Discours de Claude Bartolone devant la communauté française à Alger

Réception à la Résidence des Oliviers
Discours de M. Claude Bartolone
Président de l’Assemblée nationale

Jeudi 2 Juin 2016

Monsieur l’ambassadeur, Madame,
Mesdames et les Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Messieurs les présidents de groupes d’amitié,
Madame la vice-présidente, que je tiens particulièrement à remercier de nous avoir accompagné depuis notre arrivée hier jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à cet instant,
Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

C’est pour moi un grand bonheur de me retrouver à Alger pour cette nouvelle session, la troisième de notre grande Commission interparlementaire et de pouvoir, chers compatriotes, chers partenaires de la relation algéro-française, chers amis, vous rencontrer. Et c’est toujours avec une grande émotion que je m’exprime à la Résidence des Oliviers, cette résidence qui occupe une place bien particulière dans notre histoire nationale. C’est en effet ici que résida le général de Gaulle, de 1943 à 1944, et qu’il dirigea le Comité français de libération nationale, futur gouvernement provisoire. C’est donc dans cette villa que s’est en partie jouée la défense de notre souveraineté nationale et notre Histoire, et je mesure ainsi tout l’honneur qui m’est fait de m’exprimer dans ce magnifique lieu.

Puisse l’esprit de la Résistance continuer à inspirer nos pensées et nos actions. Nos libérateurs, en 1944, avaient bien prévenu que la Résistance ne s’achevait pas à l’établissement d’une Constitution, et que la liberté et l’égalité se construisaient chaque jour, chaque minute, contre toutes les incessantes et perpétuelles tentatives de concentration des pouvoirs et des influences. Il y a toujours des puissances qui comptent trop sur l’assoupissement des résistances.

Depuis l’été 2012, sous l’impulsion de nos deux présidents de la République, Abdelaziz Bouteflika et François Hollande, notre relation a atteint un niveau de confiance jamais égalé. En signant la Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre la France et l’Algérie, le 19 décembre 2012, nos deux pays se sont engagés dans un dialogue sincère et fraternel.

Ce nouveau départ dans la relation algéro-française a donné lieu à des échanges féconds et toujours plus approfondis. Depuis 2013, un Comité interministériel de haut niveau (CIHN), présidé par nos deux Premiers ministres se réunit chaque année et promeut activement la coopération franco-algérienne. Sa dernière session, en avril dernier, a été un franc succès puisque plus de trente accords ont été signés pour améliorer la vie de nos peuples de l’éducation à la protection en passant par des partenariats économiques. La feuille de route fixée par la France et l’Algérie est un cri de confiance en l’avenir.

Et je suis heureux aujourd’hui, avec mes collègues parlementaires, Patrick Mennucci Président du groupe d’amitié, André Chassaigne, Vice-président du groupe d’amitié, Marcel Bonnot, Vice-président du groupe d’amitié, Michel Sordi, Vice-président du groupe d’amitié, Sylviane Bulteau, Vice-présidente du groupe d’amitié et Kheira Bouziane-Laroussi, Secrétaire du groupe d’amitié France-Algérie. Nous sommes très heureux d’être devant vous et parmi vous aujourd’hui. Nous sommes heureux d’apporter, à notre tour, une nouvelle contribution à ces relations qui doivent exister entre nos deux pays. Et cette contribution sera fructueuse, n’en doutez pas. Il y a un peu plus de trois ans, en mars 2013, je m’étais rendu en Algérie, pour la première réunion de la Grande commission interparlementaire franco-algérienne. En 2014, c’est mon ami, Mohamed Larbi Ould-Khalifa, président de l’Assemblée populaire nationale, que je tiens ici à remercier pour son accueil très chaleureux, qui avait fait le déplacement en France. Cette réunion est la poursuite de cet ouvrage que nous tissons peu à peu.

Mais au-delà de ces grandes réunions, qui sont importantes, nous entretenons des échanges constants avec nos collègues parlementaires algériens. Depuis ma dernière visite en Algérie, nombreux sont les députés français qui sont venus faire vivre notre coopération : Mme Elisabeth Guigou, présidente de la commission des Affaires étrangères, Patrick Mennucci, dont on ne sait jamais s’il est en France ou ici à Alger. Mais aussi Michel Vauzelle, Axel Poniatowski, Jean-Pierre Dufau, Philippe Baumel, Jean-Luc Reitzer et Françoise Imbert et plus récemment Mme Nicole Ameline. Je garde une pensée particulière pour Pouria Amirshahi député de la 9ème circonscription des Français d’Afrique du Nord et de l’Ouest et pour la visite récente de l’ancien ministre, Jean-Pierre Chevènement, aux vues toujours aussi précieuses.

