Cérémonie de commémoration du 11 novembre à Constantine [ar]

Intervention de M. Bernard EMIÉ
Ambassadeur, Haut Représentant de la République Française en Algérie
Cérémonie de commémoration du 11 novembre
Constantine – Monument aux Morts – mercredi 11 novembre 2015

Monsieur le Wali,
Monsieur le Président de l’Assemblée Populaire de la Wilaya,
Monsieur le Président de l’Assemblée Populaire Communale de Constantine,
Monsieur l’Ambassadeur d’Allemagne,
Monsieur le consul Général de France à Annaba,
Monseigneur et Messieurs les représentants des Cultes,
Messieurs les officiers supérieurs et attachés de Défense,
Mesdames et Messieurs les Conseillers consulaires et présidents d’associations,
Messieurs les anciens combattants,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur pour moi d’être présent aujourd’hui à Constantine devant ce monument chargé d’Histoire pour commémorer le 97ème anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918 qui mit fin, à la Première Guerre mondiale après quatre années d’atroces combats, à ce qui constitue l’un des pires conflits de l’Histoire de l’Humanité. Avec le plein concours des autorités algériennes, nous avons souhaité organiser les cérémonies du 11 novembre à Constantine au pied de ce monument magnifiquement restauré par l’Algérie pour marquer que nous nous souvenons ensemble.

Je suis heureux que mon collègue et ami ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne soit présent avec nous pour souligner aussi combien cette cérémonie est une cérémonie collective de réconciliation et de mémoire. Je le remercie chaleureusement de sa présence. Je remercie les autorités algériennes de leur présence et de leur décision de restaurer ce magnifique monument qui parle à tous les Constantinois et à tous les habitants de cette région.

Cette guerre mondiale, première guerre industrielle, a en effet atteint une échelle et une intensité inconnues jusqu’alors. Souvenons-nous. La première guerre mondiale ravagea l’Europe toute entière, coûtant la vie à plus de dix millions de militaires et autant de civils. Vingt millions de soldats furent blessés. Ce conflit eut de terribles conséquences pour chacun des pays belligérants :

  • des générations sacrifiées : 3 millions de veuves et 6 millions d’orphelins,
  • des séquelles démographiques profondes et durables,
  • des destructions considérables, dans les villes et campagnes,
  • des bouleversements politiques importants et un nouvel équilibre politique et économique mondial qui mit fin à l’hégémonie exercée dans le monde avant 1914 par l’Europe.

En ce jour mémoire, j’ai une pensée émue et reconnaissante pour tous les anciens combattants de cette guerre, venus de tous les continents, précipités dans cette tragédie mondiale. Nous sommes rassemblés dans un hommage commun à tous ces jeunes hommes, quels que soient leur drapeau, leur pays, leur foi, leur nationalité.

Alors même que tous les acteurs et témoins ont disparu et qu’il ne subsiste aujourd’hui que des écrits, des photographies, des films, la pierre ou la terre pour témoigner de ce déchainement de violence, la Grande Guerre doit être commémorée avec pédagogie et lucidité, dans un souci de vérité historique, afin d’honorer dignement ses trop nombreuses victimes.

Oui, notre devoir est bien de nous incliner aujourd’hui devant la mémoire de ces soldats. Et je veux particulièrement mentionner les cent soixante-quinze mille soldats, sous-officiers et officiers originaires d’Algérie qui prirent une part déterminante à ce conflit, au cours duquel vingt-six mille d’entre eux perdirent la vie.

Ils écrivaient par ce sacrifice, une page de l’histoire de la France et de l’Algérie qui, aujourd’hui encore, confère aux relations entre nos deux pays, son caractère exceptionnel et égal à nulle autre.

Les tirailleurs, spahis et zouaves algériens furent présents sur tous les champs de bataille, jusqu’au front d’Orient. Pour preuve de leur héroïsme, les régiments algériens furent parmi les unités les plus décorées.

Or, un peu plus de 20 ans après les terribles événements de la Grande Guerre, le second conflit mondial éclatait. Les soldats algériens se retrouvèrent de nouveau engagés dans un nouveau combat pour la liberté. Un hommage appuyé leur a été rendu par le Président de la République François Hollande à l’occasion du soixante-dixième anniversaire du débarquement de Provence, en présence du Premier ministre Algérien, Abdelmalek Sellal.

