Discours de l’Ambassadeur Bernard Emié au dîner « Goût de France » [ar]

Intervention de M. Bernard EMIÉ
Ambassadeur,
Haut Représentant de la République française
en Algérie

Dîner « Goût de France »


Alger, Résidence des Oliviers,
lundi 21 mars 2016
Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

C’est un grand plaisir pour ma femme et pour moi de vous accueillir ce soir à la Résidence des Oliviers pour cette seconde édition de l’opération Goût de France.

Au début du XXe siècle, le chef français Auguste Escoffier avait pris l’initiative d’organiser des dîners partout dans le monde afin de faire connaître la cuisine française. Et séduit par ces « Dîners d’Épicure », notre ancien ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, a souhaité renouer avec cette tradition. Il a pour cela demandé que soient organisés le même soir, dans tous les pays du monde, des dîners en l’honneur de la cuisine française. Ainsi naissait l’opération Goût de France en partenariat avec le grand Alain Ducasse.

Pour sa première édition, cette opération connut l’année dernière un franc succès, avec près de 1 300 restaurants participants à travers le monde. Et c’est avec un plaisir gourmand que nous avons réuni tous nos efforts pour préparer cette nouvelle édition. En ce moment même, alors que nous nous apprêtons à dîner, pas moins de dix chefs algériens parmi les plus talentueux ont le plaisir de servir un dîner à la française dans autant de restaurants de tout le pays. Et d’autres dîners ont lieu dans nos Instituts français et nos consulats, avec la venue pour l’occasion de chefs bordelais prestigieux, sous la direction de Jean-Pierre Xiradakis et grâce au soutien du Collège culinaire de France.

Nous allons ensemble partager un moment d’amitié et de convivialité, car c’est d’abord cela le repas à la française, ce repas aujourd’hui inscrit au patrimoine de l’Unesco, le partage et la générosité.

Cette opération me tient particulièrement à cœur car elle permet de valoriser un aspect de notre culture qui nous est cher. La gastronomie est d’abord l’un des ressorts de notre tourisme. Après avoir accueilli en France près de 85 millions de touristes en 2013, notre objectif est désormais de dépasser le seuil des 100 millions de visiteurs chaque année. Or, ce qui fait de notre pays une destination appréciée, c’est notamment la qualité de sa cuisine. Lorsque l’on demande aux touristes ce qui les a incités à venir en France, près d’un tiers cite le vin et la cuisine française.

La gastronomie joue également un rôle moteur pour notre agriculture et notre industrie agroalimentaire. Chaque année, la France exporte pour plus de 11 milliards d’euros de vins et de spiritueux. Et après l’aéronautique, le secteur viticole est le second secteur de notre économie le plus excédentaire.

Je suis heureux aussi que la gastronomie puisse contribuer à rendre les relations internationales plus harmonieuses. Je suis en effet certain qu’un bon repas stimule la créativité des diplomates et leur capacité à parvenir à un compromis. Ce que, apparemment, les chefs des plus grandes personnalités politiques ont bien compris. Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’au Japon, sous le contrôle de mon ami Massaya, le cuisinier de l’empereur a ainsi pour habitude de servir de la gastronomie française dans les dîners d’État.

On peut souligner aussi que lorsque fut créé en 1961 le poste de « White House Chief Executive », c’est un Français qui fut alors choisi pour l’occuper en la personne de René Verdon et que de nombreux chefs français se sont succédés au même poste auprès du Président des Etats-Unis. J’ajoute enfin que lorsque j’étais ambassadeur à Londres, mon cher Andrew, j’ai apprécié de boire les plus grands vins français dans toutes les grandes maisons du Royaume Uni, à commencer par Buckingham Palace où j’ai pu déguster le plus grand Château Margaux de la création.

C’est dire combien le respect et l’attention dont bénéficient la gastronomie et la viticulture française à travers le monde dans les plus grandes institutions sont pour le diplomate français que je suis, un grand honneur et un grand privilège.

Ici à la Résidence des Oliviers, c’est l’infatigable Christophe Dié qui dirige les cuisines et contribue à sa manière au rayonnement de la gastronomie française. Chef talentueux, Christophe Dié a appris aux côtés des plus grands, pendant près de huit ans à l’atelier de Joël Robuchon, puis auprès de Marc Meneau, Alain Reix ou encore Eric Lecerf. Et aujourd’hui, il est ici, pour mon plus grand bonheur, et celui de mes convives.

L’Algérie est mon cinquième poste en tant qu’ambassadeur. Et je peux vous assurer que pour un ambassadeur, avoir la chance de compter auprès de lui un chef aussi doué, formé dans les meilleures tables, est particulièrement précieux. C’est naturellement une fonction très exigeante, épuisante aussi, et je veux saluer le travail accompli chaque jour par Christophe Dié.

Ce soir, il a sollicité le soutien de deux collègues et amis pour vous offrir le meilleur, Dominique Dubray, chef du restaurant auvergnat La Bougnate, et Mickaël Couji, chef de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye. Ce sont eux qui ont préparé ce dîner, et j’espère qu’il vous plaira. Je tiens d’ailleurs à remercier Air France, représentée ce soir par Mme Brigitte Lucien, et qui a eu la gentillesse d’offrir à ces deux chefs leur voyage depuis Paris.

Je profite de ce moment aussi pour rendre hommage à Yannick Beugnet, l’un des nombreux prédécesseurs de Christophe Dié. Il avait rejoint la Résidence en 1992, en tant que cuisinier. Et fut victime de la prise d’otages à bord de l’Airbus A300 d’Air France qui devait rallier Paris depuis Alger le 25 décembre 1994. Exécuté par les preneurs d’otages, il est de ces agents de notre ambassade tués pendant la décennie noire alors qu’ils avaient, avec courage, décidé de poursuivre envers et contre tout leurs fonctions au service de la France en Algérie.

Je veux enfin remercier tous les membres de ma formidable équipe à la Résidence, et en particulier notre intendant, Vincent Ruyer. C’est à lui et son équipe que revient l’organisation des réceptions, tâche pour laquelle ils excellent tout au long de l’année.

Je vous propose justement de laisser place à leurs talents. Je vous remercie et vous souhaite une très bonne soirée.

publié le 05/04/2016

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