Visite de M. Fabius - Déclarations ministérielles

Déclarations des ministres des affaires étrangères français et algérien

Q - Outre la préparation du voyage du président Hollande quels sont les sujets de prédilection dont vous allez parler ?

R - Nous allons parler de tous les sujets, à la fois bilatéraux, régionaux et internationaux et ce voyage est très important pour nous car nous souhaitons donner un nouvel élan à la coopération entre l’Algérie et la France.

C’est une visite d’amitié, cela me fait très plaisir de retrouver mon collègue et ami, le ministre des Affaires étrangères. Cette visite, comme vous l’avez souligné, est la première que je fais dans un pays arabe, et elle intervient à un double moment, d’une part, comme vous l’avez souligné, en raison du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie et par ailleurs, bien sûr, en raison de l’élection à la présidence de la République de François Hollande. Le sens de ma visite ici, où j’aurai l’occasion de rencontrer mon homologue et le président Bouteflika, c’est tout simplement d’impulser un nouvel élan à la coopération entre l’Algérie et la France, je pense que tous les ingrédients pour y parvenir sont réunis, on va donc y travailler.

Q - Qu’en est-il des relations bilatérales, Monsieur le Ministre ?

R - On aura l’occasion, demain, d’en discuter un peu plus et d’en traiter plus longuement avec vous, puisqu’il y a une rencontre qui est prévue avec la presse. Dans le passé, je crois qu’il y a eu des hauts et des bas, comme on dit, pour ma part je suis pour les hauts.

Q - Monsieur le Ministre, l’Algérien attend beaucoup côté mémoire. Le nouveau gouvernement français va-t-il proposer quelque chose dans ce sens ?

R - Je vous disais à l’instant que ce que nous souhaitons, c’est un nouvel élan, pour les relations entre l’Algérie et la France et, au fond, il y a trois mots qui résument cela : d’abord, il faut de l’objectivité et je fais allusion à la mémoire ; ensuite, bien sûr, de la proximité, et on a toutes les raisons d’êtres proches ; et enfin, nous allons mettre en application un mot très important entre les Algériens et les Français qui est l’amitié.

Donc, si vous ajoutez l’objectivité, la proximité et l’amitié, vous avez le sens de ce nouvel élan que nous voulons donner à nos relations.

Q - Ce nouvel élan va-t-il rebondir sur l’histoire du traité d’amitié entre les deux pays ?

R - On va en discuter entre les collègues et homologues et puis on ne va pas tout vous dire aujourd’hui, sinon il ne restera rien demain. Ayez un peu de patience et merci de votre gentillesse d’ailleurs.

Mesdames et Messieurs, merci d’être là. Le but de ma visite en Algérie est de donner un nouvel élan au partenariat entre l’Algérie et la France. C’est la première visite que j’effectue dans un pays arabe, un pays ami, que j’aime.

Cette visite a lieu dans un contexte doublement particulier, puisque d’une part, l’Algérie célèbre les 50 ans de son indépendance et, d’autre part, la France, comme vous l’avez très bien publié, vient d’élire un nouveau président de la république et de choisir un nouveau gouvernement.

À partir de là, sur la base de l’objectivité, de la proximité et de l’amitié, nous considérons que tout est réuni pour ce nouvel élan qui est nécessaire entre l’Algérie et la France.

M. le Ministre des Affaires étrangères vient de rappeler, dans des termes dont je partage chaque élément, l’ensemble de nos réflexions. J’aurai le plaisir et l’honneur de rencontrer demain le président Bouteflika, et nous poursuivrons bien sûr cette conversation. Qu’il s’agisse du plan bilatéral et du plan multilatéral, nos conversations ont été utiles et faciles. Nous sommes en effet tombés d’accord sur chacun des sujets que nous avons abordés : sur les archives, ainsi que M. le ministre des Affaires étrangères vient de le rappeler ; sur l’économie, où, comme il a été dit, un certain nombre de grands dossiers a été traité.

Dès mon retour à Paris, j’aurai l’occasion de faire le point sur l’état d’avancement de ces grands dossiers en liaison avec les gouvernements algérien et français, bien sûr.

Sur la Défense, le gouvernement français vient, la semaine dernière en Conseil des ministres, de ratifier un accord entre l’Algérie et la France qui datait de 2008 et que nous avons tenu à ratifier. Nous allons multiplier les occasions pour que nos administrations y compris nos administrations de Défense travaillent ensemble.

Sur les questions de circulation, c’est vrai qu’il y a eu un certain nombre d’améliorations pour donner la possibilité à nos amis algériens de circuler en France mais il reste encore quelques problèmes à régler et j’ai annoncé à mon collègue et ami que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait l’intention de se rendre bientôt dans votre beau pays pour faire avancer ces sujets.

