Laurent Fabius s’adresse à la presse algérienne

L’objet de cette visite, qui est la première d’un membre du nouveau gouvernement dans ce beau pays, était de donner un nouvel élan au partenariat entre l’Algérie et la France. Cet objectif est pleinement atteint.

J’ai été reçu d’une façon extrêmement chaleureuse par les hôtes algériens que je remercie beaucoup. Nous avons pu avoir avec le président de la République, avec mon collègue, ministre des Affaires étrangères et avec le président de l’Assemblée, un dialogue sur le fond.

J’ai senti qu’il y avait, pour reprendre l’expression de nos amis algériens, un nouvel état d’esprit dans la relation et que nous allions pouvoir faire beaucoup de choses en commun.

J’avais dit en arrivant ici que les trois mots d’ordre étaient objectivité, proximité et amitié. C’est ce que j’ai ressenti tout au long de cette visite. Cette visite a eu lieu dans un cadre parallèle particulier : d’une part, le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie ; d’autre part, l’élection du nouveau président de la République en France et l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement. Tout cela se traduisant par un échange de messages chaleureux entre le président français et le président algérien, par également des échanges entre le ministre des Affaires étrangères algérien et moi-même et par toute une série de projets en commun.

Nous avons passé en revue nos relations bilatérales et je dois dire que dans chacun des domaines que nous avons passés en revue, il y a soit des avancées constatées, soit des avancées en perspectives. Dans le domaine des archives, la partie française complétera le Comité qui doit s’occuper de cela afin qu’il puisse avancer. Dans le domaine si important de l’économie, un travail avait été déjà largement entrepris par mes prédécesseurs pour que des projets majeurs puissent voir le jour. On pense à Renault, on pense à Lafarge, on pense à la pétrochimie et on pense à la santé. Tout ceci doit pouvoir voir le jour, ainsi que de nouveaux secteurs de travail en commun, dans un excellent état d’esprit dans lequel nous abordons la période à venir.

Même remarque en ce qui concerne la défense, j’ai présenté au Conseil des ministres de la semaine dernière le projet de loi portant sur la ratification par la France de l’accord de Défense de 2008, qui n’avait pas pu être signé. Il le sera dans les semaines qui viennent et nos amis algériens apprécient ce geste.

De la même façon, nous avons abordé les questions, en règle générale, de la circulation à la fois des Algériens de la France et des Français de l’Algérie ou en Algérie. Il y a là un certain nombre de progrès à faire. Mon collègue Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, viendra prochainement ici pour constater sur place ce qui peut être fait. Symétriquement, il y a - nous l’avons signalé - des situations qui ne sont pas faciles pour les Français qui veulent se rendre en Algérie ou sur ce qui les concerne sur le plan administratif, comme pour notre ambassade. Nous abordons ces difficultés avec un état d’esprit susceptible de les régler.

Également en matière d’étudiants et d’écoles, nous devons ouvrir des écoles françaises à Oran, à Annaba et je crois dans un troisième site possible. Nos partenaires algériens nous ont assuré que cela allait se faire.

Symétriquement, il y a quelques difficultés pour l’école algérienne de Paris que nous devrions pouvoir régler et tout ceci devrait déboucher, à une date qui reste à préciser d’un commun accord, sur un partenariat de grande dimension que nous allons préparer entre maintenant et fin octobre, délai que nous nous sommes fixés de part et d’autre. Ensuite, une date devrait être convenue d’un commun accord pour la visite du président français dont j’étais chargé de porter un message d’amitié en direction du président Bouteflika. Celui-ci m’ayant confirmé qu’il serait ravi d’accueillir le président français si possible avant la fin de cette année.

Donc une visite qui correspond parfaitement par son atmosphère et son succès à ce que nous en attendions.

J’ajoute que nous avons abordé des questions régionales et internationales. De ce point de vue, je voudrais - en pensant à quelques commentaires de la presse - dissiper l’analyse un peu rapide et à vrai dire erronée, en particulier sur le Mali et le Sahel. Je vois, comme mon homologue le ministre des Affaires étrangères, une caricature tout à fait erronée des positions françaises et algériennes, comme si nos positions étaient non seulement différentes mais contradictoires.

