Conférence de presse de Laurent Fabius à l’issue de sa visite à Alger [ar]

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Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de son homologue algérien M. Ramtane Lamamra – propos de M. Fabius

Mesdames et Messieurs,

Une visite chaleureuse et positive ! Voilà le bilan que je dresse de ces deux jours. Une visite chaleureuse, pas seulement par le climat et le ciel bleu, mais par le fait que nos relations sont à l’image de ce ciel, c’est-à-dire sans aucun nuage.

Je remercie beaucoup le président algérien, le Premier ministre, les ministres, au premier rang desquels mon collègue et ami le ministre des affaires étrangères, de m’avoir accueilli avec la délégation d’une vingtaine de chefs d’entreprises qui m’accompagnaient, plus les deux présidents des groupes d’amitiés du Sénat et de l’Assemblée nationale. Je veux vraiment te remercier de la gentillesse et de la chaleur de leur accueil. Tout a été fait pour rendre notre visite agréable, chaleureuse et positive.

J’étais là pour une visite de travail et d’amitié. Nous avons travaillé, nous avons fait le point sur nos relations politiques et fait le « tour du monde », à commencer par cette région. Nous sommes d’accord sur l’analyse des grandes questions et en particulier sur la façon d’appréhender les problèmes régionaux.

Il se trouve qu’en ce moment même, s’agissant du Mali, les délégations des groupes du Nord sont présentes ici à Alger, à l’invitation du gouvernement qui joue un rôle utile de faiseur de paix ; et les choses avancent. Je souhaite qu’une plate-forme puisse être trouvée qui permettra dans un deuxième temps au dialogue inter-malien d’intervenir, parce que nous avons besoin de ce dialogue inter-malien pour qu’une solution soit trouvée concernant en particulier la région nord du Mali.

Nous avons bien sûr également parlé de la Libye. Nous avons parlé de l’approche régionale. Nous avons parlé des questions de sécurité. Nous sommes à la fois concernés et préoccupés les uns et les autres par les développements du terrorisme.

Il y a donc, sur le plan de la politique générale et de la politique internationale, une grande convergence d’analyses et, sur le plan de nos relations bilatérales et de ce que nos deux présidents ont appelé un partenariat d’exception, un climat et une réalité des échanges qu’on peut décrire comme une relation au beau fixe.

Sur le plan économique, nous avons fait le point sur ce qui est acquis et qui est considérable. D’ici quelques mois, l’usine Renault dont on a tellement parlé va faire sortir sa première voiture. Sur le plan des transports, toute une série de réalisations sont là. Sur le plan de la pharmacie, de l’agroalimentaire, sur tous les plans - vraiment - les choses ont beaucoup avancé depuis deux ans, lorsque le partenariat d’exception a été décidé. A l’occasion de contacts, à la fois avec mes collègues, avec le ministre de l’industrie et des mines, avec le ministre du commerce, que j’ai rencontré, avec le ministre de tourisme, avec le ministre de l’artisanat et d’autres encore, nous avons fait le point de ce qu’il était possible de faire de nouveau et de plus ample. D’autant plus que l’Algérie a décidé de présenter un plan quinquennal qui fixe les orientations pour les années qui viennent.

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Nous avons constaté qu’il y a beaucoup de domaines où nous pouvons amplifier encore notre coopération. Je cite par exemple - j’en parlais avec le Premier ministre pendant le déjeuner - le domaine de l’agroalimentaire où il y a des potentialités énormes, au-delà même de ce qui est déjà fait. Nous avons évoqué la question du tourisme puisque c’est une des priorités que le gouvernement algérien a désormais choisies. Nous avons évoqué tout ce qui concerne l’énergie, puisque c’est un des grands champs de coopération, et nous avons même évoqué comme champ nouveau, qu’il va falloir travailler, les questions de l’aéronautique - civil ou militaire – où il y a des perspectives qui s’ouvrent.

Tant et si bien que nous avons décidé d’amplifier et d’accélérer nos rendez-vous dans les prochains mois dans le cadre du partenariat d’exception. C’est ainsi que, alors que normalement la périodicité des rencontres entre Premiers ministres était prévue tous les deux ans, nous avons décidé d’anticiper cela d’un an : le Premier ministre algérien sera en France à l’invitation de son homologue, soit fin décembre ou début janvier, pour tenir la réunion qui était prévue normalement un an plus tard.

Auparavant, deuxième décision, nous tiendrons une réunion des ministres économiques, industriels, financiers et du tourisme et je mènerai pour ma part la délégation française ; cela se fera ici, à Alger, et cela aura lieu en novembre. Cela permettra de préparer utilement la réunion de nos deux Premiers ministres.

Auparavant, nous avons décidé que les secrétaires généraux des deux ministères des affaires étrangères, à la fois algérien et français, auront désormais un dialogue stratégique pour regarder le champ d’ensemble de notre coopération. Ramtane et moi, nous allons travailler très étroitement ensemble : nous avons commencé de le faire et nous allons encore amplifier cette coopération.

