Discours de l’Ambassadeur Bernard Emié au lancement de l’opération Goût de France [ar]

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand plaisir de vous présenter la seconde édition de l’opération Goût de France, qui aura lieu le 21 mars 2016 partout dans le monde.

L’année dernière, notre ancien ministre des Affaires étrangères et du développement international, Laurent Fabius, a souhaité ressusciter les « Dîners d’Épicure », ces dîners que le chef français Auguste Escoffier avait eu l’initiative d’organiser partout dans le monde, au début du XXe siècle, afin de faire connaître et aimer la cuisine française.

Le génial Auguste Escoffier précisait avec justesse « L’art de la cuisine est l’une des formes les plus utiles de la diplomatie et je peux vous le confirmer ». De même, le très grand Talleyrand, ministre des Affaires étrangères de Napoléon, qui avait su s’entourer du grand Chef Antonin Carême considéré par beaucoup comme le fondateur de la gastronomie française, précisait que le meilleur auxiliaire d’un diplomate, c’est bien son cuisinier !

Ainsi naissait, par la volonté de Laurent Fabius, l’opération Goût de France. Le 19 mars 2015, plus de 100 000 convives se sont retrouvés dans près de 1 300 restaurants partout dans le monde pour un dîner « à la française ».

Ici à Alger, cinq chefs algériens, au Caracoya, au Forestin, au Continental, au Ciel d’Alger, et au Relais de Paris, ont préparé l’année dernière un dîner proposant des plats emblématiques de la gastronomie française. Au même moment, j’avais convié une quarantaine de convives à la Résidence de France, et d’autres dîners ont eu lieu dans les Consulats généraux d’Oran et d’Annaba, et dans les Instituts français, à Oran, à Tlemcen et à Constantine.

Cette première édition fut un franc succès, tant par le nombre de dîners servis que par la qualité des plats préparés pour l’occasion. Certains, un peu privilégiés, ont pris plaisir à goûter les délicieuses recettes de Christophe Dié, Chef de la Résidence de France, et artisan renommé s’il en est. L’Institut français de Constantine a organisé une rencontre avec Babette de Rosières, connue pour ses émissions culinaires à la télévision, et qui a présenté ses recettes devant une centaine de personnes. L’Institut français de Tlemcen, quant à lui, a eu la chance de recevoir Jean-Marc Larrue, chef des Jardins de la Tour, venu spécialement d’Avignon pour un dîner exceptionnel et à Constantine, le grand Chef bordelais, Jean-Pierre Xiradakis, est venu régaler les convives. Et les chefs algériens ont déployé tous leurs efforts pour mettre à l’honneur la gastronomie française.

Fort de cette première expérience très réussie de 2015, je suis ainsi ravi de vous présenter la seconde édition de l’opération Goût de France, et de vous dévoiler les noms des sept chefs algériens rassemblés autour de moi, sélectionnés pour l’occasion :

  • Nawel Amaoui, ancienne employée d’Air Algérie, compagnie au sein de laquelle elle a pu se perfectionner, notamment au contact du chef Marouf Sofiance ; c’est sa seconde participation à l’opération Goût de de France, et elle régalera une nouvelle fois les convives du Forestin, à Hydra.
  • Sofiane Belkebir enfin, qui régalera les convives au restaurant Le Touareg, au val d’Hydra, mais n’a malheureusement pas pu se joindre à nous aujourd’hui.
  • Hocine Fodil, chef du Père Jégo, ce restaurant ouvert à El Biar il y a quatre ans maintenant et qui a fait de la cuisine française une spécialité.
  • Farid Guerra, chef du restaurant Ciel d’Alger, qui en est lui-aussi à sa seconde participation.
  • Ghanou Hadjeres, qui prendra cette année le relais de Fateh Ben Harkat pour une nouvelle participation du Caracoya à l’opération Goût de France.
  • Mohamed Larbi Kasdi, qui cuisinera au restaurant Jardy, à Bab Ezzouar.
  • Mohamed Akli Saidi, qui se chargera de faire rayonner l’opération hors d’Alger en Kabylie au restaurant l’Algéria, à Tizi Ouzou
  • Abdeljalil Slimani, qui s’installera dans les cuisines de la Grotte des Saveurs, restaurant en plein centre d’Alger et dont les murs reproduisent de façon si originale des parois rocheuses.
  • Khaled Tifourghi, pâtissier de Biskra, qui représentera fièrement le sud de l’Algérie lors de cette opération.

J’aimerais vous dire aussi quelques mots d’un nouveau projet mené en partenariat avec le Collège Culinaire de France. Cette association, fondée en 2010 par Alain Ducasse et d’autres chefs étoilés, s’attache plus particulièrement à diffuser des techniques culinaires françaises. A ce titre, le chef bordelais Jean-Pierre Xiradakis nous a suggéré l’année dernière la création d’un programme de perfectionnement, en France, pour un petit groupe de cuisiniers algériens très prometteurs. L’Institut Français a repris cette idée qui nous a beaucoup plu et, dans chaque antenne de l’Institut, un chef du Collège Culinaire sélectionnera cette année un cuisinier algérien pour un séjour de trois mois en France.

