Commémoration en l’honneur des agents de l’Ambassade tués pendant la décennie noire [ar]

Intervention de S.E. Bernard Emié
Ambassadeur, Haut Représentant de la République française en Algérie

Monsieur le Ministre-Conseiller,

Monsieur le Consul général,

Messieurs les chefs de Service,

Chers collègues,

J’ai estimé indispensable, quelques semaines seulement après mon arrivée à la tête de notre Ambassade à Alger, de nous réunir, tous ensemble, devant cette stèle, pour nous incliner devant la mémoire de nos collègues tués pendant la décennie noire, en raison de leur engagement au sein de cette Ambassade, au service des relations entre l’Algérie et la France.

C’est avec émotion et gravité que je le fais. J’ai en effet été un témoin direct dans mes différentes fonctions passées au Cabinet du Ministre des Affaires étrangères de l’époque, M. Alain Juppé, puis comme Conseiller diplomatique adjoint du Président de la République d’alors, M. Jacques Chirac, de l’émergence de cette décennie noire et du tourbillon de violence qui s’est abattu sur l’Algérie, frappant de manière aveugle et folle la population algérienne mais aussi la communauté française. Je me souviens encore du choc qu’a constitué au plus haut niveau de l’Etat l’assassinat de nos collègues

C’est pourquoi avec vous tous, j’ai tenu à me recueillir devant cette stèle, devant laquelle nous passons tous les jours, en méditant le courage et le sacrifice de ces collègues et en leur rendant hommage.

  • Monique AFRI, 45 ans, qui occupait un poste de vacataire au service des visas du consulat général d’Alger. Elle a été tuée par balles le 15 janvier 1994, avenue du 1er novembre, en plein centre-ville, à deux pas du service des visas qui était alors situé dans les locaux de l’Amirauté.
    Mais aussi :
  • Gérard TOUREILLE, Consul adjoint aux visas, agent du ministère des Affaires étrangères,
  • Armand BARD, 30 ans, agent du ministère des Finances travaillant à la Paierie, qui était arrivé en couple à Alger. La salle de réunion de la Trésorerie porte aujourd’hui son nom,
  • Gendarme Fabrice DECAMPS, garde de sécurité permanent au poste d’Aïn Allah,
  • Gendarme Stéphane SALOMON, 31 ans,
  • Gendarme Jean-Michel SERLET, 23 ans, tous deux détachés temporaires de l’EGM 14/9 de Valenciennes.

Ces cinq collègues ont été assassinés le 3 août 1994 à la cité Aïn Allah où ils résidaient à Alger, lors d’un assaut revendiqué par le Groupe Islamique Armé. Les gendarmes SERLET et SALOMON, qui étaient au poste de sécurité lors de l’intrusion, ont été assassinés froidement après avoir été pris en otage par les terroristes. Nos trois autres collègues sont morts dans la fusillade qui a éclaté dans l’enceinte de la résidence après l’intrusion du groupe armé. D’autres encore ont été blessés. La résistance de ces agents aura permis d’empêcher l’explosion de deux véhicules piégés qui avaient été introduits dans le site.

  • Yannick BEUGNET, 28 ans, cuisinier à la résidence, exécuté lors de la prise d’otage du vol Air France 8949 le 25 décembre 1994, dont il était passager, à l’aéroport d’Alger. Il avait pris ses fonctions à l’ambassade d’Alger en 1992, en même temps que sa femme, secrétaire au consulat général. Il a laissé deux petites filles.
  • Maréchal des logis-chef Hervé FRANÇOIS, 32 ans, gendarme de l’EGM de Macon, décédé le 15 mars 1995 dans l’enceinte de ce parc alors qu’il désactivait les protections par explosifs de l’Ambassade.

En notre nom à tous, je salue leur mémoire et je pense à leur famille.

L’Algérie d’aujourd’hui n’est toutefois et heureusement plus celle que nos collègues avaient connue. Le pays est redevenu, au prix d’efforts considérables et au prix du sacrifice d’un très grand nombre d‘Algériens, auxquels je pense aussi, auxquels je veux rendre hommage, un pays de paix et de stabilité, un pays qui a su relever la tête et reprendre le chemin de son développement. La France a réussi, grâce à notre volonté politique depuis 1999 et grâce à votre travail à tous et au travail de vos prédécesseurs à y revenir en force, développant notre présence dans tous les domaines. L’Algérie constitue aujourd’hui un partenaire incontournable de la France, c’est un acteur régional reconnu par tous et un pôle de stabilité. (...)

Il est donc essentiel que tout en continuant à conduire notre politique volontariste, aux côtés de nos amis algériens, avec détermination, avec calme, avec sérénité, nous restions toujours vigilants face aux menaces qui nous entourent. (...)

C’est ce courage, cette détermination et ce sens aigu du devoir et de l’Etat qui font de la « maison diplomatique » une « institution magnifique », pour reprendre les termes du Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius lors de la conférence des Ambassadeurs. Par l’exercice quotidien de votre métier, par vos compétences propres, vous faites tous honneur à la France et vous contribuez, chacune et chacun là où vous êtes, à son action en faveur de la paix et du développement.

L’ambassade de France à Alger constitue l’un des fleurons de la diplomatie française dans ce pays stratégique et majeur pour la France. C’est pourquoi c’est avec beaucoup de fierté que j’ai rejoint cette équipe forte, dynamique pour la diriger. Je suis confiant qu’ensemble nous accomplirons de grandes choses pour la relation franco-algérienne et pour la France.

C’est d’ailleurs sans doute le plus bel hommage que nous pouvons rendre à nos collègues, qui ont payé de leur vie pour défendre les intérêts de la France, montrer que nous restions présents et que nous restions là, dans la tempête, pour maintenir les liens entre la France et l’Algérie.

Je vous remercie.

publié le 16/10/2014

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