La France n’oublie pas ce qu’elle doit à ces soldats venus d’Algérie. Par leur courage et leur sacrifice, ils ont écrit, au cours de ces deux conflits mondiaux, une page d’Histoire commune entre l’Algérie et la France, créant une mémoire partagée qui nous rassemble aujourd’hui. Notre pays a voulu graver dans la pierre de ses monuments les plus prestigieux le souvenir de cette contribution : au mémorial des soldats musulmans de Verdun visité par le Président Bouteflika, à la Grande Mosquée de Paris, construite en hommage au rôle des soldats algériens durant la Première Guerre mondiale et où le Président François Hollande leur rendit récemment hommage. Je le cite « A ces hommes venus du monde entier pour nous sauver. C’est cette vérité que je suis venu rappeler pour que personne ne soit tenté d’oublier ou pire encore, d’occulter cette vérité ». Ces paroles prennent ici un sens particulier et renvoient bien sûr à la présence lors du défilé du 14 juillet 2014 sur les Champs-Elysées, du drapeau algérien et de sa garde alors que nous marquions le centième anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale. La présence parmi nous aujourd’hui des anciens combattants et vétérans algériens de la Deuxième Guerre mondiale nous rappelle ce sacrifice.

Messieurs les anciens combattants, vous qui avez combattu pour la liberté et participé à la libération de la France des griffes de la barbarie nazie, je souhaite vous rendre un hommage solennel et appuyé et vous redire en mon nom comme au nom de la France, notre éternelle gratitude.

Mesdames et Messieurs, cette histoire commune et croisée, celle de nos nations et de nos peuples, ne doit pas être gommée. Nous le devons à celles et à ceux qui ont combattu pour la liberté. Cette histoire est faite de combats menés en commun, mais aussi d’affrontements et de conflits. Que ce lieu de mémoire où sont inscrits les noms de tant de soldats nous inspire. Nous devons cela aux générations qui nous succèderont car il faut savoir tirer des leçons du passé pour savoir construire ensemble un avenir prospère et paisible. En effet, comme l’avait déclaré Jean-Jaurès : « la paix est le plus grand des combats ».

Monsieur l’ambassadeur, cher collègue, cher Götz,

Je suis très heureux que nous ayons organisé cette cérémonie ensemble. En ce jour de commémoration, votre présence parmi nous, en tant qu’Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne en Algérie permet de mesurer le chemin parcouru entre nos deux pays depuis un siècle.

Après les conflits, les rancunes, les massacres et la barbarie, la France et l’Allemagne se sont réconciliées grâce à la vision et au génie du général de Gaulle et du Chancelier Adenauer. L’année dernière, à Oradour-sur-Glane, le Président François Hollande, accompagné du Président Joachim Gauck, avait déclaré qu’il est de la responsabilité de chaque génération de défendre cette réconciliation franco-allemande. En effet, nous ne nous sommes pas réconciliés. Nous avons bâti une relation d’amitié exceptionnelle, qui, depuis plusieurs décennies, est l’un des moteurs de l’Europe.

L’Histoire commune de la France et de l’Allemagne démontre que la volonté peut toujours triompher de la fatalité et que des peuples qui se sont combattus l’un l’autre peuvent se retrouver afin de construire le monde de demain. Les commémorations ne sont pas une nostalgie mais un appel à l’union, un rappel des leçons d’Histoire qui donnent du sens à nos relations d’aujourd’hui. A ceux qui désespèrent de certains processus de paix qui n’aboutissent pas dans le monde, la réconciliation franco-allemande redonne de l’espoir, l’espoir d’un monde meilleur.

Monsieur le Wali, Monsieur le Maire, chers amis algériens,

Permettez-moi de vous exprimer toute ma reconnaissance et ma satisfaction de votre présence à nos côtés. Elle donne un sens supplémentaire à cette cérémonie, cent-un ans après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Elle est l’occasion de rendre un hommage particulier aux combattants algériens qui donnèrent leur vie pour un combat qui n’était sans doute pas complètement le leur mais aussi de souligner ensemble la force des liens qui unissent nos deux pays dans le cadre de ce partenariat d’exception voulu par nos deux Chefs d’Etat. Notre histoire commune est, à l’instar de celle que nous partageons avec l’Allemagne, parfois douloureuse. Mais nos deux peuples aspirent à se retrouver, à mieux se connaître, à toujours davantage échanger pour faire vivre ce partenariat d’exception dont j’ai parlé et qui nous rendra plus forts.

Monsieur le Wali, Monsieur le Maire, chers amis de Constantine,

Quel plaisir d’être réunis aujourd’hui à Constantine, désignée capitale de la culture arabe 2015, cet événement auquel vous avez consacré beaucoup d’énergie. Les multiples projets structurants qui ont émergé à cette occasion contribuent à la valorisation de l’histoire de cette ville fascinante au patrimoine exceptionnel.