Les chefs du Collège Culinaire, présents en Algérie pour l’occasion, donneront, dans chaque antenne de l’Institut, une conférence gastronomique. Puis ils offriront un dîner à une sélection d’invités de haut niveau, avec la complicité de plusieurs chefs algériens :

  • À Oran, Jean-Pierre Xiradakis et Franck Audu seront reçus par Fayçal Habbi au restaurant Les Ambassadeurs de l’hôtel Royal.
  • À Tlemcen, Yves Lemarie sera accueilli par Toula Hadj Miloud au restaurant Arabesque de l’hôtel Renaissance.
  • À Alger, Stéphane Carrade se joindra au chef des Saveurs du Savoir, restaurant de l’Institut français.
  • À Annaba, Emmanuel Bouchet investira les cuisines de la Résidence du Consul général.
  • À Constantine, Julien Cruege sera accompagné de Rachid Abrous, chef à l’hôtel Novotel.

Je suis très heureux que l’opération Goût de France ait été reconduite cette année. Et cela ne tient pas seulement à des considérations économiques. Bien entendu, la gastronomie française est un atout majeur pour notre tourisme et notre agriculture. Et, quand on leur demande ce qui les a incités à venir en France, près d’un tiers des touristes étrangers citent la cuisine française mais aussi nos excellents vins.

Mais il y a autre chose. La cuisine est le reflet de la richesse et de la diversité des cultures au sein même de chaque pays. Ici en Algérie, chaque région, et même chaque ville, conserve jalousement ses spécificités culinaires. Prenons par exemple ce plat millénaire qu’est le couscous. Je crois pouvoir dire, sans me tromper, qu’il pourrait se décliner à l’infini. Nous connaissons tous le couscous de Sétif, avec sa sauce aux mille ingrédients, et le couscous kabyle, avec ses haricots verts et ses petits pois. Mais j’ai récemment découvert d’autres recettes tout à fait originales. À Chlef par exemple, se prépare un couscous sans gluten, à base de farine de gland, recette dont je n’aurais même pas imaginé l’existence. Cette Algérie à la cuisine si variée d’un bout à l’autre de votre pays, depuis la Richta d’Alger, la Chak d’Annaba, mais aussi les merveilleuses dattes de Biskra, sans doute les meilleures du monde.

Cette diversité, invitation gourmande à se laisser surprendre, sans cesse, par de nouvelles découvertes gastronomiques, on la retrouve aussi dans la cuisine française. Je pense notamment au magret de canard. Je ne saurais dire combien il existe de façons différentes de le préparer, cuit rosé ou saignant, accompagné d’une sauce au miel, aux figues, à l’orange, aux cerises, accompagné de pommes de terre, de pruneaux ou de girolles.

C’est dire combien la cuisine nous rassemble, nous Français, vous Algériens, et combien nous savons l’un et l’autre préparer et apprécier la cuisine de l’autre. Vous savez bien sûr que le couscous est devenu quasiment un plat national en France et qu’ici de nombreux Chefs français travaillent dans des grands hôtels algériens notamment en partenariat avec des chaînes françaises comme Accor. Car c’est là un domaine d’excellence fondamental, un domaine lié aussi à la qualité de nos filières agricoles et agro-alimentaires. Je me réjouis de la présence aujourd’hui parmi nous de nos représentants de ces filières et des grandes sociétés françaises qui travaillent dans ce secteur. Ces sociétés qui investissent, qui produisent, qui améliorent la qualité et qui offrent au consommateur algérien des produits toujours meilleurs. Car l’agro-alimentaire est un secteur stratégique de notre coopération avec l’Algérie, avec cette volonté de transfert du savoir-faire de nos entreprises, cette volonté aussi de vous aider à porter plus haut la qualité de vos filières, que ce soit dans le domaine des céréales, de la viande bovine et des produits laitiers notamment.

Alors aujourd’hui, c’est une source de grande fierté, de partager avec vous cette diversité, de vous proposer à la fois des spécialités gastronomiques françaises dont la renommée n’est plus à faire en Algérie. La cuisine, l’art gastronomique sont un nouveau trait d’union entre la France et l’Algérie. Un domaine qui rapproche nos peuples et qui contribue à la richesse de cette relation sans pareille. Quoi de plus important que de partager des goûts communs pour les bonnes choses, ce qui explique que nos pays sont des partenaires naturels, liés par l’amitié et la complicité.

Alors à la veille de cette nouvelle édition de l’opération « Goût de France », laissez-moi remercier chaleureusement nos amis les Chefs, et de façon plus générale tous les membres de ces beaux corps de métier que sont l’hôtellerie et la restauration. C’est une profession magique que vous exercez, une profession dure mais une profession généreuse, une profession exigeante, et une profession qui se marie si bien avec celle de diplomate, chargée de représenter la France. Quelle plus belle représentation de la France à l’étranger en effet que son art culinaire.

Voilà Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire ce soir. Et nous sommes maintenant, et surtout avec les Chefs présents, à votre disposition, pour répondre à vos questions sur cette opération « Goût de France ».

publié le 06/03/2016

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