En tant que représentants de nos peuples, nous nous penchions, ensemble, sur nos défis communs. C’était là l’objet de notre commission qui a porté sur deux thèmes prioritaires

D’abord l’économie. Quel est l’objectif ? Multiplier les échanges, les investissements, les réalisations communes. Partager nos savoir–faire, nos ressources, nos expériences. En donnant la priorité aux partenariats entre entreprises, en accompagnant l’Algérie dans toutes ses réussites et à chaque fois qu’elle a besoin de nous. En créant ainsi un socle productif commun, où la Méditerranée unit, où l’on investit, où l’on se bat pour la prospérité. Je me félicite que la France soit le premier investisseur étranger en Algérie. Je pense bien sûr à Alstom et aux entreprises françaises du rail, à Renault hier et aujourd’hui, ou PSA demain je l’espère. Je tiens par ailleurs à saluer les petites et moyennes entreprises, qui avec l’aide de Business France et de la chambre algéro-française de commerce et de l’industrie, sont les éclaireurs de la recherche de partenaires algériens pour produire en Algérie, favoriser des transferts de technologies et de savoir-faire, participer à l’aventure du tissu productif algérien, construire ensemble de belles choses. Voilà nos désirs.

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L’Algérie fait face aujourd’hui, comme d’autres pays producteurs, à la baisse du prix du pétrole. Elle fait face et elle réagit. Elle diversifie son économie, encourage les investissements productifs et relance les créations d’entreprises. Ces difficultés sont conjoncturelles et doivent conforter nos actions et notre résolution. Plaidons ici pour un traitement favorable du développement des entreprises algériennes, ces entreprises qui sont représentées aujourd’hui et qui font, la fierté de ce pays. Elles sont la preuve que l’Algérie dispose de tous les atouts.

Le second thème était celui de la paix et de la stabilité. Je voudrais à cet égard me féliciter de la convergence de vues qui prévaut entre nos pays sur les grandes questions régionales, en particulier le Mali et la Libye. L’Algérie et la France en font une priorité commune. La diplomatie algérienne, et je l’en félicite chaleureusement, a joué un rôle décisif pour aboutir à l’accord de paix sur le Mali en juin 2015. En Libye également, nous devons travailler, main dans la main, en soutenant le gouvernement d’unité national dirigé par Fayez El-Serraj. Il en va de même pour la lutte contre le terrorisme dans cette région, où les forces françaises sont directement engagées et où la coopération entre tous les pays de la zone est la clef de la réussite. Ayons aussi à l’esprit, chers amis, chers compatriotes, le rôle positif qu’a joué l’Algérie pour le succès de la COP21 de Paris et l’appui qu’elle nous a apporté notamment auprès des groupes arabes et africains.

Je tiens à vous parler d’un troisième sujet, le premier, le plus décisif, la jeunesse. Dans nos deux pays, nous avons la chance d’avoir une jeunesse enthousiaste et nombreuse, avide de conquêtes, assoiffée d’idéal, pleine de vie, de rêves, d’envies de réussir. Nous devons travailler ensemble pour lui offrir un avenir plus beau que celui que nous pouvions espérer pour nous. Bien sûr, parler de la jeunesse, c’est parler d’économie. Nous travaillons ainsi ensemble à la formation des jeunes Algériens. Et je pense aux récentes ouvertures du centre d’excellence Schneider Electric et d’instituts technologiques sur le modèle des IUT français, ou encore, à l’École supérieure algérienne des affaires (ESAA). La France est par ailleurs fière d’accueillir plus de 23 000 étudiants Algériens. Ils sont les architectes d’un vrai pont entre les deux rives de la Méditerranée. Que de précieuses richesses recèlent-ils en leur cœur ! Je souhaite enfin mentionner l’accord sur les échanges de jeunes professionnels qui permettra vite aux jeunes travailleurs français et algériens de venir dans l’un et l’autre pays.

Je veux enfin saluer très chaleureusement la communauté française installée en Algérie. Car cette relation bilatérale, c’est vous qui l’incarnez et qui la portez. Vous êtes, ici et maintenant, le visage de la France. Je voudrais ainsi saluer, parmi vous, les Français qui, dès l’indépendance, ont fait le choix de demeurer en Algérie, leur pays d’adoption, et qui lui sont restés fidèles, parfois au prix de durs sacrifices. Vous avez, tout en contribuant à la construction de l’Algérie indépendante, su préserver la flamme de la France et de votre foi en ce pays.

