Discours de la ministre Geneviève Fioraso au CERIST

SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Monsieur le Ministre, cher Mohamed Mebarki,
Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs les Directeurs des Ministères des Affaires étrangères et des Ministères de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique,
Mesdames et Messieurs les Présidents, Rectrices et Recteurs d’Universités,
Mesdames et Messieurs les Directrices et Directeurs d’Ecoles et de Centres de Recherche,
Monsieur le Directeur du CERIST (Centre de Recherche sur l’Information Scientifique et Technique), qui avez la gentillesse de nous accueillir dans vos locaux,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord exprimer tout le plaisir que j’ai à revenir, à Alger, à peine plus d’un mois après avoir participé au premier Comité Intergouvernemental de Haut Niveau présidé par nos deux Premiers ministres.

Cette rencontre, par les échanges qu’elle a permis et les accords qu’elle a vu se concrétiser, témoigne du renouveau remarquable de notre relation depuis la visite d’Etat du Président François Hollande et de « la déclaration d’Alger d’amitié et de coopération » de décembre 2012.
Ma présence pour l’ouverture de cette 3ème conférence algéro-française de l’enseignement supérieur et de la recherche prend ainsi une signification toute particulière. C’est un moment fort qui illustre la qualité de notre coopération bilatérale. Celle-ci repose sur plusieurs atouts : une relation ancienne, fondée sur un partenariat équilibré, des moyens financiers ambitieux et une langue en partage, le français.

Comme nous, vous avez engagé une réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche afin d’investir dans la formation de votre jeunesse. C’est tout le sens de la loi relative à l’Enseignement supérieur et à la Recherche que j’ai portée et qui a été votée le 22 juillet 2013. J’ai, en effet, souhaité faire de l’attractivité et de la mobilité internationale, notamment dans un cadre européen euro-méditerranéen, le cœur de cette réforme.

L’attractivité, tout d’abord. La France est redevenue le 3ème pays d’accueil des étudiants étrangers au monde. Selon une enquête de Campus France, 90% des étudiants se disent satisfaits de leur séjour en France, notamment pour la qualité des formations dispensées. Cette attractivité est particulièrement marquée avec l’Algérie puisque plus de 23.000 étudiants algériens sont inscrits dans des cursus d’enseignement supérieur en France, ce qui représente près de 10% des étudiants étrangers qui viennent se former dans notre pays ! C’est considérable mais nous souhaitons aller encore plus loin dans cette coopération. J’y reviendrai.
Dès 2012, notre gouvernement, sous l’impulsion de mon ministère, a choisi d’abroger la circulaire Guéant qui restreignait la capacité des étudiants étrangers diplômés à venir étudier et travailler en France. Mais il a également pris la circulaire du 10 juin 2013. Celle-ci invite les préfets à favoriser la délivrance de titres pluriannuels aux étudiants étrangers engagés dans les formations les plus qualifiantes ainsi qu’aux doctorants étrangers accueillis en France.

Je suis allée plus loin. En autorisant les enseignements en langue étrangère dans l’enseignement supérieur, l’article 2 de la loi a eu pour objectif de renforcer l’attractivité internationale de la France, d’encourager les doubles cursus, de renforcer l’attractivité de notre pays, notamment pour les étudiants des deux rives de la Méditerranée.

Renforcer l’attractivité de notre pays implique d’encourager également la mobilité internationale et d’élargir notre coopération bilatérale notamment dans le cadre d’un partenariat euro-méditerranéen, partenariat auquel je suis particulièrement attachée. C’est le sujet de la conférence qui nous réunit aujourd’hui. J’y reviendrai.

La mobilité internationale, ensuite. Au 21ème siècle, la mobilité internationale est indispensable pour 3 raisons : parce que l’ouverture aux autres cultures est un préalable à l’amélioration des connaissances, parce que la connaissance scientifique a toujours ignoré les frontières territoriales, et enfin parce que la mobilité internationale augmente de 60 % les chances d’embauche à la fin des études.
Si j’ai souhaité favoriser la mobilité internationale dans l’enseignement supérieur, si je me suis battue pour faire augmenter le budget européen d’Erasmus Plus – à hauteur de plus de 40 % – et en particulier pour qu’il soit davantage ouvert aux échanges avec les pays du bassin méditerranéen, c’est parce que je crois à l’importance de la mobilité internationale pour renforcer l’attractivité et la croissance de nos pays.

