouvement terroriste se joue des frontières et prétend même fonder un Etat. Telle est la menace, elle est globale, il doit donc y avoir une réponse globale.

Cette réponse doit venir des Irakiens eux-mêmes, et c’est pourquoi je salue le sens des responsabilités des nouvelles autorités en Irak qui ont su ouvrir le dialogue, former un gouvernement d’union nationale sous l’autorité du Premier ministre Haïdar AL-ABADI, permettant le respect de chacune des composantes du peuple irakien et assurant ainsi son unité et sa souveraineté. C’était la condition indispensable pour rétablir la confiance et assurer le rassemblement.

Mais l’unité, elle est aussi nécessaire sur le plan international. Le Conseil de sécurité dans sa résolution 2170 a déclaré que Daech constitue un danger immense pour la sécurité du monde. Le combat des Irakiens contre les terroristes est donc aussi le nôtre. Et nous devons nous engager ensemble, c’est le sens de cette conférence, aux côtés des autorités irakiennes, clairement, loyalement et fortement. Et il n’y a pas de temps à perdre. Cette aide, elle doit d’abord être humanitaire. Près de 2 millions de personnes ont été déplacées, et j’ai vu moi-même, vendredi à Erbil, la détresse de celles et de ceux qui ont tout quitté face à l’avancée des terroristes. Pour ces familles, pour ces femmes, ces enfants, nous devons engager un effort exceptionnel.

Il faut mettre en place un véritable pont humanitaire et renforcer l’action – remarquable d’ailleurs – des Nations Unies sur le terrain. Mais il convient d’être efficace, là aussi c’est le sens de cette conférence, recueillir des fonds des pays amis, acheminer des vivres et les matériels indispensables et accueillir dans la région, et parfois au-delà, les populations les plus menacées.

L’Irak a également besoin d’un appui militaire. Les amis de l’Irak doivent coordonner leur action pour répondre aux demandes des autorités irakiennes. La France pour sa part a déjà livré des équipements, en liaison avec l’Europe et les pays qui pouvaient s’associer à nous. Les Etats-Unis ont agi et c’est le sens de l’initiative du président OBAMA de former une large coalition pour lutter contre Daech. Beaucoup de pays y ont répondu dans la région et au-delà, la France y prendra sa part. Mais le territoire irakien n’est pas le seul concerné, Daech est installé en Syrie et menace l’ensemble du Moyen-Orient. Il fait aussi appel – ce mouvement terroriste – à des combattants venus du monde entier et chaque pays, y compris le mien – est concerné. Nous devons donc tout faire pour lutter contre l’endoctrinement de nos jeunes, empêcher leur embrigadement, casser les filières jihadistes, priver Daech de ses ressources et punir tous ceux qui lui sont associés, de près ou de loin. En ce moment même, le Parlement français débat d’une loi qui, justement, veillera à prévenir ces mouvements et à lutter contre les filières et à punir les responsables.

La réponse à la menace terroriste est enfin politique, et la communauté internationale doit trouver une solution durable là où est né ce mouvement, c’est-à-dire en Syrie. Je rappelle que depuis maintenant 3 ans, la crise en Syrie a fait 200 000 victimes, 200 000 morts. Le chaos fait le jeu des terroristes, il faut donc soutenir ceux qui peuvent négocier et faire les compromis nécessaires pour préserver l’avenir de la Syrie. Et pour la France, ce sont les forces de l’opposition démocratique, elles doivent être appuyées par tous les moyens. Là encore, la France y prend sa part avec les partenaires régionaux qui ont compris ce qui se jouait en Syrie.

Je veux enfin alerter, à l’occasion de cette Conférence, sur l’urgente nécessité de préserver l’unité et la souveraineté du Liban, car le Liban accueille près de 2 millions de réfugiés syriens. Avec l’Arabie Saoudite, nous avons décidé – la France – de soutenir l’armée libanaise dans son effort d’équipements pour assurer là-encore la sécurité, l’unité du Liban.Je sais aussi que sous l’égide du secrétaire général des Nations Unies, le groupe de soutien au Liban coordonne l’aide internationale en direction de ce pays. Je pense aussi à la Jordanie qui doit également bénéficier du soutien de la communauté internationale.

Voilà l’ordre du jour de notre Conférence, qui doit prendre toutes les dimensions de la solidarité que nous devons apporter à l’Irak : soutien politique aux nouvelles autorités permettant la réconciliation et le rassemblement ; aide humanitaire pour assurer protection et assistance aux populations civiles et aux réfugiés ; enfin lutte contre Daech, mouvement terroriste qui n’exclut – on le sait – aucun moyen et c’est l’affaire de tous.

En tenant cette conférence, les pays qui sont réunis ici font preuve de leur solidarité à l’égard de l’Irak et je les en remercie. Mais ils expriment aussi leur volonté commune de se protéger contre le terrorisme et d’agir en conséquence. C’est pourquoi je vous remercie pour votre présence qui fera de cette Conférence de Paris, une étape importante dans la mobilisation de la communauté internationale pour l’Irak et pour les nouvelles autorités.

Je salue, ici, une fois encore, la présence du président Fouad MASSOUM. Merci. »

publié le 17/09/2014

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