Discours de JM Todeschini à l’occasion de sa visite en Algérie - avril 2015 [ar]

Discours de Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense,
Chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire

(Résidence « Les Oliviers » d’Alger, lundi 20 avril 2015)

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Monsieur le Ministre,
Monsieur le Wali,
Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs les représentants des Français de l’étranger,
Messieurs les anciens combattants qui nous faites l’honneur de votre présence,
Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,

C’est dans un lieu chargé d’histoire que je vous parle aujourd’hui. Car c’est ici que vivait il y a 70 ans le Général de Gaulle et sa famille, lorsque le Comité Français de Libération Nationale siégeait à Alger. Je vous remercie, M. l’Ambassadeur, de me permettre d’évoquer ici ce souvenir.

Tout dans cette Résidence, et tant de choses à Alger, une des rares villes étrangères décorées de la légion d’honneur, témoignent des liens singuliers qui existent entre la France et l’Algérie et qui abritera ensuite la première réunion de l’assemblée nationale constituante de l’Algérie indépendante.

C’est au nom de ces liens que depuis hier je suis en Algérie.

D’abord à Sétif où je me suis recueilli devant le mausolée de Saal Bouzid, première victime algérienne du massacre du 8 mai 1945. Et j’ai tenu à ce que ce soit mon premier geste sur cette terre d’Algérie. Un geste sans précédent pour un membre du gouvernement français. C’est un geste d’apaisement et d’amitié que nous avons voulu accomplir en direction de nos amis algériens. Et je suis heureux que ce geste ait été compris.

Ensuite dans nos nécropoles de Mers El Kebir et du Petit Lac, à Oran, où reposent plus de 11000 de nos soldats ou marins tombés en Algérie, au service de la France, pour leur rendre l’hommage que la Nation leur doit. Hommage qui s’adressait aussi à nos compatriotes victimes des débordements tragiques qui ont eu lieu à Oran le 5 juillet 1962.

Enfin ici, à Alger, où les rues et les places nous racontent cette histoire que nous avons en partage. Au cimetière de Bologhine et au conseil de la Nation qui abrita, à compter du 3 novembre 1943, le siège de l’Assemblée Consultative Provisoire du Comité Français de Libération Nationale.

En venant en Algérie, je suis d’abord venu rappeler ce que furent les sacrifices de tous les soldats algériens qui ont combattu sous le drapeau français.

Alors que le centenaire de la Grande Guerre va bientôt entrer dans sa deuxième année, j’ai une pensée pour les 175 000 soldats d’Algérie qui ont participé à la Première Guerre mondiale, fraternellement confondus avec les millions de soldats venus de toutes les provinces de France. Au total, 26 000 tués et disparus ne rentreront jamais en Algérie.

Les unités de tirailleurs et de spahis algériens s’engagent dans la Bataille de la Marne dès le mois d’août 1914. Entre 1915 et 1918, ils participent à tous les grands combats, de l’offensive de Champagne à la Bataille de la Somme. Ils tombent à Verdun, ils tombent sur le chemin des Dames. Autant de lieux consacrés par le sacrifice commun.

Ces soldats d’Algérie, qui étaient-ils ? Ils étaient de toute confession. Il s’appelait Mohamed Baali, né à Alger, mort à Verdun le 2 mai 1915 ; Mokhtar Halili, né à Ouled Benabbou, mort sur le chemin des Dames le 17 avril 1917 ; Paul Béraud, né à Constantine et mort le 11 août 1918 dans la Somme.

A la fin de la guerre, les unités de tirailleurs figurent parmi les plus décorées de l’armée française. Le président de la République l’a rappelé dans son hommage aux soldats musulmans morts pour la France à la mosquée de Paris le 18 février 2014. Cette grande mosquée de Paris qui fut construite il y a 90 ans, en hommage au rôle des soldats musulmans durant la Première Guerre mondiale, et les Algériens furent parmi les plus nombreux.