Dans cette cité bimillénaire, implantée dans un environnement unique en son genre depuis la Haute Antiquité, maintes fois capitale d’États anciens, berceau de nombreux intellectuels célèbres, le patrimoine architectural raconte les multiples tranches de l’épopée d’une métropole chargée d’Histoire qui fascine tout visiteur parti à sa découverte. Au sein de ce riche patrimoine de la ville aux ponts, le monument où nous nous trouvons constitue l’un des plus beaux exemples d’architecture mémorielle érigée après le 1er conflit mondial et conservée après l’indépendance de l’Algérie.
Sa situation en promontoire surplombant la ville, les gorges du Rhumel et la plaine du Hamma environnante lui confèrent un aspect majestueux et offrent un magnifique panorama.

Ce monument, inspiré de l’Arc du Triomphe de Trajan situé dans les ruines de Timgad et surmonté d’une statue nommée « la victoire de Constantine », rend hommage aux 809 Constantinois victimes de la guerre 14 – 18 de toutes confessions et communautés. Les plaques sur lesquelles figurent leur noms, symboliquement restaurées par l’Ambassade de France en Algérie, et la récente remise en état de cet ensemble architectural par les autorités locales lui ont redonné sa dimension mémorielle, de havre de paix et de contemplation mais sa dimension aussi de lieu de promenade pour tous les Constantinois.

Quelle satisfaction, en effet, de constater qu’aujourd’hui de nombreux habitants viennent s’y promener en empruntant la route de l’hôpital ou en arpentant le parcours abrupt depuis le sentier du pont suspendu de Sidi M’Cid.

Je forme le vœu que le projet d’aménagements urbain et paysager du site, conduit par des étudiants en urbanisme et architecture de l’Université de Constantine 3, aboutisse. Au-delà de l’histoire du monument, sa réappropriation par de jeunes futurs diplômés en lien avec la société civile, représente un symbole majeur et contribue au renforcement de l’attrait touristique de Constantine.

Voilà encore une fois un exemple de ce lien entre Histoire et avenir, entre mémoire et projet, car tout ce que nous faisons, nous devons le faire pour nos plus jeunes générations.

C’est pourquoi le Centenaire de la Grande Guerre constitue un moment privilégié de mobilisation de la communauté éducative autour de cet enjeu mémoriel. Une communauté qui assure le relais de cette mémoire historique auprès des jeunes générations.

En témoigne, l’exposition de très belle facture du lycée international Alexandre Dumas d’Alger sur « l’Algérie et la Grande Guerre, éclats de vie » que j’ai eu le plaisir d’inaugurer hier soir. Visible à l’Institut français de Constantine, elle présente 30 compositions graphiques articulées autour de thématiques aussi diverses que l’entrée en guerre, le recrutement ou la vie des soldats au front...

Je tiens par ailleurs à préciser que la conférence « les Algériens dans l’Armée française 1914 – 1918 » de M. Gilbert Meynier, Professeur émérite à l’université de Nancy II qui s’est tenue hier à l’Institut français, sera également présentée cet après-midi à des étudiants de l’université de Constantine 2. Nul doute que ce grand spécialiste du sujet, auteur d’un ouvrage intitulé « l’Algérie révélée, la Première Guerre mondiale dans le premier quart du vingtième siècle », captera l’attention d’un public averti sur le thème qui nous a rassemblé.

Chers amis Algériens, chers amis Allemands,

Voilà ce qui nous a réunis aujourd’hui : rendre hommage à nos combattants, nous souvenir, transmettre à nos jeunes générations cette mémoire et regarder ensemble l’avenir.

Dans son message adressé l’année dernière au Président François Hollande à l’occasion de la fête nationale française, le Président Abdelaziz Bouteflika soulignait, je cite : « En décidant de rendre hommage aux milliers de victimes algériennes de la Première Guerre mondiale, à l’occasion de ces célébrations du 14 juillet 2014, vous avez su Monsieur le Président, reconnaître les sacrifices du peuple algérien et son attachement aux idéaux de liberté qui lui ont permis de recouvrer chèrement son indépendance et sa souveraineté et de participer au recouvrement de la liberté du peuple français… Cette reconnaissance des sacrifices du peuple algérien nous conforte dans notre élan partagé de construire, entre nos deux pays, un partenariat d’exception qui répond à nos intérêts mutuels et aux attentes de nos deux peuples ».
Quelle plus belle synthèse de notre cérémonie d’aujourd’hui !

Vive l’amitié franco-algérienne !
Vive l’amitié-franco-allemande !
Vive L’Allemagne !
Vive l’Algérie !
Et vive la France !

publié le 14/11/2015

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