Discours de l’Ambassadeur de France le 11 novembre à Oran [ar]

Allocution de S.E. M. Bernard Emié,
Ambassadeur, Haut représentant de la République française en Algérie
A l’occasion de la commémoration du 11 novembre
Cimetière du Petit Lac , Oran – mardi 11 novembre 2014

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Monsieur le Wali,
Monsieur le Président de l’Assemblée Populaire de la Wilaya,
Monsieur le Président de l’Assemblée Populaire Communale d’Oran,
Madame l’Ambassadrice des Etats-Unis,
Monsieur l’Ambassadeur d’Allemagne,
Monsieur l’Ambassadeur du Royaume-Uni,
Monsieur le Consul Général de France à Oran,
Monseigneur et Messieurs les représentants des Cultes,
Messieurs les Officiers supérieurs et Attachés de Défense,
Messieurs les conseillers consulaires et présidents d’associations,
Messieurs les Anciens Combattants,
Mesdames et Messieurs les représentants des établissements scolaires et chers élèves,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur pour moi d’être parmi vous aujourd’hui dans cette nécropole nationale française du Petit-Lac pour commémorer ensemble, en ce mardi 11 novembre 2014, le 96ème anniversaire de la fin de la première guerre mondiale. J’ai souhaité cette année, renouant avec une tradition établie avant la décennie noire en Algérie, commémorer à Oran, dans ce cimetière du Petit-Lac, le 11 novembre. Mais j’ai souhaité aussi associer mes collègues de la République fédérale d’Allemagne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis d’Amérique, pour marquer combien cette cérémonie est une cérémonie collective de réconciliation et de mémoire. Je les remercie de leur présence.

Souvenons-nous. La première guerre mondiale ravagea l’Europe tout entière coûtant la vie à plus de dix millions de militaires et autant de civils.

-  Deux millions de militaires allemands !
-  Un million quatre cent mille soldats de l’Armée française !
-  Huit cent cinquante mille britanniques !
-  Cent vingt mille Américains !
Ces chiffres, dans leur sécheresse peinent à retracer l’ampleur de cette tragédie qui, débutée il y a tout juste cent ans, marqua chaque famille, chaque village de chacun des pays belligérants.

Pire encore, ces morts en si grand nombre, tombés au cours de ce que chacun espérait être la « der des der » n’empêchèrent pas le monde de plonger, vingt ans plus tard, dans une autre tragédie, plus grande encore, qui mit le retour de la barbarie et de l’inhumanité au cœur même de l’Europe.

Oui, notre devoir est bien de nous incliner aujourd’hui devant la mémoire de ces soldats. Et je veux particulièrement mentionner les cent soixante-quinze mille soldats, sous-officiers et officiers algériens qui prirent une part déterminante à ce conflit, au cours duquel vingt-six mille d’entre eux perdirent la vie. Ils écrivaient par ce sacrifice, une page de l’histoire de la France et de l’Algérie qui, aujourd’hui encore, confère aux relations entre nos deux pays, son caractère exceptionnel et égal à nulle autre.

Ces liens tissés lors des combats menés en commun se confirmeront, au cours de la seconde guerre mondiale pendant laquelle, là encore, les soldats algériens, prirent une part essentielle à la lutte pour la Liberté contre le nazisme.

La France n’oublie pas ce qu’elle doit à ces soldats venus d’Algérie.

Elle a, au contraire, souhaité graver dans la pierre de ses monuments les plus prestigieux le souvenir de cette contribution, comme, par exemple, au Mémorial consacré aux soldats musulmans de Verdun.

Plus près de nous encore, à la grande mosquée de Paris - construite il y a quatre-vingt-dix ans déjà en hommage au rôle des soldats algériens durant la première guerre mondiale - le président de la République François Hollande déclarait le 18 février dernier et je le cite : « dans ces moments cruciaux de notre histoire, des hommes sont venus du monde entier pour nous sauver. C’est cette vérité que je suis venu rappeler pour que personne ne soit tenté d’oublier, ou pire encore d’occulter cette vérité ».

Ces paroles prennent ici, en Algérie, aujourd’hui et à l’occasion de cette cérémonie, tout leur sens !

Elles nous renvoient aussi et bien sûr, à la présence, lors du défilé international du 14 juillet dernier sur les Champs Elysées, pour marquer le centième anniversaire du déclenchement de la première guerre mondiale du drapeau Algérien et de sa garde et, plus généralement, à la place importante de l’Algérie dans les manifestations organisées dans le cadre du centenaire de la première guerre mondiale.

C’était aussi le sens de votre présence à Toulon, Messieurs les Anciens Combattants vétérans de la seconde guerre mondiale, qui êtes à nos côtés aujourd’hui, au défilé naval du 15 août dernier qui marquait, en présence du Premier ministre SELLAL, la célébration du 70ème anniversaire du débarquement de Provence au cours duquel, là aussi, les soldats algériens jouèrent un rôle déterminant.

Nous sommes réunis ici pour commémorer  !
Nous sommes réunis ici pour rendre hommage  !
Mais nous sommes aussi réunis ici pour se souvenir et transmettre !

Quel lieu plus adapté pour se souvenir ensemble, autorités algériennes, ambassadeurs allemand, américain, britannique et français, entourés d’officiers que ce cimetière du « Petit Lac », qui était appelé à sa création, en 1943, après l’opération TORCH, le « cimetière américain » et qui a longtemps abrité un carré allemand, aux côtés des tombes des soldats algériens, britanniques et français !