Symétriquement, du côté des français, il y a encore un certain nombre d’améliorations qui doivent être apportées et il y a aussi un certain nombre de situations à améliorer : des situations administratives, des situations immobilières.

Nous avions réfléchi à ce que nous avons appelé dans un vocabulaire un peu particulier un document cadre de partenariat, et nous sommes tombés d’accord pour le futur, pour une périodicité allant de 2012 à 2016, de réfléchir à préparer ensemble un document qui réglera les différents points de notre coopération. Et nous avons donné instruction à nos collaborateurs que ce document soit prêt pour la fin du mois d’octobre, afin que la visite du président français, lorsqu’elle interviendra, puisse se faire sur la base d’un travail valable, précis et qui permet d’avancer.

Nous avons abordé également la question des écoles et nous essayons de faciliter l’ouverture d’un certain nombre d’écoles françaises en insistant sur les villes d’Oran et d’Annaba.

Mais ce qui me paraît essentiel, au-delà de chacun de ces points précis, c’est que, de manière générale, notre entretien montre que, comme je l’avais dit, nous lançons un nouvel élan ; on passe à un autre stade, un partenariat d’exception, ce ne sont pas des mots en l’air mais bien des avancées concrètes qui existent à la fois du côté algérien et du côté français.

Enfin, sur les questions internationales que nous avons abordées, nous étions d’accord, et en particulier sur le Mali, et je reprends ce qu’a dit mon collègue sur ce point, par rapport à une présentation schématique et inexacte qui a été faite de part et d’autre concernant l’attitude de l’Algérie sur le Sahel, décrite parfois comme étant une attitude purement politique et, à l’inverse de la vision de la France, décrite comme purement militariste.

La réalité n’est pas du tout celle-là. La réalité, c’est que nous avons constaté qu’il y a au Mali une situation est difficile. Il y a des convergences avec l’Algérie sur ce dossier. Il faut tendre à renforcer la base constitutionnelle du gouvernement de Bamako, un gouvernement qui sera large. Ensuite, il faut que ce gouvernement puisse assurer l’intégrité territoriale du Mali. Et puis, au fur et à mesure, il faudra traiter, selon les voies adaptées, le terrorisme qui est un danger pour tout le monde, notamment pour nos amis algériens qui ont vécu durant des années et des années cette dramatique histoire du terrorisme.

D’autres pays connaissent cette réalité. Et voilà maintenant qu’au nord du Mali se produit ce genre de mouvements : nous avons des attentats terroristes qui sont extrêmement dangereux avec des armes et des moyens financiers puissants, car ils s’entremêlent avec des trafics de drogue et des trafics humains et ceci est tout simplement insupportable. Il constitue non seulement une menace pour les populations locales et pour l’ensemble de la région, mais aussi pour l’ensemble du monde. Encore une fois, il faudra traiter comme il convient ce risque. Nous avons parlé de ce sujet et ceci dans une atmosphère excellente qui est tout simplement l’atmosphère qui existe lorsque deux pays et deux collègues qui s’estiment et qui défendent à la fois l’intérêt de leur pays et la cause de l’amitié entre l’Algérie et la France.

Q - (À propos du Mali et des relations bilatérales)

R - Concernant le Mali, il n’y a pas d’opposition entre, d’un côté, la position de l’Algérie qui souhaiterait une solution uniquement politique et évangélique et, de l’autre, la position de la France, qui serait encore une fois au conditionnel, celle de la force. Ce n’est pas du tout la réalité. Nous sommes d’accord pour l’établissement d’un gouvernement pour établir une autorité au Mali, donc un gouvernement large qui pourra assurer l’intégrité territoriale du Mali.

Il faut bien sûr assurer le développement de ce pays. En ce qui concerne la partie des terroristes, il n’y a pas d’opposition dans les avis des uns et des autres.

Sur l’autre aspect qui est l’intention de la France après l’élection du nouveau président, il y a eu déjà des signes qui sont importants. Immédiatement après l’élection de François Hollande, il y a eu un échange chaleureux entre le président Bouteflika et le président français. Ensuite, il y a eu, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, un message du président de la République. Il y a eu aussi, à l’occasion du 14 juillet, un message également pesé du président Bouteflika à l’intention de la France en général et du président français en particulier.

On trouve dans ces messages d’abord la volonté de traiter le passé en toute objectivité, en toute lucidité sans rien dissimuler, ensuite la volonté de travailler ensemble concrètement et c’est ce que nous faisons ce soir avec nos collaborateurs. Là, je parle au nom de la France, sur l’expression d’une fraternité, d’une amitié, d’une proximité pour l’Algérie et pour le peuple algérien.

Nous sommes géographiquement proches, proches par nos analyses. Nous avons eu bien sûr des épreuves extrêmement rudes, un passé en commun, un présent qui, maintenant, nous rapproche et un futur qu’il faut que nous bâtissions ensemble.