Ce n’est pas du tout la réalité. À la fois les Algériens et les Français savent bien qu’il y a des progrès de nature politique à effectuer en particulier au Sud Mali, si nous voulons avoir un gouvernement avec une base constitutionnelle et un rapprochement entre la population du nord et celle du sud autour de l’intégrité du Mali. Nous avons, nous les intéressés, bien évidemment un travail politique à faire. Et nous en sommes pleinement d’accord, que ce soit les Algériens, les Français ou les Africains d’une façon générale.

En même temps, nous sommes aussi d’accord pour dire qu’il y a un mouvement terroriste au Nord qui est extrêmement dangereux et qu’il faudra, le moment venu, traiter ce mouvement terroriste par les moyens qui conviennent.

Je vous redis - parce que j’ai lu des commentaires vraiment erronés - qu’il n’y a pas de divergences, voire d’oppositions entre l’analyse des Algériens et celle des Français, comme si les uns étaient d’un certain évangélisme favorable à une solution purement politique et les autres, avec je ne sais quel esprit belliciste, hostile à une solution politique et favorables à une solution militaire. Pas du tout, il y a des problèmes politiques à traiter de manière politique et des problèmes terroristes à traiter de la manière qui convient.

J’espère avoir été clair sur cela.

Nous avons également bien sur parlé, avec le président Bouteflika, à la fois de la Syrie, de l’Iran, du conflit israélo-palestinien et des questions qui concernent enfin l’ensemble du monde comme on le doit entre responsables de deux grands pays.

Je disais, il y a quelques minutes, que pour ce beau pays, nous avons le sentiment que c’est une nouvelle page qui est en train de s’écrire et nous sommes extrêmement heureux les uns et les autres d’y contribuer.

Q - (Sur le Sahara Occidental)

R - Nous avons abordé effectivement ce problème du Sahara occidental et j’ai eu l’occasion de dire à nos amis algériens que notre position est celle qui était défendue par les Nations unies.

J’ai ajouté et je le fais volontiers devant vous, que nous sommes favorables à tout ce qui peut rapprocher l’Algérie et le Maroc. J’ajouterai aussi avec beaucoup de plaisir le fait qu’aussi bien mon collègue des Affaires étrangères que le président Bouteflika ont insisté sur le fait que tout ce qui pouvait être accompli pour rapprocher ces deux pays qui sont nos amis était positif.

Si la France peut aider, d’une manière ou d’une autre, nous le ferons très volontiers.

Nous nous plaçons dans le cadre de la légalité internationale telle qu’elle est définie par les Nations unies et c’est cette position qui sera celle de la France.

J’ai ajouté - parce que je pense que c’est important - qu’en octobre, nous souhaitons que tout ce qui peut permettre l’amélioration des relations entre le Maroc et l’Algérie soit mis en oeuvre parce que je pense que notre intérêt à tous est qu’il y ait une proximité de plus en plus grande entre le Maroc et l’Algérie.

Q - (Sur la circulation des personnes)

R - L’accord de 1968 auquel il a été fait référence au cours de nos conversations porte sur la circulation entre nos deux pays. Il y avait eu un certain nombre de difficultés sur la ratification à laquelle vous faites allusion.

Mes homologues algériens ont noté que, dans la période récente - je prends leur appréciation -, il y avait eu un certain nombre d’améliorations, mais il reste quelques problèmes. Ce sera donc la tâche de mon collègue, le ministre de l’Intérieur, de venir dans quelques semaines pour discuter ces détails.

Q - (Sur le message du président de la République)

R - Un message a été adressé par le président François Hollande au président Bouteflika à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance. Un message a également été adressé par le président Bouteflika à son homologue français à l’occasion du 14 juillet. Les termes de ces messages ont été bien pesés par l’un comme par l’autre et je ne peux pas mieux faire qu’à me référer exactement à ceux-ci.

