Attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo - Discours de l’Ambassadeur de France [ar]

A l’occasion de la cérémonie de recueillement organisée à l’Ambassade pour rendre hommage aux victimes de l’attentat à Paris contre Charlie Hebdo (7 janvier 2015)

Alger, le 8 janvier 2015

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Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

La France est en deuil, frappée, comme le Président de la République l’a dit hier soir, en son cœur. Le terrible attentat qui a été dirigé contre Charlie Hebdo hier est la plus grave attaque terroriste sur notre sol depuis près de trente ans. Le chef de l’Etat a décidé que cette journée sera un deuil national. C’est seulement la cinquième fois depuis le début de la Vème République qu’une telle décision est prise.

Le gouvernement a souhaité que l’ensemble de nos concitoyens puissent rendre hommage aux victimes de cet attentat. D’où cette cérémonie, mais des cérémonies aussi dans tous le réseau diplomatique français en Algérie, à la demande de notre ministre afin qu’un moment de recueillement permette aux agents de toutes nos ambassades de s’associer à cet hommage.
En ce moment même, le Président de la République se trouve à la Préfecture de police à Paris pour rendre hommage aux victimes de cet attentat.

Le terrorisme a frappé en plein Paris, avec lâcheté, avec une violence extrême, visant un journal, Charlie Hebdo, symbole de la liberté d’expression, et abattant de sang-froid douze personnes. Parmi celles-ci, des journalistes, des grands dessinateurs de talent, des chroniqueurs courageux qui incarnaient la liberté de la presse, l’indépendance d’esprit, des valeurs qui sont au fondement de notre République et de notre démocratie. Ces dessinateurs avaient marqué, comme le souligne le Président de la République, par leur influence, par leur insolence, par leur indépendance, des générations et des générations de Français dont nous tous ici rassemblés.

Mais sont morts également dans cet acte terroriste des policiers chargés d’assurer la protection du journal Charlie Hebdo. Devant les représentants du ministère de l’intérieur présents au sein de notre ambassade, civils et militaires, je m’incline devant leur sacrifice et la douleur de l’ensemble de leurs collègues. Que la mémoire de ces policiers tués hier et ce matin encore nous rappelle les risques liés à ces métiers de protection des citoyens. Et je saisis cette occasion pour exprimer au détachement de gendarmerie et aux gendarmes qui sont à mes côtés pour assurer notre sécurité, ma gratitude pour leur professionnalisme et leur engagement.

Face à la barbarie, à l’obscurantisme, il n’y a qu’une seule réponse, la détermination et l’unité nationale qui s’est faite aussitôt autour du Président de la République et du gouvernement, toute force politique française confondue : détermination à porter haut les valeurs de notre pays, de tolérance, de pluralisme, quelles que soient les menaces ; unité de tous les Français qui, face à l’épreuve, doivent se rassembler et faire bloc autour de leurs valeurs communes, celles de notre République. Comme le souligne le Président de la République, ce sont les valeurs de la République qui étaient visées par les assassins et notre idéal de justice et de paix que nous portons partout sur la scène internationale.

Une vaste solidarité internationale s’est exprimée, en soutien à notre pays. Et je veux exprimer ma reconnaissance ici aux autorités algériennes et saluer en particulier les mots très forts du Président Bouteflika qui, dans le message qu’il a adressé hier soir au Président de la République française, a exprimé sa solidarité et sa sympathie à l’ensemble de notre peuple.

Je veux également dire combien nous n’oublions pas que l’Algérie et le peuple algérien ont souffert eux-mêmes dans leur chair du terrorisme, combien aussi nos collègues de l’Ambassade ont souffert au cours de cette décennie noire, dont cette stèle rappelle le sacrifice. Mais je veux dire aussi que nous n’oublions pas non plus le très lourd tribut qu’ont payé les journalistes algériens dont près de 120 ont été tués pendant la décennie noire. Nous saluons aussi leur mémoire aujourd’hui. La France et l’Algérie sont plus que jamais côte à côte pour lutter contre le terrorisme et la barbarie. Notre détermination commune est sans faille.

Face au crime qui a été commis, les autorités françaises ont indiqué que tout serait fait pour à la fois appréhender les auteurs mais également pour assurer la protection de tous et parer à la menace. Sans céder à une quelconque panique, qui ferait le jeu de ceux qui nous ont frappés, il revient à cet égard à chacun d’entre nous, ici en Algérie comme en France, de faire preuve d’une vigilance renforcée.

C’est le message que j’ai passé hier à l’ensemble des agents comme à tous les membres de la communauté française. Mais, dans un contexte international de menace terroriste toujours élevé et en ayant à l’esprit aussi l’assassinat de notre compatriote Hervé Gourdel, et ce qui vient de se passer à Paris, nous devons rester collectivement très vigilants.

Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,

Rendons à présent hommage à la mémoire de ceux qui ont été si brutalement hier, arrachés à la vie :
- Frédéric Boisseau, agent d’entretien,
- Franck Brinsolaro, gardien de la paix du service de la protection des hautes personnalités qui était chargé de la protection personnelle du dessinateur Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo,
- Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur,
- Elsa Cayat, psychanalyste, chroniqueuse au journal,
- Stéphane Charbonnier, dit Charb, dessinateur, directeur de la publication du journal Charlie Hebdo,
- Philippe Honoré, dessinateur,
- Bernard Maris, économiste, journaliste et écrivain,
- Ahmed Merabet, gardien de la paix du commissariat du 11ème arrondissement, exécuté froidement dans la rue,
- Mustapha Ourad, correcteur,
- Michel Renaud, invité de la rédaction,
- Bernard Verlhac, dit Tignous, dessinateur,
- Georges Wolinski, auteur et dessinateur,

J’invite chacun à respecter maintenant une minute de silence et de recueillement en leur mémoire./.

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publié le 08/01/2015

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