Tout est réuni pour faire que ce partenariat, comme je l’ai dit, soit un partenariat d’un nouvel élan. Et vous savez, si nous y parvenons et je pense que nous y parviendrons, les Français qui aiment l’Algérie en seront extrêmement heureux et je crois que les Algériens au-delà des épreuves, sont très proches des Français.

Q - (À propos de l’économie)

R - Nous avons confié un certain nombre de dossiers difficiles à M. Raffarin et, sur beaucoup de ces dossiers, M. Raffarin et ses homologues algériens sont parvenus à de très bons résultats. Il reste des dossiers importants sur lesquels nous n’avons pas pu jusqu’ici avancer. Et puis, il reste bien sûr la continuité de notre relation par les petites et moyennes entreprises. Donc, sur ces points-là, M. Raffarin, qui a fort bien travaillé, est tout à fait le bienvenu pour continuer ce travail ainsi que sur les dossiers qui n’ont pas pu avancer.

(...)

Q - (Au sujet de l’Union pour la Méditerranée)

R - Je suis entièrement d’accord avec ce que vient de dire mon collègue. Au-delà de l’aspect constitutionnel de l’UpM, l’aspect concret des projets est important. Il ne faut pas que nos concitoyens s’attachent autant à la question de savoir quel est le mécanisme constitutionnel, mais à ce qu’il a de concret.

C’est dans cet esprit-là que nous allons essayer de travailler, je rejoins mon collègue. Soyons donc concrets, c’est vrai pour l’Union pour la Méditerranée et c’est vrai pour la coopération entre l’Algérie et la France.

Q - (À propos des relations bilatérales, du Mali)

R - J’ai parlé d’un nouvel élan, qui doit se concrétiser dans un certain nombre de domaines : dans le domaine de la mémoire, on a parlé des archives ; dans le domaine économique, on a parlé de grands projets ; dans le domaine de la coopération et de la sécurité, dans le domaine de la circulation des Algériens en direction de la France ou des Français en direction de l’Algérie, l’international, c’est tout cela le nouvel élan. Et le fait que le président français va se rendre en Algérie tout comme Manuel Valls, va montrer qu’il y a des avancées concrètes et des échanges plus nombreux.

Sur le terrorisme, je pense que cela concerne malheureusement l’ensemble de la région et pas seulement le Mali. L’Algérie est un grands pays et, géographiquement, proche du Mali. J’ajoute que, pour son malheur, l’Algérie a connu pendant des années et des années les ravages du terrorisme, donc elle sait ce dont elle parle.

(...)

Q - (Sur l’unité du Maghreb et la mémoire)

R - En un mot, la France est extrêmement favorable à tout ce qui peut apaiser les relations, en particulier entre l’Algérie et le Maroc. Et nous suivons avec beaucoup d’intérêt un certain nombre de mouvements. Parce que ce sont deux grands pays, des pays qui sont amis de la France, quelques différends peuvent subsister et c’est l’intérêt de la région et de la population qui sont voisins qu’ils puissent y travailler ensemble. S’il y a quelque chose à faire pour aller dans le sens de cet apaisement, nous le ferons. Si nos amis algériens et nos amis marocains souhaitent que la France fasse davantage, ils nous le diront, c’est à nous d’être favorables à cet apaisement, à ces relations apaisées.

Q - (À propos de la circulation des personnes)

R - Nous avons abordé la question et c’est vrai que l’accord sur la circulation des personnes date de 1968. Et mon collègue a bien voulu constater nombre de difficultés passées. Il y a eu un certain nombre d’améliorations malgré les difficultés qui ont subsisté, et il reste un certain nombre de questions qui restent posées. Après examen, M. Valls viendra ici et mon collègue m’a confirmé qu’il sera reçu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir par l’Algérie.

(...)

Q - (À propos de Renault)

R - Sur Renault et Peugeot, j’ai eu connaissance du drame et du choc que représente l’annonce par Peugeot de la fermeture concernant beaucoup d’usines et d’emplois. Je comprends bien votre question. Il y a un investissement qui est prévu et il y a des amalgames. La question est simple : l’investissement, qui est envisagé en Algérie, va-t-il permettre de servir le marché algérien ? À partir de ce moment-là, cela peut être, comme on dit, un investissement gagnant-gagnant qui permet des accords. Donc la question est là. Est-ce un investissement ou une menace pour la France ? Évidemment, si c’est une menace pour la France elle-même, cela ne peut pas être accepté.

Voilà comment se présentent les choses. Puisque mon collègue et ami m’a permis d’avoir le dernier mot, je voudrai d’abord le remercier pour l’ambiance et la chaleur de son accueil, et vous dire que cela m’a fait grand plaisir d’être là en Algérie, un pays que j’aime.

Bonne soirée./.

publié le 17/03/2014

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