Je m’adresse enfin à ceux d’entre vous qui, de plus en plus nombreux, sont venus de France au cours des dernières années pour travailler ici, offrant leur talent, leur créativité, leur enthousiasme pour accompagner l’Algérie vers son avenir. L’expatriation, je le sais, est une aventure. Les routes de la soie sont pleines de surprises et je vous regarde comme Venise regardait Marco Polo, les yeux pleins de merveilles. Ce fut quelques fois dur pour vous mais vous avez réussi.
La crise des années 90 terminée, la paix civile revenue, l’Algérie peut désormais se féliciter de disposer d’une force vitale édifiante. Pour autant, elle n’est pas épargnée, comme la France ne l’est pas non plus, par les risques que continue de faire peser le terrorisme. L’Ambassade et nos trois Consulats généraux sont donc particulièrement impliqués pour assurer la protection des Français d’Algérie.

Le développement accéléré de nos relations économiques avec l’Algérie doit s’appuyer sur une expansion de notre communauté d’affaires, particulièrement dynamique, qui souhaite pouvoir s’installer ici. Des moyens supplémentaires seront donc mis en place pour accompagner l’évolution des demandes de visas de circulation. L’intensité des liens culturels, économiques ou familiaux qui unissent nos deux pays supposent, dans les deux sens, une mobilité des personnes, une mobilité des jeunes.

Je suis conscient de ce problème récent rencontré par nos compatriotes qui ont fait à l’indépendance le choix de rester en Algérie et se voient aujourd’hui contester le droit de propriété sur leurs biens immobiliers. La France y est, je peux vous l‘assurer, très attentive.
J’en ai d’ailleurs parlé avec les autorités algériennes aujourd’hui.

Un mot, enfin, pour saluer la vitalité citoyenne des Français d’Algérie, qui se manifeste lors des consultations électorales. Cette vitalité inspire les conseillers consulaires que je salue et les associations qui, jour après jour, se dévouent à un travail de bénédictin auprès de votre communauté et notamment des plus démunis. Elle est activement relayée par vos élus au sein de l’Assemblée des Français de l’Etranger, et du Parlement.

Chers compatriotes, vous incarnez la mémoire, l’histoire, l’avenir de cette relation exceptionnelle qui unit la France et l’Algérie, que vos talents fleurissent, que vos espoirs demeurent, que vos sourires s’éclairent. Je tiens, ce soir, à vous apporter le plein soutien des autorités françaises mais aussi leur gratitude pour la contribution essentielle que vous apportez au rayonnement de la France.

Chers amis et partenaires algériens,
Mes chers compatriotes,

Que de progrès accomplis depuis la visite d’État du Président de la République ! Que de chemin parcouru par cette coopération interparlementaire, laboratoire des peuples souverains. Je crois que nous pouvons collectivement, Algériens et Français, être fiers de ce que nous avons pu et su accomplir ensemble au cours de ces années, mais être également très exigeants sur les nouvelles pages qui nous faut écrire, main dans la main, dans notre intérêt réciproque. Nous nous respectons tant, nous nous aimons tant. Laissez-moi vous dire que la France a plus que jamais besoin de l’Algérie, et comme cela m’a été dit ici, je sais que l’Algérie a aussi besoin de la France.

Alors ensemble, sachons surmonter tous les obstacles ! Ensemble, montrons à l’avenir ce que partenariat veut dire ! Ensemble, sachons étonner les observateurs, esbaudir nos jeunesse, contrarier les Cassandre d’hier et édifier les historiens de demain. Ensemble, sachons faire en sorte que plus jamais sur la Méditerranée le soleil ne se couche.

Permettez-moi à la fin de ces quelques mots de remercier les anciens combattants ici représentés. Ils sont aussi au cœur de toutes nos pensées. Dimanche dernier à Verdun, bien entendu nous célébrions le centenaire de cette bataille terrible mais, au travers des discours de Madame Merkel et du Président Hollande, bien entendu, l’on avait cette volonté de marquer la paix qui doit régner entre l’Allemagne et la France, mais nous avions tous, en regardant ces croix, en regardant ce lieu de culte musulman, nous avions tous au cœur et en tête le sacrifice d’un certain nombre de combattants qui, quelques fois, sont venus de très loin sur cette terre qu’il méconnaissait totalement, donner leur vie pour nous permettre aujourd’hui en France de pouvoir prononcer ces mots magnifiques de liberté, égalité, fraternité et de pouvoir ici dire devant vous

Vive l’Algérie et vive la France

publié le 08/06/2016

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