Mesdames et Messieurs, chers élèves, quel résumé de notre histoire, commune et croisée, de celle de nos nations et de nos peuples, faite de combats menés en commun, mais faite aussi d’affrontements et de conflits, que ce lieu de mémoire où reposent tant de soldats tombés pour ce qu’ils croyaient juste !

Ce matin, avec mon collègue britannique, nous avons déposé une gerbe au cimetière de Mers el Kebir, où reposent des centaines de marins français tombés lors de la terrible attaque de juillet 1940.

Ce matin encore, ici même, nous sommes réunis avec notre collègue allemand pour rendre hommage aux morts, à tous les morts de la première guerre mondiale. Et pourtant, tout au long du XXème siècle, il n’y a pas eu deux nations dans le monde qui se sont autant affrontées que nos deux pays ! Mais aujourd’hui nous pouvons mesurer tout le chemin parcouru grâce aux pères de la réconciliation, au premier rang desquels furent le Chancelier ADENAUER et le Général de Gaulle : il n’y a pas, aujourd’hui, en Europe, d’autres nations que la France et l’Allemagne, qui soient animées par une volonté aussi forte, de poursuivre la construction d’un avenir commun ! Notre présence à tous est un symbole de paix et de réconciliation car le message que nous adressent ces tombes est universel.

Ce matin, enfin, nous sommes tous réunis dans un hommage commun aux morts de la grande guerre, quels que soient leur drapeau, leur pays, leur foi, leur nationalité.

Mais puisque nous sommes en Algérie, permettez-moi, chers collègues, d’exprimer à Monsieur le Wali, comme à tous les élus et autorités militaires algériens ici présents, toute ma reconnaissance et ma satisfaction de leur présence à nos côtés.

Votre présence donne un sens supplémentaire à cette cérémonie 100 ans après le déclenchement du premier conflit mondial, soixante-dix ans après les débarquements qui annonçaient la fin de la seconde guerre mondiale, mais aussi soixante ans après « le 1er novembre ». Cette cérémonie veut, mais à sa juste place, participer à l’émergence entre nos deux pays, du partenariat d’exception que nos Présidents respectifs, mais aussi nos deux peuples, appellent de leurs vœux.
Commémorer !
Rendre hommage !
Se souvenir !
Mais aussi transmettre !

Telles sont les raisons de notre présence ce matin et quelle belle occasion que cette cérémonie pour transmettre et transmettre à notre jeunesse représentée par ces enfants de vos écoles.

Déjà la présence en France, le 14 juillet dernier, de deux jeunes algériens aux côtés des représentants de la jeunesse des 80 pays ayant participé à la première guerre mondiale, était un symbole fort, voulu par les autorités algériennes et françaises, pour montrer que ces combats menés en commun faisaient partie de notre Histoire commune. Le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA, dans le message qu’il a adressé à cette occasion, au Président François HOLLANDE, a d’ailleurs clairement indiqué que ce sont les mêmes « … sacrifices du peuple algérien et son attachement aux idéaux de liberté… [qui] lui ont permis de recouvrer chèrement son indépendance et sa souveraineté et de participer au recouvrement de la liberté du peuple français ».

Mais la nécessité de transmettre aux plus jeunes est ce matin encore plus clairement mise en évidence par la présence à nos côtés des élèves des écoles d’Oran, que les autorités algériennes ont bien voulu associer à cette commémoration.

Cette cérémonie peut être en effet, pour chacun d’entre nous, mais d’abord pour les plus jeunes, l’occasion de réfléchir sur le sens et la portée de l’engagement :
Comment, il y a cent ans - mais on l’a vu, plus tard et en maintes occasions aujourd’hui encore, - tant d’hommes, jeunes pour l’immense majorité, ont accepté de donner leur vie pour leur pays, leur idéal, leur conviction ou plus largement, pour l’idée qu’ils se faisaient de la dignité et de la Liberté ?

Elle se pose aujourd’hui encore dans la lutte que doivent mener ensemble nos pays respectifs, contre le terrorisme et à laquelle ils apportent une réponse, pour l’essentielle, commune.

Commémorer !
Honorer !
Se souvenir et transmettre !

Voilà ce qui nous réunit ce matin, autorités algériennes, diplomates, militaires, représentants des cultes d’Algérie, et élèves des établissements scolaires.

Mais parce vous êtes les acteurs directs de cette épopée que fut, aussi, la seconde guerre mondiale et que, en étant à nos côtés aujourd’hui, vous donnez à cette cérémonie, Messieurs les Anciens Combattants, un supplément d’âme, je veux, de nouveau, au nom de nous tous ici, vous exprimer notre infinie reconnaissance et notre gratitude éternelle. Sans vous, et sans tous vos camarades tombés au champ d’honneur, nous ne serions sans doute pas là ce matin.

Si nous devions retenir qu’une seule chose de cette cérémonie, c’est bien votre rôle pour réunir, aujourd’hui encore, et grâce aux combats menés en commun il y a soixante-dix ans, les deux rives de Méditerranée ! Héros de ces guerres, hommes témoins, hommes relais, trait d’union entre nos histoires et nos peuples : pour tout cela, soyez aujourd’hui remerciés !

publié le 17/12/2014

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