Discours de M. Ayrault à l’Ecole nationale polytechnique d’Oran [ar]

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le wali,
Messieurs les recteurs,
Monsieur le directeur de l’Ecole nationale polytechnique d’Oran,
Mesdames et Messieurs les enseignants,
Chères étudiantes et Chers étudiants,
Chers amis,

L’an dernier, le Président de la République était venu en Algérie pour ouvrir un nouvel âge dans la relation franco-algérienne, reposant sur la paix des mémoires.

En un an, sur la base de la déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre la France et l’Algérie, notre partenariat d’égal à égal a connu des avancées remarquables.

Ma visite en Algérie a précisément pour objet de mesurer le chemin parcouru et de prolonger la dynamique ainsi créée. C’est ce que nous avons fait hier, avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal, en co-présidant la première réunion du comité intergouvernemental de haut niveau, qui a pour mission de renforcer notre dialogue politique et d’assurer le suivi de notre relation bilatérale dans tous ses aspects.

Cette nouvelle page de notre histoire commune, notre volonté est de l’écrire pour la jeunesse de nos deux pays. Et, c’est pourquoi je me réjouis d’achever ma visite par cette rencontre consacrée à la jeunesse d’Algérie, à ses aspirations, à sa soif de connaissance et à son ouverture sur le monde et sur la France.

Vous, qui représentez la jeunesse d’Algérie, vous portez la promesse d’une amitié sans cesse plus étroite entre nos deux pays.

C’est vous que nous voulons mettre au cœur de notre relation. C’est vous qui lui donnez tout son sens et qui la tournez vers l’avenir. C’est pour vous qu’il nous faut surmonter les difficultés du passé pour construire un avenir meilleur. C’est à vous que nous devons d’ouvrir de nouvelles opportunités, alors que la situation est parfois si difficile pour ceux qui ont vingt ans, aujourd’hui, de part et d’autre de la Méditerranée.

Je suis donc très heureux de partager avec vous cet instant.

Chers amis,

Les liens humains tissés entre votre établissement et la France résultent d’une coopération exemplaire en matière d’enseignement supérieur et de recherche. C’est une chance pour nos deux pays. Il nous appartient de la cultiver.

Cette coopération est forte de son histoire et de sa capacité d’adaptation au fil du temps.

Au cours des années 1970, les coopérants envoyés dans l’Algérie indépendante en ont porté les prémisses. Les années 1980 ont été celles de la mise en place des grands programmes de formation des enseignants chercheurs et de renforcement du corps professoral algérien. Aujourd’hui, le programme Hubert Curien Tassili est riche de 105 projets. Dans ce cadre, chaque année, environ 500 Algériens se forment en France et 75 chefs de projet viennent en Algérie.

Cette coopération est forte des moyens qui lui sont alloués. Avec près de trois millions d’euros, la France consacre à l’Algérie son premier budget dans ce domaine.

Cette coopération est forte de sa diversité. Elle inclut toutes les disciplines, des sciences de l’ingénieur aux sciences humaines, en passant par les sciences de la vie ou la santé.

Cette coopération est forte des interactions et des liens tissés entre nos établissements d’enseignement et de recherche. Grands organismes de recherche, laboratoires, universités, grandes écoles, écoles de commerce ou d’ingénieurs sont, pour la plupart, engagés à des degrés divers dans des projets avec l’Algérie. Plus de 700 conventions lient nos universités. Nous en avons signé encore de nouvelles, hier à Alger.

Cette coopération est forte du français qui, en Algérie, conserve son dynamisme. Votre écrivain Kateb Yacine ne voyait-il pas, dans cette langue, le « butin de guerre » des Algériens ? Le français est bien plus qu’un outil de communication et porte des valeurs universelles. Cette langue, nous l’avons en partage. Ces valeurs, elles sont les nôtres.

La France ne relâchera pas son effort en faveur de l’enseignement du français en Algérie, parce que c’est notre intérêt commun. C’est l’objet du plan d’action triennal arrêté par nos ministres de l’éducation ou du soutien à l’école doctorale de français. Vous pouvez aussi compter sur Yamina Benguigui, notre ministre de la francophonie, qui nourrit une grande ambition en faveur de la formation des professeurs de français.

Tous ces liens constituent un capital unique. A nous de le faire prospérer.

C’est tout l’enjeu de la mobilité étudiante que la France, qui a tourné la page du repli sur soi, souhaite promouvoir. Plus de 22.000 étudiants algériens suivent un cursus d’enseignement supérieur en France. Ils peuvent être plus nombreux, s’ils le souhaitent.

Pour leur ouvrir nos portes, nous avons pris des mesures sans précédent pour faciliter la délivrance de visas à tous ceux qui participent à la vitalité de nos relations bilatérales et, en premier lieu, les étudiants. Même si tous ne peuvent réaliser leur projet, chacun doit être accueilli, conseillé, orienté afin que ces échanges servent nos deux pays.