C’est pour honorer leur souvenir que le drapeau algérien et sa garde ont défilé pour la première fois sur les Champs-Elysées à l’occasion du 14 juillet. C’était pour la France un devoir en même temps qu’une fierté.

Cette fraternité d’armes franco-algérienne, elle fut de nouveau éprouvée 20 ans plus tard par l’engagement des soldats d’Algérie dans la Seconde Guerre mondiale.

150 000 participent à cette guerre. Beaucoup sont tombés lors de la campagne de France, dans la poussière des collines de Monte Cassino ou encore sur le sable des plages du débarquement de Provence d’août 1944, et le président de la République leur a rendu hommage le 15 août dernier, en présence du Premier Ministre Abdelmalek Sellal.

Je pense à cet instant à Abdelkader Behih, Ali Belkadi et Alloua Makrane qui ont participé à la libération du Sud de la France en août 1944 et à qui la Légion d’honneur a alors été remise par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Je ne peux m’adresser à vous sans rappeler qu’Alger fut aussi, avec Londres, la capitale de la France Libre.

Celle-là même d’où le général de Gaulle, à l’occasion du 3e anniversaire de l’appel du 18 juin, prononce ces quelques mots : « Combien il est réconfortant pour des hommes qui, comme nous, sont engagés dans de dures épreuves, de se trouver ensemble, coude à coude, l’esprit fixé sur une même pensée, le cœur battant de la même ardeur ! On parlait d’union ? L’union, la voilà ! »
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Cette union, ces cinq anciens combattants algériens à qui je m’apprête à remettre la Légion d’honneur l’ont magnifiquement incarnée.

Ils représentent aujourd’hui ces liens profonds qui unissent et uniront toujours nos deux peuples. A travers cet hommage, j’ai aussi voulu saluer tous les soldats d’Afrique du Nord et des anciennes colonies venus rendre à la France son honneur et sa fierté, et à l’Europe sa liberté.

Mesdames et messieurs, nous commémorerons dans quelques jours à Paris, mais aussi partout en France et en Europe, le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale qui vit le triomphe de nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Le 8 mai 1945, la République célébrait la victoire totale contre le nazisme. La France acclamait ses libérateurs en héros et célébrait la paix enfin retrouvée.

Au même moment, pourtant, ici en Algérie, la France manquait aux idéaux qui n’avaient cessé de l’animer.

Ecoutons les mots que le président de la République a employés en décembre 2012 : « les massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles ».

Après vos prédécesseurs, monsieur l’Ambassadeur, qui l’ont fait en février 2005 à Sétif et en avril 2008 à Guelma, je suis venu traduire par le geste l’hommage que la Nation française doit aux victimes de ces journées terribles : aux milliers de morts algériens de Sétif, Guelma et Kherrata, ainsi qu’aux dizaines de victimes européennes.

Ce déchaînement meurtrier annonçait les déchirements et les drames d’une guerre qui a longtemps tu son nom. Entre 1954 et 1962, un affrontement épouvantable allait faire en Algérie de trop nombreuses victimes, à la fois civiles et militaires.

Ces pages noires font aussi partie de notre histoire ; elles nous obligent à la lucidité sans laquelle il n’y a pas d’avenir commun possible.

Nous le devons à nos enfants, aux jeunes générations qui continueront de bâtir à notre suite un destin fraternel pour la France et l’Algérie.

C’est ce que nous faisons en progressant, côte à côte, sur des sujets essentiels au sein du Comité Intergouvernemental de Haut Niveau. Parmi ces sujets, la question des disparus de la guerre d’Algérie me tient tout particulièrement à cœur.

Ensuite en valorisant notre mémoire de pierre. Tous les plus hauts lieux de notre mémoire nationale, mais aussi souvent dans toutes les villes et villages de France, le nom de nos rues et de nos places, portent la trace et la mémoire de cette histoire militaire commune.