L’objectif, c’est que dans le domaine en particulier économique, comme il y une disponibilité évidente de la part de nos amis algériens et une volonté non moins évidente de la partie française, nous puissions la surmultiplier.

J’ai dit ce matin en m’adressant à la presse que la France entend être et demeurer le Premier partenaire aujourd’hui de l’Algérie et j’ai senti que ce partenariat, du côté algérien – preuve en main -, était également souhaité.

Ce qui m’a beaucoup frappé notamment, c’est que les entreprises françaises qui travaillent avec leurs partenaires algériens ne considèrent pas l’Algérie seulement comme un marché mais vraiment comme un partenaire d’égal à égal, avec tous les éléments de formation, de partage de technologie, de recherche de présence dans les marchés tiers qui vont dans le même sens. Donc, c’est extrêmement prometteur et, d’ailleurs, la nature des grandes entreprises qui m’accompagnaient montre assez la détermination française et algérienne à travailler ensemble.

Nous avons un effort supplémentaire à faire avec les moyennes entreprises des différentes régions. C’est un point sur lequel nous allons amplifier l’effort. Et puis, bien sûr, nous avons examiné ce qu’on appelle les échanges humains, les échanges éducatifs, les échanges culturels. J’ai eu l’occasion d’inaugurer les nouveaux locaux de Campus France - ils sont magnifiques - dans l’ancienne petite école d’Hydra où l’on comprend qu’on a du plaisir à venir, à la fois lorsque l’on veut préparer des études supérieures en France ou bien tout simplement développer son apprentissage du français.
Voilà ! Nous avons un bon résultat sur les deux années précédentes, à partir du choix des deux présidents, et une perspective extrêmement prometteuse dans beaucoup de domaines.

J’ajoute que j’ai eu le plaisir et l’honneur d’être reçu avec beaucoup de chaleur par mon ami et collègue le ministre des affaires étrangères et de pouvoir passer la fin de la matinée et le déjeuner avec le Premier ministre. Nous apprécions hautement cette invitation et d’être reçu pendant une heure et demie par le président de la République, ce qui montre que quelques soient les éléments physiques que l’on connaît, son alacrité d’esprit est totale. J’ai été frappé par la pertinence de ses analyses et par sa mémoire. Lorsqu’à la fin de notre entretien il m’a interrogé sur l’état d’avancement de mon projet concernant Jeanne d’Arc, je dois dire que j’étais un peu surpris parce que lors de notre dernière conversation, nous avions en effet parlé de Jeanne d’Arc. Je ne vais pas entrer dans le détail mais je suis de Rouen et je fais un travail au sujet de Jeanne d’Arc. Nous avons donc repris le fil de notre conversation, interrompue il y a quelques mois. Nous avons également parlé de sujets d’actualité, comme la Libye, la Syrie, internet, ainsi que de Voltaire.

Bref, c’est une visite à la fois chaleureuse et positive.

Q - Des américains et des Iraniens sont réunis en ce moment à Genève pour les discussions bilatérales dans le cadre des négociations sur le nucléaire. Est-ce que la France soutient ces négociations et envisagez-vous également des discussions bilatérales avec Téhéran ?

R - Des discussions bilatérales entre la France et Téhéran auront lieu mercredi, Madame, et à l’issue de ces discussions, il y a aura aussi des discussions entre les Iraniens et les Russes. Il y en a peut-être d’autres… En tout cas, les trois discussions que je connaisse sont celles avec les Russes, avec les Américains et avec les Français. Les Américains nous ont prévenus de ces discussions et nous avons prévenu que nous aurons de notre côté des discussions avec les Iraniens. Et nous sommes convenus également qu’à l’issue de ces discussions, j’allais dire parallèles, nous ferions le point entre ce qu’on appelle les « Six », c’est-à-dire les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, avant de revoir ensemble les Iraniens à partir du 16 juin. Voilà la procédure et voilà le fond.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez dit tout à l’heure que la France entend être et rester le premier partenaire économique de l’Algérie. Le problème est que lorsque l’on regarde les statistiques et les chiffres officiels des douanes algériennes, depuis 2013 pratiquement, la Chine a détrôné la France dans la liste des premiers fournisseurs de l’Algérie. A votre avis, qu’est-ce qui explique ce recul des entreprises françaises qui peinent face aux Chinois ?

R - Quand je dis partenaire économique, j’ai choisi exactement mon terme. Je ne me situe pas en termes de fournisseur ou de client, mais je dis : dans l’ensemble. Et l’ensemble du partenariat économique, c’est non seulement les échanges de biens et services mais aussi au niveau des investissements. Quand vous prenez cet ensemble, pour le moment, nous sommes le premier partenaire économique de l’Algérie ; et nous souhaitons le rester.