Elle contribue aussi à l’employabilité des étudiants : une étude récente de l’OCDE a montré qu’un étudiant ayant bénéficié d’une expérience à l’international augmentait de 60% ses chances d’être embauché.

De plus, comme l’a rappelé le Président de la République lors de sa dernière conférence de presse, le 14 janvier dernier, il ne faut pas avoir peur de la mobilité internationale. Les étudiants, les chercheurs qui partent étudier, enseigner, faire de la recherche dans un pays autre que le leur, en sont les meilleurs ambassadeurs.

Dans le cadre du dialogue 5+5, j’ai appelé de mes vœux qu’une « Méditerranée de projets » nous conduise à une « Méditerranée sans rivages ». Y sont nécessairement associés le développement de la mobilité internationale comme le renforcement de notre coopération dans un cadre multilatéral.

Nous sommes prêts pour développer un cadre de co-construction universitaire innovant et ambitieux.

Dans ce même esprit, je ne peux que soutenir la préparation de l’initiative PRIMA (Partnership for Research and Innovation in the Mediterranean Area). La participation de l’Algérie est un atout indéniable pour ce partenariat qui mettra en cohérence les projets et collaborations scientifiques existantes entre les pays des deux rives de la méditerranée autour de 4 grands axes stratégiques : santé, agronomie, énergie, environnement, enjeux essentiels à l’heure de la mondialisation, de l’épuisement des ressources naturelles et du vieillissement des populations. Les pays qui proposent des solutions pour nourrir, chauffer, éduquer, soigner les 9 milliards d’habitants qui peupleront la planète en 2050 sont aussi ceux qui offrent des perspectives à leurs jeunes.

C’est dès aujourd’hui que nous devons mobiliser nos ressources, nos talents, donc notre enseignement supérieur et notre recherche, au service de l’avenir. Face aux pays émergents et aux BRICS, les pays de l’euro-méditerranéen doit davantage travailler ensemble.

Je souhaite également insister sur l’importance de notre coopération bilatérale qui doit, comme les échanges au sein de cette conférence vous y engagent, se renforcer et s’ouvrir. Cela servira l’avenir de nos pays, mais aussi l’employabilité des jeunes générations de nos pays.
La France y consacre son premier budget de coopération universitaire et de recherche à l’international : près de trois millions d’euros, avec un succès certain. Plus de 700 conventions lient nos établissements d’enseignement supérieur et de recherche : la France est le premier partenaire des publications scientifiques de l’Algérie.

C’est parce que nous partageons une même vision de l’avenir, celle de la formation de notre jeunesse, que vous avez souhaité nous associer à vos réflexions sur la réforme de l’enseignement supérieur engagée par votre pays.

Vous avez, comme nous, privilégié la formation professionnelle et opéré un rapprochement entre le monde académique et le monde socio-économique. Notre coopération est, tout d’abord, fondée, sur le partage de stratégies et de solutions institutionnelles.

La France a ainsi apporté son concours à la création des pôles d’excellence technologique, à la formation des jeunes cadres à la culture managériale et à la création d’entreprises. Ce programme s’est appuyé sur le Fonds de solidarité prioritaire (FSP) qui a permis de réaliser plus de 1.000 stages de formation en France et d’accompagner avec succès le transfert de la Filière « Ingénieur Entreprendre » vers l’Algérie : plus de 130 étudiants impliqués sur 2 ans, 4 entreprises créés, 3 en incubation, d’autres en projet.

Je peux également vous confirmer – la convention devrait être signée ce matin même – qu’un réseau mixte entre écoles algériennes et françaises continuera d’accompagner cette révolution culturelle qui mobilise écoles et entreprises dans la formation des jeunes par les stages et la formation en alternance.