Q - (Sur les relations économiques bilatérales)

R - Pour Renault, il y a les difficultés, que l’on connaît, mais il y a un projet, je crois même qu’un accord a été étudié en mai, dans cette direction. L’esprit de cet accord est d’être mutuellement profitable. C’est-à-dire profitable à la France et à l’Algérie.

Gagnant-gagnant comme on dit. Vous savez que la France est partie prenante. Dès lors que cet accord s’inscrit dans ces objectifs qui sont légitimes, il serait bien que cet accord voie jour. C’est dans cet esprit que cet accord - qui a été confirmé au mois de mai - est envisagé. Je pense d’ailleurs que nous sommes la mi-juillet et que nous aurons l’occasion d’en parler encore plus précisément de cela lors de la visite du président français.

Q - (Sur position de la France concernant la Syrie)

R - Je crois qu’il est incontestable et incontesté que lorsqu’a éclaté le drame syrien, c’est l’attitude du régime, du gouvernement de M Bachar Al-Assad qui a été à l’origine des exactions qui ont été commises. Personne de raisonnable ne soutient que c’est la résistance qui a déclenché les massacres auxquelles on a assisté. C’est le régime qui a déclenché tout cela.

Ce qui est exact, c’est que comme souvent historiquement lorsqu’il y a des exactions considérables et une série de massacres abominables, une résistance se dresse, qui cherche à s’unir dans des conditions des révolutions. Ce n’est pas facile, c’est la situation où nous nous retrouvons aujourd’hui. Voilà ma description.

Kofi Annan, l’Envoyé des Nations unies et de la Ligue arabe, essaye de faire appliquer le plan en six points que nous avons soutenu et que nous soutenons. Comme ce plan était, à certains égards, insuffisant, Koffi Annan a demandé aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus certains autres pays de venir à Genève. Nous avons adopté tous ensemble un texte qu’il va falloir reprendre et Kofi Annan va pouvoir prévoir les mécanismes de transition politique.

Kofi Annan est en ce moment à Moscou. Il était, il y a quelque temps, à Damas, pendant que le Secrétaire général des Nations unies est à Pékin pour dire que ces positions qui semblent de nature, si on les applique, à faire cesser le feu et à trouver une solution politique.

Je voudrais saisir l’occasion pour ajouter qu’outre les drames - le nombre de morts, 17.000 déjà -, il y a un risque extrêmement grave, à savoir que de plus en plus ces confits deviennent une guerre confessionnelle.

C’est extrêmement grave parce qu’à partir du moment où l’affrontement devient une guerre, il est très difficile d’arrêter ce type de conflits. D’autant plus que, comme vous le savez, la crise syrienne a des conséquences sur les pays voisins. Au Liban mais aussi dans d’autres pays ou il y a des dizaines de milliers de réfugiés.

Le premier aspect sur lequel je voudrai insister, c’est le risque d’une guerre confessionnelle qu’on aura ensuite du mal à arrêter.

Deuxième élément que je voudrais souligner, c’est que dans tous nos efforts nous cherchons une transition politique, nous cherchons à préserver l’intégrité de la Syrie qui est un grand pays. Dans notre esprit, si le régime de Bachar Al-Assad est appelé à être remplacé, il faudra que toutes les communautés soient respectées. Il ne s’agit pas qu’une communauté l’emporte sur les autres. Il faut trouver une transition politique qui permet le respect et l’intégrité du pays et une place équitable, reconnue à toutes les communautés.

Q - (Sur l’accord de défense de 2008)

R - Je parle de mémoire, il n’y a pas de secret puisque c’est l’accord qui doit être ratifié. Il permet de voir les conditions pour les Algériens, d’une part, et pour les Français d’autre part.

Pour des raisons X ou Y, ce texte qui date de 2008 - c’est donc assez ancien - n’avait pas pu être ratifié. Il est passé en Conseil des ministres et il sera ratifié dans les semaines qui viennent, ce qui nous permet d’envisager de manière tout à fait positive, le futur de notre coopération.

Q - (sur la mosquée de paris)

R - Écoutez, je n’ai pas d’informations particulières là-dessus. Je ne suis que le ministre des Affaires étrangères, mais je suis sûr que des solutions adaptées seront trouvées./.

publié le 02/03/2014

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