Vous avez noté que la Chine a une population légèrement supérieure à la France et qu’elle est devenue en parité de pouvoir d’achat - comme disent les économistes - depuis cette année sinon la première en tout cas la deuxième puissance économique, donc il n’est pas du tout illégitime - et c’est le contraire qui serait étonnant - que la Chine, qui cherche à développer ses relations économiques avec le reste du monde, soit présente en Algérie comme elle l’est d’ailleurs dans beaucoup d’autres pays de ce continent. C’est la réalité de la compétition. C’est cela qui explique qu’il y a un recul en part relative. Bien sûr, du moment que d’autres montent, il y a un pourcentage qui est plus faible. C’est une opération mathématique que chacun peut avoir à l’esprit.

Quand j’ai dit que nous considérions que l’Algérie n’était pas seulement un marché mais un partenaire d’égal à égal, quand j’ai ajouté que nous voulions développer la formation - et M. Levet est devant moi, qui y contribue activement - et quand j’ai ajouté que dans notre cas, il s’agissait de partage de technologie, quand j’aurai complété tout cela en disant que nous souhaitons aller ensemble sur des marchés tiers, je ne dis pas que d’autres ne font pas exactement cela. En tout cas, c’est l’approche de la France avec, toujours, le souhait que cela profite à la fois aux Algériens et aux Français. Ce n’est pas une opération à sens unique. Il faut que nous soyons comme on dit - dans un vocabulaire probablement traduit de l’américain – « gagnant-gagnant ». L’évolution que nous avons constatée n’est pas incompréhensible mais nous voulons être des partenaires majeurs, d’égal à égal, avec nos amis algériens. J’ai senti la même détermination chez nos amis algériens.

Ce n’est pas ou l’un ou l’autre. Tu [M. Ramtane Lamamra] étais toi-même il y a quelques jours en Chine, où un important accord a été signé entre les deux présidents, toi-même et notre ami Wang Yi, le ministre chinois. On sait par exemple, dans le domaine de la construction de logement, qu’il y a des entreprises chinoises qui ont des capacités de construire avec des coûts extrêmement faibles. Nous n’avons peut-être pas les mêmes capacités mais, en revanche, nous avons la capacité de construire des logements qui soient un peu plus haut de gamme pour les couches sociales moyennes.

Nous allons étudier des pistes très intéressantes, qui ont d’ailleurs intéressé le président de la République : la possibilité peut-être d’avoir, comme nous l’avons dans le domaine automobile - il y a des Renault qui vont sortir au premier novembre - peut-être quelque chose en matière d’aéronautique. Evidemment, compte tenu du fait que l’aéronautique européenne et française est la première ou la deuxième du monde, c’est quelque chose que nous pouvons apporter. En matière de tourisme, puisque c’est maintenant l’un des choix qui a été fait par nos amis algériens, il est certain que la qualité, la tradition et le savoir-faire français est reconnu partout dans le monde.

Voilà, ce n’est pas ou l’un ou l’autre, mais nous voulons être présents dans un esprit qui est un esprit de partenariat d’égal à égal.

Q - Vous avez parlé des discussions autour de l’énergie. Est-ce que la question du gaz de schiste a été abordée au cours de ces discussions ?

R - Hier, je crois, c’est un de vos collègues ou une de vos collègues qui m’avait posé la question : le gouvernement algérien a pris ses décisions et elles sont souveraines. D’après ce qui m’a été dit par mes collègues algériens, il y a des potentialités très importantes ici dans le sous-sol, et donc le gouvernement algérien a pris une certaine orientation avec une certaine technique… On m’a même posé la question - et je complète la question que vous m’avez posée - certains m’ont dit : « est-ce qu’il pourrait y avoir des entreprises françaises qui seraient intéressées ? » S’ils elles le souhaitent et si c’est retenu par le gouvernement algérien, pourquoi pas ? De la même façon que le gouvernement algérien décide de ce qui est dans son sol, nous, qui avons une géographie différente évidemment et une répartition des villes différentes, nous avons une certaines position, mais nous respectons tout à fait la position du gouvernement algérien. Et d’une façon plus générale dans le domaine de l’énergie, nous avons à travailler ensemble. C’est un sujet que j’ai abordé avec le ministre de l’industrie et des mines, avec le Premier ministre, avec le président algérien. Et nous avons, dans la diversité des champs énergétiques, beaucoup de choses : les économies d’énergie, tout ce qui concerne le gaz, le pétrole, les énergies vertes, etc…

Nous avons étendu cette réflexion puisque j’ai souligné auprès de nos amis algériens à quel point nous comptions sur eux pour la grande conférence internationale qui doit avoir lieu l’année prochaine, à Paris, sur les gaz à effet de serre. La conférence s’appelle COP 21 et nous allons, tous les pays du monde, devoir prendre une décision pour limiter les gaz à effet de serre.

Nous comptons beaucoup sur l’Algérie qui est préoccupée aussi de cette détérioration, de ce dérèglement climatique, pour nous aider à convaincre les uns et les autres. Nous avons parlé de la Chine, des Etats-Unis, de l’Inde, et compte tenu de sa position et de son audience auprès de tous ces pays, nous comptons préparer avec l’Algérie cette conférence qui j’espère va déboucher.

Merci infiniment et à bientôt, puisque je reviendrai très probablement au mois de novembre comme je vous l’ai indiqué.

publié le 24/08/2014

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