Ces projets, très concrets, sont à l’image de la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche votée l’été dernier et que nous mettons aujourd’hui en application :
-  L’inscription de nouvelles missions pour les enseignants chercheurs et l’ouverture des universités et des établissements sur leurs territoires à commencer par les entreprises ;
-  Le transfert, c’est-à-dire le passage de l’invention du laboratoire à l’innovation de l’entreprise, créatrice d’emplois est dorénavant une mission de l’enseignement supérieur et la recherche ;
-  Un mandataire unique est mis en place pour la propriété intellectuelle des inventions pour accélérer le transfert et la création d’emplois ;
-  La formation à l’entreprenariat et à la conduite de projets est encouragée pour améliorer l’employabilité des étudiants et les inciter à créer des entreprises ;
-  La mise en place des pépites, une par regroupement d’universités, pépinières d’entreprises pour les étudiants avec un statut d’étudiants entrepreneurs avant et après le diplôme facilitera la création d’entreprise dans chaque pôle universitaire ;
-  Le doublement de l’alternance et des stages dès 2014 et d’ici 2020 dès le premier cycle ;
-  Un comité sup emploi, présidé par deux chefs d’entreprises pour mieux adapter les formations aux besoins des employeurs et surtout pour mieux anticiper les nouveaux métiers ;
-  La formation tout au long de la vie et la formation professionnelle doivent trouver leur place à l’université et dans les écoles, car elle y est insuffisamment aujourd’hui ;

En parallèle, j’ai voulu développer l’usage et la production du numérique, ainsi que la formation aux nouveaux métiers du numérique et les formations interdisciplinaires qui intègrent le numérique.

C’est le plan France Université Numérique (FUN), une plate-forme d’accueil a été mise en place et héberge depuis 2 jours 10 MOOCS, puis, d’ici un mois, 50 MOOCS.

10.000 personnes, pas seulement des étudiants, se sont déjà inscrits pour ces cours, dans des domaines très divers. J’ai pu voir hier, en visitant l’ESI (Ecole Supérieure d’Informatique) que vous avez pris des initiatives similaires. C’est donc une opportunité de partenariat supplémentaire entre nos deux pays.

Je me réjouis également d’un autre partenariat, bien engagé celui-là : il s’agit des instituts technologiques qui accueilleront leurs premiers étudiants à la rentrée 2014.

Ces établissements permettront de former, à bac+ 3, les techniciens et cadres intermédiaires opérationnels dont les entreprises ont besoin.
Ces formations, réalisées avec l’appui du réseau des instituts universitaires technologiques français, doivent rapprocher là aussi les enseignants du tissu économique local et contribuer au renforcement du lien entre enseignement supérieur et monde économique.

Le Président de la République française, François Hollande, a rappelé son attachement à l’établissement de ce projet et nous y sommes presque.

C’est également parce que nous partageons la même vision de l’avenir, fondée sur une approche commune en termes d’innovation, de besoins de qualification et d’ouverture sur le monde que notre coopération repose sur le partage des connaissances et des savoir-faire technologiques.

L’accord sur le renforcement des capacités de calcul à haute performance qui sera signé, aujourd’hui entre les Ministères de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et les Ministères de l’Industrie, la société Bull et l’Inria, est emblématique à cet égard. Il s’inscrit dans le contexte du partenariat industriel et technologique conclu entre nos deux pays, en décembre 2012. Celui-ci fait ainsi appel à trois leviers d’action : la formation professionnelle et le développement industriel (plusieurs protocoles d’accord ont été signés notamment avec l’Ecole d’économie de Toulouse, Mines ParisTech et SKEMA) ; l’appui technique et technologique aux entreprises ; la constitution de partenariats entre entreprises françaises et algériennes.

C’est parce que nous avons en partage cette même vision de l’avenir, notamment l’ouverture sur le monde, la Méditerranée, l’Afrique et le reste du monde que notre coopération bilatérale évolue, fondée sur un partenariat équilibré.

Je souhaite un plein succès aux travaux de cette conférence. Fructueux, ils ne pourront qu’ouvrir des perspectives nouvelles à la hauteur de nos attentes respectives pour un approfondissement de notre relation respectueux de nos identités et porteurs d’avenir pour la jeunesse de nos deux pays.

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publié le 02/03/2014

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