A l’heure de la mondialisation, notre coopération doit aussi s’ouvrir aux autres. Nos actions seront d’autant plus profitables qu’elles généreront des dynamiques scientifiques au-delà de nos deux pays. C’est donc une très bonne chose que la Conférence franco-algérienne sur l’enseignement supérieur et la recherche, que vous accueillerez en 2014, soit consacrée à l’internationalisation de la recherche.

Chers Amis,

Votre école a fait le choix de l’ouverture : elle est liée à 15 établissements en France et à beaucoup d’autres, dans huit pays. Elle est aussi membre de l’Agence universitaire de la francophonie et participe à plusieurs projets européens au titre du programme Tempus.

Votre école est aussi au cœur de la réponse au défi de l’employabilité des jeunes qui est une préoccupation commune entre la France et l’Algérie, comme le Président de la République l’a souligné l’an dernier à Tlemcen.

De part et d’autre de la Méditerranée, beaucoup trop de jeunes sont victimes d’un chômage qui leur fait perdre espoir, alors même que la vie devrait leur sourire. Cette situation n’est pas plus acceptable sur la rive sud de la Méditerranée que sur la rive nord.

Ce défi appelle donc une mobilisation en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes. Ce défi, nous pouvons le relever ensemble.

Déjà, plusieurs programmes ambitieux permettent à la France d’apporter son concours aux réformes en Algérie pour la modernisation de l’enseignement supérieur. La France et ses écoles ont notamment contribué à la rénovation de vos écoles nationales supérieures et à la création d’écoles préparatoires.

Des pôles d’excellence technologique ont été mis en place, tout comme des formations à la culture managériale et à la création d’entreprises au profit de vos jeunes cadres, prêts à s’insérer dans le tissu économique.

Plus encore, un réseau d’écoles algériennes et françaises, impliquant les entreprises, continuera à accompagner la formation de ces jeunes, en proposant stages et stages en alternance. Des plates-formes technologiques ouvertes à la formation initiale et continue et à la R&D y contribuent.

De même, la création d’instituts technologiques constitue un projet phare de notre coopération. Après leur ouverture pédagogique cette année, ces établissements accueilleront leurs premiers étudiants à la rentrée 2014. Ils permettront de former, à bac+3, techniciens et cadres intermédiaires, répondant au besoin des entreprises. Leurs formations bénéficieront du soutien du réseau des instituts universitaires technologiques français. Elles permettront de rapprocher les enseignants des bassins économiques locaux et de renforcer le lien entre enseignement supérieur et monde économique.

Voilà ce que nous pouvons faire ensemble, dans le cadre d’une démarche concertée qui favorise les expériences communes et rapproche les enseignants et étudiants de nos deux pays. Voilà comment nous pouvons tisser de nouveaux liens humains qui forment le ciment de la relation franco-algérienne et contribuent à son épanouissement futur.

Chers amis,

Au-delà, ce grand dessein en faveur de la jeunesse est une ambition pour toute la Méditerranée.

A Oran, plus que nulle part ailleurs, dans votre ville radieuse, tournée par sa géographie et par son histoire vers notre mer commune et le reste du Maghreb, la nécessité de l’intégration régionale est parfaitement comprise.

L’Algérie est au cœur de cet espace maghrébin et méditerranéen. Elle peut, avec ses voisins, trouver les moyens de l’entente et de l’unité. C’est à vos pays de décider comment aller vers cette intégration.

La France et l’Europe sont disponibles pour favoriser avec vous l’émergence d’un espace euro-méditerranéen solidaire, fondé sur le dialogue et les échanges humains, économiques et culturels.

Cet espace, nous souhaitons le construire de manière concrète. C’est toute l’inspiration de la Méditerranée des projets qu’a proposée François Hollande et qui doit mettre à profit toutes les instances de dialogue existantes, chacune pour ses mérites. Je pense naturellement à l’Union pour la Méditerranée et son secrétariat de Barcelone, mais aussi au dialogue « 5+5 ».

Là encore, le bénéfice pour la jeunesse doit être notre fil conducteur. Je remercie, à cet égard, Michel Vauzelle, dont je salue la présence à mes côtés, pour son rapport intitulé « avec la jeunesse méditerranéenne, maîtriser et construire notre communauté de destin ». Sa proposition de créer un espace franco-maghrébin de la formation professionnelle mérite notamment toute notre attention, tant il répond aux besoins qui existent aussi bien sur la rive sud que sur la rive nord de la Méditerranée.

Chers amis,

Pour Albert Camus, qui a enseigné le français à Oran alors qu’il écrivait la Peste et dont nous célébrons cette année le centième anniversaire de la naissance, « le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance ». C’est toute la force de l’éducation que de nous éclairer, de nous ouvrir au monde et de favoriser notre émancipation.

Après les épreuves subies par la jeunesse algérienne, qui a grandi dans des années de trouble, l’éducation est la plus belle manière d’avoir confiance en l’avenir. Pour la France, l’éducation est un volet essentiel de son partenariat avec l’Algérie.

Dans tous vos projets, individuels ou collectifs, vous pouvez compter sur l’amitié de la France et du peuple français.

Vive l’amitié franco-algérienne !

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publié le 02/03/2014

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