Ainsi en est-il du mémorial aux soldats musulmans de la nécropole de Verdun. Ainsi en est-il encore du mémorial du débarquement de Provence, au mont Faron dont le président de la République a demandé la rénovation pour mieux rappeler le rôle de ces soldats venus d’Algérie et du reste de l’Afrique – mais aussi des territoires français du Pacifique et d’Amérique – pour nous libérer.

Je veux souligner les efforts menés par le ministère français de la défense, en étroite coopération avec les autorités algériennes, pour l’entretien et la rénovation de nos nécropoles militaires en Algérie. Je tiens également à saluer le programme de restauration des cimetières lancé en 2006 par la Wilaya d’Alger qui bénéficia au cimetière de Bologhine.

Enfin c’est aussi ce passé commun que nous honorons en luttant côte à côte, avec force et détermination, contre la menace terroriste.

« Sommes-nous capables d’écrire ensemble une nouvelle page de notre histoire ? » s’était interrogé le président de la République à Alger en décembre 2012. C’est un défi de chaque instant.

Mesdames et messieurs, cette cérémonie est une nouvelle occasion d’affirmer la force de l’amitié franco-algérienne.

Cette amitié est celle qu’incarne cette mer Méditerranée, qui n’est pas une frontière ni une fracture, mais un trait d’union entre nos deux pays, une matrice commune.

Cette amitié est celle que je ressens quand je me déplace ici, en Algérie. Ces valeurs que nos peuples ont défendues par les armes à Verdun, à Monte Cassino et sur les plages de Provence, elles animent toujours nos cœurs aujourd’hui et elles nous engagent à poursuivre inlassablement la lutte contre tous les fanatismes, les totalitarismes, le terrorisme. Ces valeurs constituent notre horizon.

Et je ne peux parler d’avenir sans saluer la proviseure et les représentants du lycée international Alexandre Dumas. J’ai pu constater cet après-midi la qualité du travail fait par l’équipe pédagogique de cet établissement.

Je ne manquerai pas de remettre au président de la République, dès mon retour en France, le premier exemplaire du livre que les élèves ont rédigé et qui conforte, dans notre mémoire nationale, la place de l’histoire de l’engagement algérien dans les deux guerres mondiales.

C’est pour moi un enjeu essentiel : faire connaître cette histoire au plus grand nombre pour que les plus jeunes d’entre nous, d’où qu’ils viennent, s’approprient ce qui les lie personnellement à cette histoire qui est la nôtre, et donc qui est la leur. Histoire qui doit être mieux connue aussi ici en Algérie comme l’a rappelé le Président Bouteflika le 14 juillet dernier lorsqu’il a déclaré - je le cite - que ce sont les mêmes « sacrifices du peuple algérien et son attachement aux idéaux de liberté …[qui] lui ont permis de recouvrer chèrement son indépendance et sa souveraineté et de participer au recouvrement de la liberté du peuple français ».

Oui, l’histoire de nos deux nations est riche, c’est une histoire de rencontres, d’influences, de dialogue, d’affrontements également mais il faut savoir les surmonter, et c’est tout l’enjeu de la mémoire : elle ne doit pas servir à nous diviser, mais à nous retrouver.

Mesdames et messieurs, mes chers compatriotes, il y a de grandes figures qui incarnent cette fraternité franco-algérienne que nous voulons cultiver.

Je pense ainsi à Assia Djebar qui s’est éteinte cette année ; elle était algérienne et membre de l’Académie Française. Je pense aussi à Germaine Tillion, cette militante infatigable du dialogue entre nos deux peuples qui va entrer le 27 mai prochain au Panthéon de la République française.

Elles étaient des femmes de culture, d’engagement, d’ouverture. Elles nous montrent la voie, celle de l’amitié franco-algérienne, celle de la fraternité, celle d’un avenir partagé pour le peuple français et le peuple algérien.

Vive la France !
Vive l’Algérie !
Vive l’amitié franco-algérienne !

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publié le 11/06/2015

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